Killing in the name of Rage Against The Machine

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Killing in the name of Rage Against The Machine

ratm

J’ai découvert le groupe Rage Against The Machine (RATM) dans une boîte de nuit dijonnaise en 1993.

En entendant les premières mesures de “Killing in the name of“, la folie s’est emparé de moi ainsi que de tout ceux qui étaient présents cette nuit-là. Le son lourd, la musique électrique, sa violence cathartique, il n’en fallait pas plus pour se vider la tête et le corps au milieu d’une foule déchaînée.

J’avais connu la transe sur les beats techno du Factory à Lyon, mais jamais sur un tel mélange de rap hardcore qui dépassait – et de loin – les tubes énormes des Beastie Boys que furent “Fight for your right” et “No sleep till Brooklyn” en 1987.

Comme souvent quand j’aime une chanson, je me suis démené pour trouver les paroles, ce qui n’était pas si simple avant l’arrivée d’internet en 1997-98. Quel pied que de pouvoir les hurler à l’unisson avec Zack de la Rocha. Et quelle claque quand j’ai compris leur sens ! En fait, elles allaient comme un gant avec la musique.


Tuer au nom de… ?

Les paroles de la chanson ne sont pas compliquées, répétitives, mais apportent un éclairage sur l’histoire américaine que les manuels scolaires éludent. Jugez plutôt (je fais synthétique) :

(couplet) x 4

Some of those that work forces

Are the same that burn crosses

___

Killing in the name of !

___

(couplet) x 8

Now you do what they told you

Now you’re under control

___

(refrain) x 4

Those who died are justified

By wearing a badge they’re the chosen whites

___

(couplet) x 8

Fuck you, I won’t do what you tell me

Motherfucker !

___

En français, cela donne la chose suivante (au passage, j’améliore les traductions existantes que l’on peut trouver sur le web et qui dénotent l’utilisation massive de Google Traduction) :

Certains leaders d’opinions (politiques)

Font partie de ceux qui brûlent des croix

___

Tuer au nom de…

___

A présent tu fais ce qu’ils te disent

Tu es sous contrôle

___

Ceux qui meurent le méritent

Ceux qui portent la marque sont les élus “blancs”

___

Allez vous faire foutre

Je ne ferai pas ce que vous attendez de moi

Enc.. !

Éclairage

Les croix brûlées font référence aux cérémonies macabres organisées par le Klu Klux Klan aux États-Unis par ceux qui se considéraient comme les “élus”, c’est à dire la “race blanche” (chosen whites).

Nombre des participants à ces cérémonies étaient des élus politiques.

Au cours de ces cérémonies, ils lynchaient des Noirs, mais ceux-là méritaient leur sort…

La chanson est donc un violent réquisitoire contre l’idéologie américaine (et européenne par extension) de la suprématie de la “race blanche”. En effet, malgré la fin officielle des lois raciales aux États-Unis, cette idéologie reste prégnante dans la société comme le rappelle “Wake up“.

Sont également dénoncées, et ce dans tout l’album, la mondialisation et le néolibéralisme qui sévissent aux États-Unis depuis 20 ans (donc depuis le début des années 70 ; une génération vient de s’écouler entre la fin du keynésianisme et le début de la contre-révolution libérale -> cf. “Consensus de Washington“).

Cet album, paru en 1992, a été une révélation mondiale dès sa sortie. Il s’inscrivait dans une mouvance anti-système qui n’a cessé de s’accroître depuis toutes ces années comme nous allons le voir par la suite.

Notons que cette lame de fond anti-système prend corps dans de multiples domaines et sous toutes les latitudes.

Au cinéma, bien sûr, avec “Matrix” qui crève l’écran en 1999 et dont la bande son est signée… Rage Against The Machine, avec le titre “Wake up“, petite phrase qui nous sert de signature pour tous les billets de ce blog.

Mais également à la radio (“Là-bas si j’y suis“, de Daniel Mermet, sur France Inter), dans la littérature, et même à la télévision où, en France, les Guignols de l’Info ont sévi sur Canal Plus jusqu’à ce que son nouveau patron, héritier du système et membre de l’oligarchie dominante, Vincent Bolloré, mette fin à ce programme en 2016. Soulignons également que Arte, la chaîne franco-allemande, reflètent de plus en plus cette opinion anti-système, notamment au travers de ses soirées thématiques (“Théma”).

Les mouvements alter-mondialistes et l’écologie politique sont également de plus en plus présents.


Rise and decline of ze rêve américain

Le rêve américain est une image d’Épinal. Depuis que le continent américain a été (re)découvert au 15ème siècle, il est, pour les européens, la Terre Promise des évangiles.

Pour tous les persécutés, cette terre vierge est une chance : celle de pouvoir repartir de zéro et de créer la société idéale, une société débarrassée du carcan de la monarchie absolue et de droit divin qui règne partout en Europe.

Nous savons que la réalité a été foncièrement différente.

L’avancée des colons européens s’est traduite dans les faits par un véritable génocide, au nord et au sud du continent. Les amérindiens, les mexicains, les aztèques, les incas, des dizaines de millions d’individus ont été exterminés. Par les maladies, par les armes, les déportations, les expropriations, l’alcool, les natifs ont été éradiqués. Le rêve américain était nôtre, et le christianisme comme les philosophes ont trouvé les mots pour justifier l’annihilation de tout ce qui préexistait.

Nous savons également que ceux qui se sont taillé la part du lion de ces territoires n’étaient pas les plus pauvres, mais des nobles et des marchands qui ont reproduit sur ce continent un ordre social à peu près équivalent à ce qui existait déjà en Europe, mais débarrassé de la tutelle d’un monarque qui, quoique vivant très loin de ce continent, n’en demeurait pas moins très gourmand.

Ce que les colons ont réclamé – et obtenu – c’est l’auto-gouvernement, c’est à dire le droit de régner en maîtres absolus sur les territoires gigantesques qu’ils s’étaient arrogés. Encore une fois, il est utile de rappeler que nous parlons essentiellement des colons les plus riches et les plus puissants, donc d’une oligarchie, pas de la population des colons en général.

Tous les grands noms de l’indépendance américaine, les Washington, Jefferson, Lincoln pour ne citer que ceux-là, ne sont pas les philanthropes débonnaires que nos livres d’histoire nous présentent, mais de riches propriétaires qui ont théorisé la liberté de leur caste. Une liberté basée sur l’extermination des natifs, le commerce triangulaire, l’esclavagisme des noirs importés d’Afrique, l’emprisonnement des plus pauvres ou le travail forcé d’autres colons blancs dont l’oisiveté supposée était intolérable.

La guerre de sécession a représenté l’apogée de cette pensée qualifiée de “libérale”, opposant un nord relativement loyaliste vis-à-vis de la tutelle européenne et un sud arrogant et soucieux de sa “liberté” de faire. En réalité le nord (l’Union) n’a jamais été réellement anti-esclavagiste, mais le combat contre l’esclavage a été la construction intellectuelle nécessaire pour justifier la guerre et incorporer dans les rangs de son armée les esclaves affranchis qui seraient exposés à la mitraille des confédérés.

Nous savons, parce que cette époque n’est pas si lointaine, que la société américaine a reposé sur des lois raciales jusque dans les années 1960, ce qui démontre que, depuis leur fondation, les États-Unis d’Amérique n’ont jamais été le pays de la liberté au sens que la révolution française, plus radicale, mettait dans ce mot. La “liberté” américaine est celle de l’entreprise et de la bourgeoisie débarrassée de la tutelle politique qui la condamnait à la roture en Europe.

Fondamentalement, cette société américaine n’a jamais vraiment changé : le pouvoir réel est détenu par des grands électeurs et des grands groupes privés qui refusent de toute leur âme la tutelle d’un état considéré comme le problème et non comme la solution. La banque centrale américaine est composée, dans son conseil d’administration, par des banquiers privés qui en sont actionnaires. Etc.


La contre-révolution libérale

Au début des années 1970, l’École de Chicago promeut des théories économiques basées, à l’image de la pensée américaine historique, sur le toujours moins d’État.

On pense alors que plus la société est contrainte par des règles, moins celle-ci est susceptible de créer de valeur. C’est une rupture avec le keynésianisme mais également avec le New Deal de Roosevelt qui avait, d’une main de fer, réussi à étouffer le pouvoir des banques et des trusts, ces groupes industriels colossaux qui se partageaient le pouvoir réel.

Cela se traduit notamment par le fait que, du point de vue de la théorie économique, le travail est dorénavant considéré comme une marchandise comme les autres. Il n’est plus qu’une matière première entrant, parmi d’autres, dans la composition d’un bien ou d’un service. En d’autres termes, pour créer de la valeur et dégager des marges, on pourra désormais négocier le prix du travail de la même façon que celui de n’importe quelle autre matière première.

Comme il n’est pas possible de le faire dans les pays “développés”, où la législation sur le travail est trop bien implantée dans les esprits et dans les lois, les entreprises passent par la bande en développant une nouvelle forme de commerce triangulaire à l’instar de ce qui se faisait autrefois aux États-Unis et en Europe. Sauf que cette fois-ci, au lieu d’importer des esclaves par bateaux, nous délocalisons chez eux les activités dont nous souhaitons faire baisser les coûts.

C’est le ressort principal (mais pas le seul) de la mondialisation que nous connaissons de nos jours et qui a, comme contrepartie, les atteintes répétées aux législations du travail dans tous les pays.

Face à cette mondialisation, nous assisterons à l’émergence des mouvements alter-mondialistes (et pas anti-mondialistes) dont la médiatisation et le succès éclaterons définitivement en 1999 contre l’OMC à Seattle.

Mais pas seulement. En parallèle des mouvements alter-mondialistes, plus ancrés à gauche, apparaissent de nouvelles forces, populistes, qui font les mêmes constats mais apportent des réponses différentes, essentiellement basées sur un retour à la préférence nationale.

Il y a donc 2 discours anti-système : l’alter-mondialisme et le national-populisme.


Killing in the name of… On connaît la musique

Si nous avons souhaité vous parler de Rage Against The Machine, c’est sans doute parce que l’élection de Donald Trump comme 45ème président des États-Unis marque la fin d’un cycle et le début d’un nouveau.

L’ère qui commence et celle des populismes de gouvernement, celle qui consacre l’échec d’une gauche qui, plutôt que de barrer la route au libéralisme, a préféré l’accompagner, pensant en limiter les effets délétères à grands renforts de politiques sociales que la disparition du travail ne permet plus de financer.

En réalité, le libéralisme sera venu à bout de l’état providence de la même façon qu’il aura vaincu le bloc soviétique : en usant ses ressources.

La course au matelas social de l’un aura eu le même effet que la course à l’armement de l’autre : la ruine.

Pis : tout ceci ne se sera pas fait en pure perte, mais en enrichissant les marchés financiers à mesure que la dette des états augmentait pour maintenir les salaires et le pouvoir d’achat des populations.

Le cycle dans lequel nous entrons n’est pas la bonne réponse aux malheurs provoqués par le libéralisme, puisqu’il consiste à faire porter la responsabilité de ses méfaits sur des boucs émissaires, mais il marque une rupture avec les candidatures habituelles dont les campagnes électorales sont financées par le “système” (les oligarques), financement qui les obligent.

Les “latinos” américains, les “arabes” français, qui sont pourtant les premières victimes, sont les coupables désignés de nos maux, au même titre que les “juifs” et les “tziganes” d’Hitler et de ceux qui l’avaient élu.

Nouveau cycle ? Vraiment ?

En fait non.

Ce que hurle Zach de la Rocha dans “Killing in the name of“, c’est que les Noirs que l’on lynche ne sont “que des nègres”, alors que les lyncheurs, eux, font partie de la “race blanche”, soit-disant “élue”. Et que les crimes qui seront commis ne seront jamais punis puisque les initiateurs sont les politiques eux-mêmes (cf. le discours de D. Trump à l’encontre des mexicains et des musulmans).

Bien sûr, le port de la cagoule pour les membres du Klu Klux Klan était une preuve de lâcheté parce qu’une garantie d’anonymat, comme le sont de nos jours les rideaux des isoloirs dans nos bureaux de vote où de plus en plus de français votent pour le Front National dans l’espoir que cela améliorera leur sort.

Chantée il y a 25 ans, cette chanson, comme toutes les chansons de l’album, apparaît comme prophétique au lendemain de l’élection d’un Trump dont l’électorat est, les chiffres le prouvent, exclusivement constitué de “blancs”.


Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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Killing in the name of Rage Against The Machine

"Killing in the name of", chanson prophétique de Rage Against The Machine, nous parle du règne sans partage de la "race blanche".
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