La #LoiTravail pour une société de la précarité

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La #LoiTravail pour une société de la précarité

Terrorisme, #LoiTravail : quand une violence répond à une autre

A un député UMP qui l’interpellait à l’Assemblée Nationale, fustigeant la dénaturation complète du texte original, Myriam El Khomri répondait qu’il était essentiel, à ses yeux, de négocier cet accord sur la loi qui porte son nom afin qu’il soit mieux accepté.

Or, dans cet échange filmé et archivé auquel nous avons pu avoir accès au travers des médias, tout est faux, tout est factice même, tellement ces discours et ces attitudes sont fabriquées à l’avance pour donner le change (les questions au gouvernement sont connues et les réponses préparées).

La déception de ce député n’était qu’apparente, simplement un exercice de comm’, et sa sincérité valait bien celle de Pierre Gattaz quand il larmoyait sur l’inutilité du texte en cours de réécriture alors que l’original était si bon.

La négociation menée par Manuel Valls et Myriam El Khomri avec les représentants syndicaux (travailleurs et étudiants) n’était également qu’un semblant de négociation. Car la seconde mouture du texte n’est pas fondamentalement différente de la première. Malgré quelques ajustements à la marge, notamment sur la capacité des juges à apprécier la validité des arguments invoqués lors d’un licenciement (sincérité des comptes présentés), le fond reste le même : ce texte ne fait que mieux organiser la précarité des salariés pour donner de la visibilité aux chefs d’entreprise. L’incertitude change légalement de camp.

le-cdi-est-tres-anxiogene-assure-pierre-gattaz_x240-p9VN’allons pas croire pour autant que cette incertitude était un fardeau porté uniquement par les chefs d’entreprise jusqu’à présent. Les CDD, les ruptures conventionnelles, l’explosion continue du chômage sont les incertitudes auxquelles sont confrontés les salariés. C’est juste que cette loi l’organise concrètement pour les salariés, lui donnant des assises juridiques sur l’essentiel, laissant à une pseudo négociation collective le soin d’adapter le reste en fonction de la réalité de l’entreprise et des caprices de ses dirigeants. Nous qualifions de “pseudo négociation collective” une négociation dont les parties prenantes ne disposent pas du même pouvoir de négociation (ou encore de nuisance) du fait même des données concrètes contingentes : un chômage de masse et un taux de syndicalisation d’environ 5% qui font de l’entreprise et de ses dirigeants les vrais décisionnaires.

Il faut garder présent à l’esprit que les postures de nos dirigeants sont souvent feintes, enfermant pour partie le débat dans l’espace politico-médiatique national en clamant que la France est impossible à réformer, alors qu’en réalité cette loi, qui risque de passer en force, n’est que la déclinaison française de mesures qui prennent pied dans l’Europe entière (Italie, Espagne…) et, plus globalement, dans tout l’Occident, à mesure que la mondialisation, en organisant la concurrence du tous contre tous, exige toujours plus de sacrifices humains pour préserver les intérêts de l’oligarchie financière qui règne à l’échelle de la planète. Car tel est le visage de la mondialisation : un espace en dehors de toute législation, de tout contrôle, où ne circulent que des capitaux, des jeux d’écritures électroniques et des jets privés. Les bourses nationales sont le point d’entrée vers ce monde parallèle. Et nos culs signalent généralement la sortie…


A la “une” de Médiapart, on peut lire, à propos du djihadisme qui a frappé la France et la Belgique :

Nous devons faire face à une violence déterritorialisée.

Bertrand Badie

Cette définition ne s’applique-t-elle pas également à la violence faite aux peuples quand il s’agit de préserver les intérêts de ces quelques milliers de personnes qui possèdent plus de la moitié de la richesse mondiale ?

La comparaison entre ces formes de violence, qu’il s’agisse des djihadistes ou de cette caste de “possédants” qui régentent nos vies via la courroie de transmission gouvernementale, n’est pas, selon moi, osée ni exagérée. Elles ne sont que les deux faces d’une même médaille, la violence des terroristes n’étant qu’une lointaine conséquence des choix socio-économiques qui caractérisent la violence ultra-libérale.

Il est tout a fait envisageable que la révolution, attendue par un nombre toujours plus importants d’individus qui comprennent à quel point ils sont, dans leurs vies quotidiennes, exposés à des risques économiques et sociaux sur lesquels ni eux ni leurs gouvernements n’ont plus aucune prise (le principe des accords de libre-échange montre sa vraie nature : l’abandon de souveraineté), ait déjà commencé dans nos banlieues. Ces banlieues qui sont, comme le disait Manuel Valls, les “ghettos de la République”, triste constat dont il semble n’avoir tiré aucune leçon, sont aussi peut-être les premiers lieux en France où des prurits révolutionnaires auront fait leur apparition.

Je crois profondément qu’il est trop intellectuellement facile, trop évident, de penser que “nos jeunes de banlieues” s’engagent aux côtés de Daech parce qu’ils sont eux-mêmes musulmans et que, par conséquent, ils épousent sa cause dont ils seraient des alliés objectifs.

Le combat de l’organisation État Islamique, qui n’est qu’une mafia souhaitant profiter du chaos au Moyen-Orient, n’est pas le leur, et leurs destins sont le cadet des soucis de l’État Islamique. Cette dernière a besoin de combattants, de chair à canon, de filles à soldats, et elle a simplement trouvé les bons mots pour acquérir à sa causes des individus en perdition chez nous.

sorbonne-precariteNous n’excusons pas ces individus pour les atrocités qu’ils commettent et pour lesquelles ils doivent payer le prix fort, nous disons seulement qu’ils ont choisi ce combat comme on écoute la musique de son époque : sans conviction a priori, sans objectif particulier. C’est la contemporanéité qui explique ce qui, parfois, n’est pas complètement un choix. Auparavant, il y avait eu le CPE de Monseigneur de Villepin, et une réponse violente des banlieues à l’organisation de la précarité (CPE et CNE) qui s’était vu, déjà, opposer l’état d’urgence.

Ces gens ont décidé de donner un sens à leurs vies en s’engageant pour une cause qui leur est aussi étrangère qu’ils lui sont étrangers, parce que plus rien ici ne les retient. Pire : en étant prêts à sacrifier leurs propres vies dans les conditions les plus violentes, ils nous montrent à quel point ils sont devenus indifférents à leurs existences mêmes. Alors à quoi bon invoquer, les concernant, la rupture d’un pacte républicain qui pourrait être sanctionné d’une déchéance de nationalité ?

Ces personnes ont simplement besoin qu’on leur témoigne sollicitude et respect, qu’on leur montre à quel point ils sont des français comme les autres. Que cette République, à laquelle ils ont déclaré la guerre et qui leur rend bien, renoue avec ses préoccupations premières et s’occupe un peu plus de rendre leurs existences vivables, les aidant autant que possible à sortir du cercle infernal et vicieux de la précarité et de l’échec auxquels leurs patronymes et la couleur de leur peau les condamnent quand ce ne sont pas les lois de la République.

En organisant, une loi scélérate après l’autre, cette précarité au niveau national et européen, nos dirigeants déplacent dangereusement le curseur de la paix sociale. Jusqu’à présent contenue dans les banlieues, la colère gronde maintenant sur tout le territoire. Peut-être parce que chacun commence à toucher du doigt ce que subissent les banlieues depuis tant de décennies (petits boulots, aucune visibilité, etc.) ?

Le 31 mars, les français seront très certainement dans la rue. Il y a en France un combat à mener, parce que si nous ne le menons pas, nos vies, ainsi que celles de nos enfants, seront durablement impactées, profondément changées. Il est temps que ceux qui ont choisi de détruire la France en s’engageant dans un combat perdu d’avance avec lequel ils n’ont rien à voir se mobilisent pour prendre ici, pacifiquement, leurs destins en main. En se joignant aux cortèges qui arpenteront la France pour dire NON à cette loi moisie sur le travail, ils reconstruiront ce sentiment d’appartenance à quelque chose qui nous dépasse tous et qui a mu de nombreuses génération avant nous. Ce quelque chose, c’est la lutte contre l’injustice sociale, et il est profondément français.


Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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1 Commentaire sur "La #LoiTravail pour une société de la précarité"

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Editor

Il faut signaler cet article paru dans Mediapart et dans lequel le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner, fait la même analyse.

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