Espirito Santo in corpore sano

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Espirito Santo in corpore sano

Un esprit sain dans un corps sain.

La théorie des dominos

En 2008, le monde connaissait l’une des plus graves crises financière de son histoire après la crise de 1929. La titrisation d’actifs toxiques, couplée à un développement sans précédent de l’économie financière (aux dépens de l’économie réelle qui n’a d’autre vocation que de valoriser des actifs financiers), a fragilisé  les institutions financières comme la vermine ronge une charpente.

A cet édifice branlant qu’était devenu la finance internationale, la théorie des dominos s’appliqua dès la chute du premier d’entre eux : Lehman Brothers. Les avoirs des établissements bancaires contenant beaucoup d’actifs toxiques ou, ce qui revient quasiment au même, de créances sur des établissements en possédant eux-mêmes, les bilans de ces institutions financières s’en sont retrouvés dépréciés, ce qui aboutit inexorablement à la crise financière de 2008.

Dominos EuropeEn regard de ces faillites commerciales, il faut rappeler la faillite des états pour lesquels la théorie des dominos s’applique également (→ lire l’article de VosgesMatin). La tourmente dans laquelle la Grèce était prise risquait en effet d’entraîner avec elle l’Espagne et le Portugal, durement touchés par la recapitalisation de leurs secteurs bancaires. L’invention du concept de “too big to fail” fut un coup rude pour nombre de pays qui se virent dans l’obligation de venir au secours des établissements financiers trop gravement atteints avec des deniers publics afin d’éviter de se retrouver dans la même situation qu’en 1929 où inflation, chômage de masse et misère généralisés s’abattirent sur le monde avec les conséquences que nous connaissons (guerre mondiale).

Selon la commission européenne (→ propos rapportés par l’Express) :

[…] entre octobre 2008 et octobre 2011, 4500 milliards d’euros ont été injectés dans les établissements financiers européens, ce qui équivaut à 37% du PIB de l’Union européenne.

 

Vers une Union Bancaire

Nous paierons très longtemps, et nos enfants et petits-enfants après nous, ce qu’il est convenu d’appeler la “socialisation des pertes” engendrées par le secteur financier à hauteur de 4500 Mds d’euros. Nos vies de tous les jours s’en trouveront profondément affectées, et ce de façon durable, parce que ces dettes, au même titre que toutes les autres, entrent en compte dans le calcul des 3% de déficits autorisés par la Commission Européenne aux états membres. L’obligation de rigueur budgétaire -dictées par d’obscures convictions ultralibérales- implique en effet une pression fiscale accrue qu’accompagne la suppression, ou la diminution, de nombres de prestations sociales, prestations qui concourent habituellement au niveau de consommation des ménages. Ce gap de consommation pèse à son tour sur l’emploi qui, faute de croissance, stagne ou recule. Le chômage augmente, la croissance s’affaisse. La rigueur tourne à l’austérité mortifère mais rien ne change. Les efforts qui sont collectivement attendus des peuples européens pour assainir les comptes des états intègrent en effet le sauvetage et le financement d’un système utile sous bien des aspects, mais aux fins douteuses dans la mesure où la richesse créée par ses activités ne contribue que de façon marginale au financement des états (les paradis fiscaux permettant d’éviter l’impôt qui, in fine, les sauve).

Afin d’éviter que ne se reproduise un tel désastre, la Commission Européenne a donc décidé, par la voix de José Manuel Barroso, de mettre en place une Union Bancaire.

La crise économique et financière a démontré la vulnérabilité du système bancaire européen face aux perturbations. Des problèmes touchant une banque peuvent rapidement s’étendre à d’autres établissements et affecter les épargnants, les investisseurs et l’économie dans son ensemble.

En réponse à cela, l’Union européenne et ses États membres se sont employés à renforcer la surveillance du secteur financier.

(→ lire la page de la Commission Européenne sur le sujet)

Cette Union Bancaire, qui sera effective en 2016, a été portée sur les fonds baptismaux le 15 avril 2014 après un vote du Parlement Européen (→ lire l’article de l’Express). Elle a défini le cadre juridique permettant, théoriquement, d’éviter que les futures crises financières soient à la charge du contribuable en privilégiant le “renflouement interne” (ou “bail in“) plutôt que le “renflouement externe” (ou “bail out“) par les budgets des états (→ lire les explications du Journal International).

 

Infographie Union Bancaire

 

Par la constitution d’un fonds garantissant les dépôts ou encore la mise à contribution prioritaire des actionnaires et créanciers de l’établissement, l’Union Bancaire se donne ainsi les moyens d’intervenir efficacement en cas de défaillance d’un acteur “systémique”. Reste à savoir si les montants dont il est question pourraient permettre de mobiliser rapidement, par exemple, 4500 Mds d’euros.

Rien ne permet d’affirmer en tout cas que, si cette situation devait se reproduire, les fonds publics ne seraient pas à nouveau mis à contribution.

Ces nouveaux pouvoirs devraient permettre aux autorités de maintenir l’accès aux dépôts et aux opérations de paiement, le cas échéant de vendre les activités viables de l’entreprise, et de répartir les pertes de manière équitable et prévisible. Le respect de ces objectifs devrait contribuer à éviter une déstabilisation des marchés financiers et à limiter à un minimum les coûts supportés par les contribuables.

(→ lire la directive européenne sur le sujet)

Gageons que cette évolution sera l’un des jalons vers une union économique et budgétaire et un pas de plus vers le fédéralisme. Il n’empêche que les dispositions de l’union bancaire naissante prennent acte d’un fonctionnement pour le moins déviant de nos institutions financières et que les outils créés ne serviront jamais que d’amortisseurs en cas de nouvelle crise dont on espère la détecter suffisamment en amont afin de limiter la casse.

De moralisation il n’est pas question. Et l’échec récent de la taxe sur les transactions financières n’en est que plus patent. Il reste possible de faire n’importe quoi, sans payer aucune taxe sur aucune transaction, de stocker les bénéfices dans des paradis fiscaux pour échapper à l’impôt et blanchir des capitaux d’origines douteuses, et de profiter d’un mécanisme de prise en charge financé pour partie par le système lui-même grâce au bail in, pour le reste par les contribuables qui assureront le bail out.

L’Union Bancaire qui est proposée aux européens est donc une preuve de bonne volonté de la part d’une institution politique à ses administrés, mais elle dénote en creux l’absence de toute velléité politique pour le changement, qui devrait être un processus bien rôdé dans le cadre d’une démocratie.

 

Mens sana in corpore sano

La BES (Banco Espirito Santo) a récemment défrayé la chronique en annonçant un déficit record de 3,57 Mds d’euros. Cette banque “familiale” (→ lire l’article de Boursorama sur l’histoire de la famille Espirito Santo), la deuxième plus grande banque du pays, vieille de 150 ans, n’aura pas résisté aux décisions aventureuses de l’économiste et banquier Ricardo Salgado, le patriarche de la famille Espirito Santo.

Dans l’affaire qui l’a opposé à son ancien employeur, la Société Générale, Jérôme Kerviel a été condamné à 3 ans de prison pour avoir enfreint tous les contrôles internes destinés à limiter les prises de positions risquées. Qu’en sera-t-il sur le plan pénal pour celui qui était au commande de la BES ?

Malgré la nouvelle réglementation issue de l’Union Bancaire, le contribuable portugais en sera de sa poche pour 4,4 à 4,9 Mds d’euros selon les sources (L’Express : 4,4 Mds € ; Boursorama : 4,9 Mds €), soit plus que le déficit annoncé, alors que les autorités portugaises annoncent que les propriétaires et créanciers (dont le Crédit Agricole pour 708 millions d’euros d’après Le Monde) seront mis à contribution conformément aux nouvelles dispositions européennes (L’Express).

Pour justifier certaines économies de bouts de chandelles, nos gouvernements de droite ont pris l’habitude de stigmatiser les chômeurs et les étrangers qui profitent soi-disant du système, mais personne ne stigmatise de même les golden-boys qui, malgré les pertes considérables et bien plus importantes qu’ils ont provoquées, symbolisent, sous nos latitudes, une certaine forme de réussite sociale. N’est-ce pas là la cause insondable du problème ?

Si les modèles de réussite que l’on brandit sont ceux d’individus ayant gagné le jackpot sur les marchés financiers et que l’on retrouvent au volant de voitures de sport dans les embouteillages, nous nous condamnons à revivre pour l’éternité des crises comme celle de 2008. De nombreux aventuriers, réputés sains d’esprit, tenteront leur chance et quelques-uns, comme Espirito Santo, se prendront les pieds dans le tapis, entraînant avec eux la société dans le gouffre. Il ne suffit donc pas d’organiser un mécanisme de renflouement interne/externe pour garantir un corps sain, encore faut-il s’assurer que le logiciel des institutions financières et des individus qui les composent est compatible avec les intérêts du plus grand nombre.

 

Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.
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Après la crise financière de 2008, l'UE a décidé de mettre en place une Union Bancaire destinée à prévenir les futures crises.
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