Forges-les-bains rejette les réfugiés

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Forges-les-bains rejette les réfugiés

A Forges-les-bains, dans l’Essonne, on préfère incendier un centre d’accueil plutôt que de tendre la main.

Au lendemain de “l’opération escargot” qui a eu lieu à l’initiative des calaisiens pour protester contre la difficile cohabitation avec les créatures de la jungle, cette paisible bourgade de la région parisienne leur répond à sa façon qu’ils n’ont qu’à se débrouiller avec leurs réfugiés.

Le syndrôme du “Vase de Soisson”

Le centre d'accueil pour les réfugiés de Forges-les-bains

Le centre d’accueil pour les réfugiés de Forges-les-bains

Près de chez moi, à Forges-les-bains, dans l’Essonne, un centre d’accueil pour réfugiés a été incendié la nuit dernière.

Celui-ci devait accueillir 91 personnes et contribuer à désengorger la jungle de Calais.

La piste criminelle est évidemment privilégiée par le parquet car cet incident n’est pas le premier qu’ait subi ce centre.

Selon le maire, la population de Forges-les-bains était farouchement opposée à l’établissement de réfugiés dans leur commune. Comment pourrait-il en être autrement quand le maire lui-même déclare qu’il “subit” cette ouverture ?

En tant que maire, il aurait dû “vendre” cette décision de l’État à ses administrés en se basant au contraire sur les retours très positifs de la part des communes qui, s’étant vues contraintes d’accueillir tous ces misérables, se sont déclarées enchantées de la bonne entente et de la bonne intelligence entre habitants et réfugiés (à Peyrelevade dans le Limousin, ou encore dans le Jura).

Les habitants de Forges-les-bains, comme environ la moitié des français, ne veulent pas entendre parler des réfugiés ni ne veulent les accueillir. Mais cette attitude est le comble de la myopie.

Qu’on travaille sur le flux des migrants, pourquoi pas, en restant vigilants toutefois à la façon dont nous gérons ce flux. Donner 6 milliards d’euros à la Turquie pour qu’elle le fasse à notre place n’est pas, selon moi, la meilleure des façons.

Car il y a bien migration, mais une migration qui est stoppée en Turquie. Le sort de ces gens ne nous intéresse donc pas, nous payons juste pour ne pas les voir. Or nous devons comprendre qu’il n’est pas possible de les empêcher de partir si nous bombardons leur pays, même avec les meilleures intentions du monde (intentions qui auraient déjà coûté la vie de 4 millions de musulmans en 25 ans), ce qui reste à démontrer.

Quand on pense que la grande majorité de ceux qui refusent que les migrants viennent en Europe avancent principalement des motifs économiques, il y a de quoi rire. Ils sont prêts à s’endetter pour 6 milliards d’euros alors que l’immigration (maîtrisée) pourrait en rapporter 21 fois plus (126 milliards d’euros).

 

Convergence des causes

Les véritables raisons du refus de cette immigration par les européens en général sont à chercher principalement dans 2 directions.

Tout d’abord la peur irrationnelle qui est le résultat des attentats commis en France puis en Allemagne et, plus globalement, le retour en force du fondamentalisme musulman. Le fondamentalisme est la conséquence de la guerre ! Mais aujourd’hui nos gouvernants prétendent le contraire pour justifier sa continuation encore et encore. Jusqu’à quand ?

Il est tout à fait illégitime de soupçonner la majorité des musulmans de France, d’Allemagne ou d’ailleurs d’être des terroristes en puissance. En janvier 2015, les français qui ont défilé par millions dans les rues portaient des pancartes “pas d’amalgame“.

Les fortes communautés qu’ils représentent font craindre l’existence d’une “cinquième colonne” tel que Christian Estrosi a pu l’exprimer il y a quelques mois dans un souci purement électoraliste.

L’autre raison, qui est selon moi la plus évidente, est que l’Europe libérale que nous subissons au jour le jour depuis des décennies nous fait du mal en nous privant de ressources essentielles. La politique d’austérité qui nous est imposée au nom de la crise de la dette frappe durement toutes les populations européennes qui, par conséquent, voient d’un mauvais œil que des moyens financiers conséquents soient débloqués facilement pour accueillir des migrants.

Il y a un sentiment d’injustice ressenti par les populations européennes qui, par contrecoup, n’ont aucun état d’âme à faire subir une injustice similaire aux réfugiés. L’incendie de centres d’accueil, c’est un peu comme le vase de Soisson : on le brise parce qu’on ne peut pas l’avoir. Le désir mimétique de la thèse girardienne joue à plein ici encore.

Sauf qu’il ne s’agit pas de simples migrants, mais de réfugiés, c’est à dire qu’il y a une dimension humanitaire que nous ne devons pas perdre de vue si nous ne voulons pas perdre notre âme.

 

Le cas allemand

La CDU d'Angela Merkel devancée par le parti d'extrême droite AFD

La CDU d’Angela Merkel devancée par le parti d’extrême droite AFD

La défaite de la CDU en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où elle arrive en 3ème position derrière l’AFD (qui réalise un score de 21%), parti raciste vieux de moins de 3 ans, n’est pas exclusivement lié à la crise des réfugiés, d’autant plus que ce land allemand est celui qui en a accueilli le moins.

Il faut plutôt y voir une incompréhension de la part de la population qui s’appauvrit, voit ses conditions de vie se dégrader, en même temps que les robinets à liquidités sont ouverts en grand pour prendre en charge les victimes de la guerre au Moyen-Orient.

L’Allemagne dont on nous vend le modèle à chaque élection, qui est l’homme fort de l’Europe, n’est pas en si bonne forme que ça. Certes les allemands ont du travail, mais plutôt des petits boulots mal payés qui en font des travailleurs pauvres.

 

Le cas britannique

Cette situation est tout à fait semblable dans de nombreux pays de l’UE où l’extrême droite progresse, comme le UKIP en Grande Bretagne.

Le cas du Royaume-Uni est cependant quelque peu différent. Il y a certes des tensions avec les groupes de migrants qui parviennent à atteindre la perfide Albion, mais la principale source de tensions est en rapport avec l’immigration économique favorisée par l’Europe elle-même.

Depuis le vote du Brexit en juin, on dénombre plus de 6.000 agressions à caractère raciste, sachant que ces dernières touchent principalement des polonais, donc des ressortissants de l’UE. 1 agression toutes les 5 minutes !

Qualifier ces agressions de “racistes” est une grave erreur mais qui permet néanmoins de masquer l’essentiel : le fait que le Royaume-Uni, où la population s’est énormément appauvrie depuis les années Thatcher, voit d’un très mauvais œil des travailleurs “détachés” leur “piquer leurs boulots” pour des salaires 4 à 5 fois moindres.

 

Les contradictions qui nous minent

Nous le voyons, les différentes crispations qui se font jour un peu partout en Europe ont, pour principale cause, les contradictions de nos gouvernants, contradictions qui sont de plus en plus visibles.

Les attentats ne sont pas la conséquence de la présence de l’islam en Europe, mais la conséquence directe des guerres que nous menons au proche et moyen-Orient.

Ces attentats provoquent, comme l’on pourrait s’y attendre, un rejet des musulmans, tout simplement par peur. Or nous sommes dans l’obligation d’accueillir ces réfugiés. Nous en acceptons donc une petite partie de façon officielle, laissant la majorité d’entre eux errer sur nos routes ou s’agglutiner dans des bidonvilles comme la jungle de Calais.

Les réfugiés qui attendent à Calais pour traverser illégalement la Manche sont instrumentalisés par de nombreux partis politiques qui parlent de lutter contre l’immigration clandestine (alors que nous sommes en présence de demandeurs d’asile et de réfugiés). Pourtant c’est Nicolas Sarkozy lui-même qui a signé, avec le Royaume-Uni, les accords du Touquet qui les maintiennent prisonniers sur notre territoire. Quels moyens avait-il prévu pour les prendre en charge ?

Les mêmes partis politiques parlent de démanteler la jungle de Calais pour faire baisser la tension en France et limiter l’influence du Front National. En contrepartie de quoi des centres d’accueil doivent être ouverts un peu partout sur le territoire pour absorber les 8.000 réfugiés de Calais. C’est reculer pour mieux sauter… et cela ne résoud pas pour autant la problématique du flux migratoire qui a, comme principale cause, la guerre que nous menons dans ces pays.

Une majorité d’européens ne sont pas d’accord avec ces mesures, ne comprenant pas pourquoi ni comment leurs gouvernements peuvent, dans le même temps qu’ils leur coupent les vivres au nom de l’austérité, affecter des budgets importants à la prise en charge des tous ces réfugiés.

Ce sentiment d’injustice (et le vote extrême qui l’accompagne) est strictement de même nature que celui ressenti en France depuis 1983 et le “tournant de la rigueur”, trahison par François Mitterrand des attentes populaires au nom de l’Europe. Oui, François Mitterrand et le PS ont créé le Front National et celui-ci progressera tant que toutes ces trahisons électorales perdureront (avec François Hollande c’est encore le cas) et que ces contradictions ne seront pas résolues.


Wake up.

Lovegiver

 

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