L’agriculture française se prend un rateau

laïcité
Quand la laïcité devient racisme républicain
16/08/2016
le discours de Marine Le Pen
Le sens caché du discours de Marine Le Pen [Envoyé Spécial]
23/08/2016

L’agriculture française se prend un rateau

agriculture intensive

On apprenait ce matin, grâce au Figaro, que l’agriculture française était en faillite.

Leur envoyé spécial, qui avait quitté les locaux du Figaro au début des années 80, vient de rentrer avec le meilleur article de sa vie. Celui-ci pourrait lui valoir le prix Beulitzer.


 

Bref rappel historique

Pas besoin de rappeler ici le principe de la Politique Agricole Commune (PAC) qui prévaut en Europe depuis le début des années 60. La France, leader européen du secteur, avait pour objectif l’auto-suffisance alimentaire. Celle-ci fut atteinte rapidement grâce :

  • à une politique de subventions très importantes
  • à une approche scientifique du métier d’agriculteur (INRA)
  • à la concentration des exploitations (remembrement)

 

Très rapidement, le marché européen est saturé, les stocks s’évaluent en millions de tonnes. Si l’on se base sur la théorie économique classique, c’est à dire libérale, le fonctionnement normal du marché implique nécessairement que les cours des matières agricoles s’effondre  et que les agriculteurs les plus fragiles disparaissent.

N’est-ce pas ce que nous connaissons depuis plusieurs décennies ?

 

Il faut trouver des débouchés : exporter, valoriser les produits (industrie de transformation : conserves, plats cuisinés, lait en poudre en Chine…), mais cela n’est pas suffisant. Les cours restent bas, l’Europe, en plus des subventions qu’elle accorde, doit trouver de nouveaux moyens (financiers) pour soutenir les cours. Cette Europe libérale qui, théoriquement, déteste les subventions qui altèrent le mécanisme du marché.

agricultureQui finance ? L’impôt, évidemment. Pour la France, ce n’est pas un problème puisque sa prédominance dans le secteur fait qu’elle perçoit de l’Europe autant que ce qu’elle donne. C’est une opération neutre, fiscalement parlant, qui permet de tenir à bout de bras un secteur économique en profonde mutation qui voudrait que de nombreux agriculteurs disparaissent et viennent grossir les rangs des chômeurs. Les agriculteurs plantent, perçoivent les subventions correspondantes, ne se donnent parfois même pas la peine de récolter.

Pour les britanniques, en revanche, le compte n’y est pas, d’où l’épisode fameux du “I want my money back” par Maggie Thatcher, qui en disait déjà long sur l’idée que se faisaient certains pays membres de l’Europe. Pas bon pour la comm’ politique…

Les mécanismes de péréquation (la substantifique moelle du principe même de l’impôt, soit dit en passant), qui consistent à mettre de l’argent dans un pot commun pour distribuer à ceux qui en ont besoin, échappent à un nombre croissant de personnes. Cela vaut également pour les individus qui attendent de l’État “d’en avoir pour leur argent” et s’émeuvent facilement que leurs contributions profitent à d’autres qu’eux. Le Front National fait son beurre sur ce type d’état d’esprit en désignant les immigrés comme des profiteurs, la droite fait la même chose en stigmatisant les chômeurs. Fin de l’aparté.

 

A qui profitent les problèmes de l’agriculture ?

N’empêche que le problème n’est toujours pas réglé. Les crises agricoles se succèdent et se ressemblent. Régulièrement, des agriculteurs mettent le feu à des pneus devant des préfectures qu’à l’occasion ils incendient également. D’autres se suicident, régulièrement, parce qu’ils ne vivent pas de leur travail. Les subventions versées ne suffisent plus à nourrir ceux qui nous nourrissent et qui crèvent la gueule ouverte à côté de monceaux de nourriture.

Cette crise des débouchés, alimentée, amplifiée à l’occasion par diverses crises (ESB, grippe aviaire, embargo russe, etc.), place les agriculteurs dans une relation de dépendance vis-à-vis des distributeurs, notamment les grandes surfaces, qui leur achètent leur production à vil prix, parfois en-dessous du coût de production alors que la loi prohibe, théoriquement, la vente à perte. Constat d’échec de l’action de Stéphane Le Fol (pour ne prendre que le dernier) malgré ses coups de gueule et ses appels à la responsabilité, notamment aux industries situées en aval (transfomration, distribution) qui lui ont clairement signifié qu’elles ne changeraient rien.

Les grandes surfaces vivent plutôt bien des ces fruits et légumes qu’elles nous revendent à prix d’or et que nous payons donc au moins 2 fois : une fois avec nos impôts pour soutenir les agriculteurs qui les produisent, une autre fois pour les manger. Idem pour ceux qui abattent dans des conditions contrevenant à leurs obligations (pour faire des gains de productivité) et ceux qui transforment des viandes d’origine douteuses (affaire Spanghero).

Qui a empoché la différence ? Comme d’habitude : les intermédiaires, les négociants, les marchands, qui sont l’incarnation même du système libéral. A l’époque du charbon, cela s’appelait du marchandage (principe qui consiste à donner le travail à l’équipe la moins chère). Théoriquement, à notre époque, cela est devenu un délit (exception faite de l’intérim, tout un symbole…).

Si la crise s’amplifie, c’est parce que d’autres pays d’Europe, au premier rang desquels l’Allemagne, ne veulent pas abandonner leurs propres secteurs agricoles. Profitant des salaires très bas des pays voisins (son hinterland) comme la Pologne ou encore la République Tchèque, l’Allemagne inonde le marché européen de produits agricoles bon marché. C’est toujours le même tropisme libéral du moins-disant qui est à l’œuvre, toujours le marchandage, qui s’appuie sur la mondialisation qui consiste à produire au meilleur prix, donc ailleurs, pour maintenir les marges et le taux de profit dans un contexte de paupérisation (en France, 8 millions de personnes sous le seil de pauvreté, soit 1 personne sur 8).

Toute cette mécanique de mondialisation peut se résumer en une phrase qui résume à elle seule notre passé, notre présent et, peut-être, notre avenir.

Exporter des biens, c’est exporter son chômage.

 

Ce que nous produisons et exportons, ce qui est consommé ailleurs, c’est autant de travail que le pays importateur perd. Si la France exporte ses produits agricoles, c’est que les agriculteurs du pays importateur ne les produisent pas. C’est bête comme choux. C’est la mondialisation, du moins l’un de ses aspects.

agriculture

Xavier Beulin, Pdt de la FNSEA entre autres

Pas besoin d’être sorti de Polytechnique pour comprendre que cette situation ne profite à personne. Ou presque… Nous avons vu, en effet, que les grandes surfaces s’en mettaient plein les poches. Mais d’autres en profitent également. Par exemple l’industrie phytosanitaire, qui encourage les agriculteurs à produire plus en nous empoisonnant tous. Et peu importe si la surproduction actuelle est déjà mortifère, parce que celui qui n’acceptera pas la logique intensive produira moins, donc signera son arrêt de mort.

D’autres profitent également que des milliers d’agriculteurs mettent la clé sous la porte pour leur racheter leurs terres et augmenter leur propre force de frappe. Pas de bol, c’est le cas de Xavier Beulin, grand manitou de la FNSEA, censé défendre les intérêts des agriculteurs. De là à parler de conflits d’intérêts, il n’y a qu’un pas, car ce monsieur n’a aucunement intérêt à tuer la poule aux œufs d’or. Il touche des subventions (il est millionnaire), profite du malheur des autres, préempte au passage les terres agricoles à revendre. Le système est bien rôdé. Il est l’interlocuteur privilégié de l’État, c’est un partenaire social incontournable qui cumule de nombreux mandats. Un baron qui mange à tous les rateliers…

 

Tuer le ver

Une fois qu’on a dit tout ça, on fait quoi ?

Les réponses sont claires : il faut mettre fin à l’agriculture intensive, stopper le phytosanitaire qui tue tout, même les hommes, privilégier l’agriculture bio et les circuits courts. Voire même très courts, en éliminant tous les intermédiaires qui ne servent à rien si ce n’est à rajouter leur propre marge au passage avant que nous, les consommateurs, puissions mordre à belles dents dans nos belles pommes bien juteuses et bien françaises.

Il faudra accepter d’exporter moins et dégrader plus encore notre balance commerciale, accepter également de payer nos fruits et légumes à un prix qui permettent aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail. Ceux-ci devront également se poser la question de savoir pourquoi ils votent toujours à droite, c’est à dire pour des formations politiques qui, par définition, soutiennent le libéralisme dont ils crèvent. Mais c’est un détail…

Enfin, il faut réformer le syndicalisme agricole en France qui, pour l’instant, ne sert à rien d’autre que maintenir des rentes de situation.

Pare que tous les donneurs de leçons qui nous gouvernent n’arrêtent pas de nous parler de la valeur travail, veulent remettre la France au travail, mais font tout, absolument tout, pour que les fruits de ce travail ne valent pas tripettes, en acceptant des logiques mondialisantes, libérales, qui reposent sur la moins-disance et la destruction de valeur.

Le ver est dans le fruit. Ni les Beulin, ni les Carrefour, ni les Monsento, ni l’industrie phytosanitaire n’ont intérêt à tuer ce ver. Tel un ténia, il leur permet de se gaver sans avoir l’air de prendre de poids. Et leurs lobbies, qui ont élu domicile à Strasbourg, Bruxelles ou les Alpes suisses le savent bien.


Wake up.

Lovegiver

 

Commenter directement depuis Facebook

Lovegiver
Lovegiver

Je tente de décrypter l’actualité en croisant différentes sources d’informations dont je fournis systématiquement les liens.
Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j’ai des événements dans l’espoir de susciter un échange avec les lecteurs.
On me reproche à l’occasion de faire des articles trop longs, mais je m’efforce surtout d’être clair.
Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

Nous apprécions vos commentaires.

Notify of
avatar
WordPress spam bloqué par CleanTalk.
wpDiscuz
Skip to toolbar