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Courage, Fillon. Tome 2.

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Aujourd’hui 25 novembre, en France, c’est le jour choisi par les associations pour collecter des produits de première nécessité qui seront distribués tout l’hiver à ceux qui manquent de tout.

Parmi eux, de plus en plus de travailleurs pauvres, c’est à dire de gens dans l’emploi, mais pauvres. Des gens pour lesquels, à l’instar de ce que disait Coluche, la fin du mois est difficile, surtout les 30 derniers jours. Le travail, ça eut payé…

Hasard du calendrier, cet impératif de solidarité qui consiste à donner aux démunis survient au lendemain de ce que d’aucuns qualifient de victoire de François Fillon dans la course à l’investiture pour la primaire de droite.

 

François Fillon, la fausse bonne surprise de la primaire de la droite

F. Fillon qui, à l’image des français pauvres qui sont de plus en plus nombreux à bénéficier de ces collectes, n’avait semble-t-il plus rien à perdre, a joué son va-tout en faisant preuve, selon certains commentateurs, d’une sincérité assez inouïe lorsqu’il prêchait son programme électoral.

Et c’est en effet assez incroyable que celui qui promet du sang et des larmes arrive en tête d’une compétition de clones dont les deux derniers concurrents étaient d’accord sur 70% de l’essentiel, s’écharpant pour le principe et l’audimat sur le nombre de fonctionnaires à éliminer ou le nombre de points de TVA qui seraient nécessaires pour compenser, grâce à l’argent des pauvres, cet ISF dont ils allaient faire cadeau aux riches.

Selon les journalistes, il s’agissait, une fois n’est pas coutume, d’un bon débat. Pas de petites phrases, pas de formules toutes faites, mais des chiffres, des éléments factuels, qui ont fait dire à certains qu’il s’agissait d’un débat de technocrates.

Il est vrai que, pour une fois que des candidats s’expriment sérieusement sur des sujets sérieux, nous aurions tort de faire nos bégueules. Mais tout cet échange d’amabilités entre gens de droite n’en reste pas moins un ramassis de contre-vérités dont les français devraient être conscients. Car une ânerie, même exprimée avec 3 chiffres après la virgule reste, précisément, une ânerie. Voter pour des valeurs c’est bien, mais il ne faut pas oublier le programme qui se cache derrière, en embuscade.

Alors qu’il était premier ministre de Nicolas Sarkozy, François Fillon avait un jour lâché qu’il était “à la tête d’un état en faillite“. La question que nous devons nous poser est : qui va payer ? Allons-nous changer de paradigme ? L’emploi, la compétitivité et la croissance vont-ils rester l’alpha et l’omega de toute politique en France ?

Effectivement, l’endettement du pays a, depuis, dépassé les 100% du PIB, ce qui représente un risque énorme en matière de souveraineté puisque celui-ci se trouve à la merci d’acteurs économiques, les marchés, qui n’ont aucune légitimité démocratique, mais ne se privent pas de ce levier pour influer sur la trajectoire économique des états qui leur sont redevables.

François Fillon, pour lequel ce sujet est central, devrait également se rappeler que c’est sous sa responsabilité que cet endettement à explosé, quand l’état français, sous la houlette de Nicolas Sarkozy, a décidé de venir en aide aux banques qui avaient joué avec le feu et contribué à ce que nous nommons depuis “la crise financière de 2008”.

La notion de “banque systémique” avait alors surgi sur le devant de la scène pour mieux faire gober au petit peuple qu’il était primordial de sauver les banquiers-voyous qui avaient joué avec son argent.

Ce que les français croyaient sauver d’un côté – leurs comptes en banque – était de toute façon perdu de l’autre puisque celles-ci furent renflouées avec de l’argent publique, donc les impôts collectés auprès des français.

 

Avant on demandait aux français de faire des sacrifices. Maintenant on va les sacrifier.

Aujourd’hui comme hier, les hommes politiques de droite comme de droite veulent faire accroire aux français que cette situation est entièrement leur faute, et que le chemin vers la rédemption va être long et douloureux. Que des efforts vont être nécessaires. Qu’il va falloir tailler dans les dépenses, et donc dans les effectifs, et aussi dans les salaires.

François Fillon parle de 500.000 fonctionnaires, ce qui représenterait, au bout de 5 ans, une économie de 40 milliards d’euros (fourchette très basse, basée sur un coût chargé de 25.000 euros par an pour chaque fonctionnaire, c’est à dire le SMIC).

Bien évidemment, ces fonctionnaires travailleraient plus pour gagner moins : 39 heures travaillées pour 37 heures payées. Nous y voilà. Comme nous l’avions annnoncé à plusieurs reprises dans ce blog, un nouveau coup de canif vient d’être porté au SMIC dont les jours sont désormais comptés.

Bien sûr, le SMIC restera le salaire minimum de référence, mais il sera acquis en contrepartie de plus d’heures travaillées. Un peu comme les 35 heures restent, pour les extrêmes-gauchistes tels que Manuel Valls, le temps hebdomadaire de référence au-delà duquel les heures supplémentaires seront payées avec un taux de majoration divisé par 2,5.

Comme les français sont toujours heureux que de mauvais coups soient portés aux planqués que sont les fonctionnaires, ils ne se rendront évidemment pas compte que les fonctionnaires ne sont visés que pour acclimater un discours qui, tôt ou tard, s’appliquera à eux-mêmes puisqu’ils en auront accepté le principe pour les AUTRES. C’est le paradoxe de la grenouille qui hurle quand on la jette dans l’eau bouillante mais qui accepte son sort quand on la plonge dans une eau à la bonne température que l’on fait chauffer APRES.

François Fillon répète à l’envie que la France est le pays qui compte le plus d’agents publics (fonctionnaires de l’état, des collectivités territoriales et personnels hospitaliers). Mais quoi de plus normal pour le pays le plus peuplé (après l’Allemagne), de l’Union Européenne ?

Ce que François Fillon ne dit pas en revanche, c’est que, selon l’OCDE, la France dispose d’un nombre d’agents publiques par habitant dans la moyenne des pays de l’OCDE (cf. Le Figaro). Encore une légende urbaine des beaux quartiers ?

Ce que François Fillon ne dit pas également c’est que la suppression des postes de fonctionnaires ne signifie aucunement une économie équivalant à la somme des postes supprimés. Nous avons évoqué le chiffre de 40 milliards d’euros un peu plus haut (c’est facile à retenir, c’est autant que le CICE). Mais supprimer des fonctionnaires n’aura pas pour conséquence de faire économiser 40 milliards de dépenses publiques à l’état. En réalité ces missions seront confiées à des entreprises privées qui vendront leurs services à l’état.

Peut-on raisonnablement escompter que ces entreprises privées, dont la finalité est de réaliser des bénéfices, pourront faire autant pour moins cher ? Bien sûr que non !! Sauf à imaginer que les salariés qui réaliseront les tâches auparavant dévolues à des fonctionnaires coûtent beaucoup moins cher que le SMIC.

Faire des économies, réduire notre endettement sont des objectifs de bon sens, mais la façon de le faire dénote un choix idéologique. Le choix de François Fillon est de faire porter le fardeau à ceux qui sont déjà les plus défavorisés au travers d’un désengagement de l’état conforme à la tradition libérale qu’il incarne. De tels choix nous promettent encore de nombreux 25 novembre et il y a fort à parier que les banques alimentaires seront bientôt d’importantes pourvoyeuses d’emplois… bénévoles.

Il aurait pu également évoquer les 60 à 80 milliards d’euros d’évasions fiscales qui amputent grandement la capacité financière de notre pays, les dizaines de milliards données chaque année sans contrepartie véritable aux entreprises (CICE, emplois aidés, etc.) dont l’efficacité reste, pour la Cour des Comptes, à démontrer. Mais cela est un choix idéologique de gauche. De même, la réduction des effectifs de l’administration en charge du recouvrement de cette évasion fiscale est un choix idéologique que l’on maquille en économies.

En réalité, rien ne change avec François Fillon. Nous resterons sous le régime de la continuité. Ce qu’il promet, c’est plus de brutalité, mais rien de fondamentalement différent de tout ce qui a été fait auparavant, notamment par Manuel Valls et Nicolas Sarkozy.

L’emploi reste la priorité alors que 6 millions de chômeurs doivent se partager 600.000 postes vacants. La compétitivité des entreprises demeure l’axe principal à privilégier. Celle-ci vise essentiellement le marché intérieur européen car il n’est pas imaginable de concurrencer les pays d’Asie.

Encore une fois ce sont les salariés qui paieront la note, ainsi que les chômeurs et les retraités. Les investisseurs, quant à eux, seront courtisés et obtiendront tout ce qu’ils veulent en échange de quelques emplois créés sur lesquels l’état ne percevra aucune cotisation.

 

Pol’Fiction : un duel Fillon – Le Pen à la présidentielle

Puisque les sondages n’attendaient pas François Fillon, de même qu’ils n’attendaient pas Donald Trump, nous allons nous aussi nous livrer au jeu des pronostics sans peur de nous tromper. Nous appellerons-cela faire de la pol’fiction, en référence aux Guignols.

Voici ce que nos prévoyons pour dans 150 jours très exactement, c’est à dire à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle en France.

Tout d’abord, à l’issue du mandat calamiteux de François Hollande, la gauche PS va être balayée. Il se pourrait même que les frondeurs décident de saborder le navire amiral pour fonder un nouveau parti à gauche de l’échiquier politique dont le premier dirigeant sera sans doute Arnaud Montebourg.

Au cours de ce premier tour de scrutin, la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon recueillera sans doute plus de voix que le PS, mais pas suffisamment pour empêcher un second tour qui opposera François Fillon à Marine Le Pen.

Le paysage politique français assistera donc à une réédition du 21 avril 2002, mais cela ne sera plus une surprise.

Là encore, le Front National de Marine Le Pen pourra se targuer d’être le seul parti  à défendre (faussement, car ses électeurs se paient de mots) les intérêts des petits et des sans-grade, selon la formule consacrée par le fondateur de la dynastie.

Face à ce discours de gauche incarné par un parti d’extrême droite, le sang et les larmes promis par François Fillon ne trouveront pas preneur(s), et celui-ci, qui n’aura profité que d’un report de voix limité, contrairement à Jacques Chirac qui avait bénéficié de l’effet “front républicain“, pourra alors déclarer devant ses partisans en larmes qu’il se retire de la vie politique.

Mais il en aura l’entière responsabilité. Car il ne peut pas ne pas être conscient des risques que représente un tel programme de recul social face à une formation opportuniste comme le FN qui, bien que fondamentalement libéral, se présente comme le premier parti ouvrier de France.

Le grand enseignement des élections de Trump et Fillon consiste en ceci que les électeurs font tout pour démentir les pronostics des instituts de sondages et autres journalistes. Parier sur la victoire de Fillon face à Le Pen relèverait selon nous du même pêché capital.


Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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Sauf miracle, rien ne pourra s'opposer à l'investiture de François Fillon en tant que candidat de la droite pour la présidentielle de 2017.
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