La séparation bancaire : voulue par les peuples, rejetée par les politiques

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La séparation bancaire : voulue par les peuples, rejetée par les politiques

séparation bancaire

La séparation bancaire promise est au point mort selon un article du Nouvel Economiste. Au Parlement européen (PE), l’équipe en charge de ce dossier est majoritairement contre.

Pourquoi la séparation bancaire devrait s’imposer

Suite à la crise financière de 2008, à l’occasion de laquelle les peuples-payeurs avaient vu émerger le concept de “banques systémiques“, conçu pour mieux justifier que leurs impôts les sauvent, Michel Barnier (UMP), commissaire européen, avait fait de la séparation bancaire son cheval de bataille.

séparation bancaireCette proposition, frappée au coin du bon sens, consiste à faire le distingo strict entre les capitaux que les banques doivent protéger parce qu’il s’agit purement et simplement de NOTRE argent, celui de nos dépôts, comptes courants ou d’épargne, et les capitaux qu’elles peuvent, sans risque pour leurs clients, jouer à la loterie financière qu’on appelle le système financier.

Si cette mesure peut sembler normale à toute personne normalement constituée du point de vue cérébral, il n’en va pas de même pour les banques. Les gens raisonnables que nous sommes, du moins pour la plupart d’entre nous, évitent de jouer au Loto ou au PMU la totalité de leur revenu, conservant l’essentiel de celui-ci pour s’acquitter prioritairement de leurs charges impératives : loyer, impôts, alimentation, etc. Ce qu’il reste peut être dépensé dans des jeux sans mettre en péril la vie du foyer.

Pour une banque, le calcul est différent parce qu’elle raisonne de façon probabiliste. Si, en misant 100, elle s’attend à gagner sur les marchés financiers 150, alors elle s’attend logiquement à pouvoir gagner 300 en misant 200. C’est mathématique. Le problème, c’est que les 100 qui lui manquent pour gagner 2 fois plus sont nos avoirs, c’est à dire nos dépôts. La séparation bancaire, pour les banques, c’est donc l’assurance de gagner moins, parce que leurs activités spéculatives ne pourront plus se servir de notre argent pour jouer.

Le calcul cynique des banques est le suivant : si elles perdent sur les marchés financiers des montants considérables constitués, pour partie, de nos avoirs, les états seront obligés d’intervenir pour les sauver afin de garantir aux déposants (nous) la possibilité d’utiliser leur argent pour consommer. Si les déposants étaient privés de leur argent, ils ne pourraient plus consommer, et les effets sur l’économie réelle, qui est une économie consumériste, seraient dévastateurs : récession, chômage, etc.

Et c’est bien ce qu’on fait les états en 2008 : la plupart ont utilisés les deniers publics pour renflouer les banques qui s’étaient endettées bien au-delà de leurs capacités à assumer les pertes éventuelles qui, en théorie, sont intégrées dans leurs calculs probabilistes. Ceci a contribué, de façon dramatique, à accroître l’endettement des états que des générations paieront après nous.

En revanche, si les activités spéculatives étaient séparées des activités de gestion des dépôts, les états pourraient laisser crever les banques perdantes la gueule ouverte sans que cela empêche quiconque de s’endormir sur ses deux oreilles.

Ce qui relève de l’intérêt général ne fait donc pas l’affaire des banques qui se fichent éperdument de l’intérêt général…

Pourquoi la séparation bancaire devra attendre la prochaine crise financière

séparation bancaire

Propositions d’Attac

Michel Barnier, donc, alors commissaire européen, avait donc fait quelques propositions visant à séparer les activités spéculatives de celles consistant à gérer les dépôts des particuliers et entreprises. Mais ces propositions sont, selon Philippe Lamberts, contre-rapporteur Verts/ALE sur le projet de règlement européen, arrivées bien trop tard pour être suivies d’effet. Pour lui, M. Barnier aurait du faire ces propositions dès 2009, en pleine tempête, pas à 3 mois de l’échéance électorale européenne de 2014.

Par conséquent, suite à la constitution du nouveau PE, le dossier a été transmis à un rapporteur conservateur, Gunnar Hökmark, opposant notoire à toute idée de séparation bancaire. Le lobbying des banques au PE porte donc ses fruits : le rapporteur est contre, tout comme ses alliés conservateurs (PPE), libéraux (ALDE) et eurosceptiques (ECR).

Le problème, c’est que même la gauche sociale-démocrate européenne semble s’être désintéressée du sujet et n’a fait aucune propostion contraignante à l’égard des banques. Même la proposition de filialisation (versus séparation pure et simple) faite par M. Barnier n’a reçu de la part des sociaux-démocrates qu’un soutien du bord des lèvres qui font dire à Philippe Lamberts  :

Les députés socialistes français se montrent très réticents à l’idée de séparer les activités de leurs “champions bancaires nationaux” que sont BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole. L’époque où la finance était son adversaire est décidément révolue au sein de la gauche de gouvernement.

 

Au bout du compte, ni la séparation, proposée par les Verts, ni la filialisation, proposée par les sociaux-démocrates, ni le statu quo, soutenu par les conserveteurs, n’ont gagné.

C’est donc à une panne pure et simple du processus de séparation à laquelle on assiste (influence des lobbies ?), ce qui laisse présager d’une future catastrophe quand on voit comment évolue la bulle financière (10 fois le PIB mondial pour le marché des dérivés) qui ne cesse de grossir alors que l’économie réelle, elle, tout comme le processus de décision au PE, est en panne.

Par ailleurs, dans le cadre des négociations menées par la Grande-Bretagne pour éviter à l’UE l’affront d’un Brexit, celle-ci pourrait être exemptée de toute décision contraignante, comme le rapporte Reuters, sur le sujet de la séparation bancaire alors qu’il s’agit de la principale place financière en Europe.

 

Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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