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UberPop : préquelles à l’uberisation de nos vies

uber uberisation

Taxis VS UberPop

Récemment, des taxis ont, semble-t-il (on attendra plus d’infos de la part de la justice pour connaître l’exactitude des faits), pris à partie un “concurrent” de chez Uber . Ceux-ci protestent violemment contre cette concurrence illégale de la part de chauffeurs “non-licenciés”.

En conséquence, François Hollande demande la dissolution d’UberPop qui, selon lui, doit être reconnu comme illégal (Le Monde).

UberPop hors-la-loi

Cette  prise de position par François Hollande a de quoi surprendre.

En effet, le gouvernement de Manuel Valls vient d’utiliser par deux fois l’article 49.3 de notre constitution pour faire adopter en force la loi Macron qui a pour vocation de “libéraliser l’économie “, en s’en prenant notamment aux professions réglementées telles que les notaires, les pharmaciens, etc.

Or le métier de taxi est également une profession réglementée qui, en contrepartie d’une licence payée horriblement cher, jouit d’un quasi-monopole sur le transport des personnes (nous faisons abstraction des transports en commun et des transports médicalisés).

Ce qu’Emmanuel Macron considère comme des verrous qui empêchent la libre-entreprise devient finalement compliqué à distinguer. Il resterait des professions réglementées plus protégées que d’autres sans que l’on comprenne vraiment ni lesquelles ni pourquoi.

La manière dont cette affaire est gérée par le gouvernement est également sujette à caution. En effet, la justice a été saisie et doit se prononcer sur le fond, mais le gouvernement, sous la pression des taxis et, peut-être, du candidat François Hollande, semble vouloir décider lui-même ce qui est légal ou pas. Sommes-nous en train d’assister à une nouvelle tentative d’un gouvernement d’influencer une décision de justice dans un sens plutôt qu’un autre ?

Bernard Cazeneuve parle de « délit d’organisation d’activités illicites de transports de personnes » ainsi que de « les conditions de recrutement […] susceptibles de constituer le délit de travail dissimulé ».

Le conflit qui oppose les taxis aux chauffeurs d’UberPop a cependant des ressorts plus profonds que le simple fait, pour une profession, de défendre ses intérêts propres face à une concurrence d’un genre nouveau, ce qui a toujours existé.
Uber uberisation

Société 2.0 ou “l’uberisation”

Au fond, ce conflit est révélateur des ruptures qui se font jour dans notre société 2.0. On parle d’ailleurs d’uberisation de notre société, c’est tout dire.

Cette uberisation (Le Monde) repose sur plusieurs facteurs.

L’un, technique, est le réseau. Grâce au réseau, les individus peuvent interagir en mode “point à point” (peer to peer). Il est possible de demander la recette du gâteau au yaourt sur n’importe quel réseau social et d’obtenir plusieurs (dizaines / centaines / milliers de) réponses en quelques minutes de la part d’individus répondant en leur nom propre, pas au nom d’une organisation quelconque.

Un autre, social, est la disparition programmée du travail salarié . Est-ce à dire que l’ensemble des actifs souhaitent cette disparition ? Il y a fort à parier que non, puisque le salariat cumule de nombreux avantages que des législations comme le droit du travail en France ont sanctuarisé en limitant le recours aux licenciements, la durée légale du temps de travail, etc. Au contraire, ce sont les lobbies patronaux qui poussent dans ce sens, aidés en cela par des personnels politiques qui ne voient en une telle évolution qu’un prérequis à la croissance, donc à l’emploi. S’il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut entendre, il n’y a peut-être pas plus coupable que celui qui ferme les yeux.

Quoi qu’il en soit, le salariat tend à disparaître sous les coups de boutoir des lobbies patronaux, mais pas seulement. Nous avons souvent eu l’occasion, dans ces pages, de discuter de ces facteurs que sont les délocalisations ainsi que les gains de productivité qui expliquent, eux aussi partiellement, le recul du travail et l’augmentation du chômage ainsi que de la précarité.

Devant une telle évolution, les français ne restent pas les bras croisés. Ils cherchent, de leur côté, à mettre du beurre dans les épinards, à arrondir les fins de mois, à trouver des alternatives au recul de leurs revenus . L’auto-entrepreneuriat, l’économie numérique, sont des alternatives possibles que la technique facilite.

UberPop est l’un des avatars que ces changements permettent. De son côté, Amazon travaille sur une solution à peu près identique qui lui permettra à terme de recourir à des personnes privées pour réaliser quelques courses (livraisons) si tant est que les clients à livrer se trouvent sur leur trajet. A ce moment-là, les syndicats de transporteurs et chauffeurs routiers bloqueront les axes routiers pour protester contre ce travail dissimulé et cette concurrence.

Amazon, c’est cette entreprise qui, souvenez-vous, a ravagé le secteur des librairies, en faisant fermer par dizaines chaque année, en proposant des tarifs attractifs en jouant notamment sur les frais de livraison, la possibilité de renvoyer les produits sans discussion, etc.

UberPop, Amazon, sont en rupture avec l’existant parce qu’ils s’appuient sur ce que permet la technologie du web et le peer to peer : la désintermédiation.

Il en va de même pour les professions hôtelières avec AirBnB.

Les avocats, les banques, les compagnies d’assurance font également partie des professions qui ont tout à craindre de l’économie 2.0. Là où ces métiers vendent un service, le web le propose gratuitement, du moins apparemment puisque, pour les géants de l’économie numérique, les GAFA, ce qui a de la valeur, ce sont vos données. Ces services sont donc rendus en échanges des données que chacun voudra bien fournir.

In fine, ce qu’il faut le plus craindre c’est cet éclatement total des organisations et institutions qui, aujourd’hui encore, permettent de faire société.

Quoi que pensent de l’entreprise les tenants du libéralisme, celle-ci permet encore de faire travailler de nombreux individus sur des projets communs dans un esprit de collaboration.

Au contraire, UberPop couronne l’avènement du chacun pour soi et tous contre tous .

La société telle que la rêve l’UMPop

Récemment encore, nous évoquions dans un article le retour probable d’un modèle de société quasi-esclavagiste au sein de laquelle les individus, isolés, travailleraient tous pour leur propre compte dans une concurrence généralisée qui ne ferait l’affaire que des entreprises, seules à même de mobiliser suffisamment de capitaux pour se lancer dans des projets de quelque envergure qu’aucun individu ne saurait mener seul, limité par définition à ses seules compétences ainsi que par l’étroitesse relative de son réseau. Cette société “égotéliste” pourrait constituer un bond en arrière qui serait tout sauf un réel progrès social.

Or, Nathalie Kosciusko-Morizet, actuellement n°2 de l’UMP – mais pour encore combien de temps ? – semble voir cette évolution de notre société comme un avenir souhaitable au nom de la liberté (Le Monde) . Encore une fois, on se demande si les gens qui prétendent s’occuper de nos vies et de notre avenir commun connaissent correctement le passé et s’ils en tirent des conclusions qui dépassent le simple conformisme à une idéologie à laquelle ils se sont vendus corps et âmes.

Il suffit d’ouvrir un livre d’histoire pour constater à quel point les formes historiques de “self-employment” auxquelles Nathalie Kosciusko-Moriset fait référence étaient synonymes de pauvreté.

C’est une chose que de défendre la libre-entreprise, c’en est une autre que d’affirmer que les individus, une fois libérés du salariat, auront tous “quelque chose à offrir”. Cette tenante du libéralisme sait bien que l’abondance d’offre est synonyme de prix bas . Si, comme elle le prétend, les droits sociaux sont attachés à l’individu et non plus au fait d’appartenir à une entreprise, cela signifiera que les individus, sur des prestations aux prix cassés, devront en plus assumer pleinement les coûts de leur “soi-disant” indépendance.

Les droits sociaux seront des droits de citoyens, associés à une protection sociale attachée à l’individu, indépendante de l’entreprise.

[gap height=”5″]Si NKM a raison quand elle affirme qu’on assiste à un changement qu’il sera difficile d’enrayer, que l’uberisation de nos vies est d’ores et déjà acquise, qu’il faut l’accompagner, il n’y a aucune raison en revanche d’accepter un tel transfert des risques et des charges vers les seuls individus-travailleurs-citoyens . D’autant plus qu’à ce jeu, nous ne sommes pas tous égaux : les individus ont peu de chance d’échapper à l’impôt alors que les entreprises s’évertuent à faire de l’optimisation fiscale !

Encore une fois, il faut le répéter : la richesse des entreprises se fait sur le dos des salariés qui vendent leur travail sans avoir aucune maîtrise sur les profits réalisés. Si une telle évolution devait advenir, il ne s’agirait pas seulement de libérer entreprises et travailleurs en supprimant le code du travail car cela ne profiterait qu’aux entreprises. Il serait nécessaire que, dans ces contrats de gré-à-gré dont NKM nous rebat les oreilles, soit spécifié le pourcentage d’intéressement dont profitera chaque individu ayant contribué d’une façon ou d’une autre à la profitabilité de l’entreprise.

Tous les problèmes que nous connaissons sont liés à une répartition de la valeur créée absolument prédatrice . Les changements sociétaux induits par le peer to peer, qui aura sa traduction dans le travail par des accords de gré à gré , doivent nécessairement prendre en compte ce sujet central sous peine de vouloir favoriser encore et toujours nos amies les entreprises aux dépens des méchants travailleurs-profiteurs.

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Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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[…] de « confiance » mis en place sur la plate-forme… Tout cela produit un malaise résumé par citizen-web : « C’est une chose que de défendre la libre entreprise, c’en est une autre que d’affirmer […]

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Uber n'est que la partie émergée de l'iceberg. En réalité, toute notre vie va être ubérisée. La société 2.0 est en marche.
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