Primaire socialiste, l’abracadabra de Terra Nova

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Primaire socialiste, l’abracadabra de Terra Nova

primaire socialiste

Primaire ou pas ?

La question est à présent posée : François Hollande passera-t-il par la case primaire ou pas ?

 

“Le candidat à la présidence de la République est désigné au travers de Primaires citoyennes ouvertes à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la République et de la gauche.”

 

[gap height=”5″]Les statuts du Parti socialiste sont on ne peut plus clairs : son candidat à la présidentielle est choisi au moyen d’une primaire (article 5.3.1). Cela vaut-il pour François Hollande pour l’élection de 2017 ? Le texte ne prévoit pas de différence selon que le PS est au pouvoir ou dans l’opposition.

 

[gap height=”5″](Le NouvelObs)

 

[gap height=”10″]Il y a les principes et la vraie vie.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Depuis plusieurs semaines déjà, 4 mois même, selon Maxime Tandonnet dans le Figaro Vox, François Hollande semble peaufiner son image et multiplie les déplacements. François Hollande voit loin, disons à 2 ans. Et il se verrait bien rempiler.

Mais pour quoi faire ?

Il était sympathique au Bourget quand il dénonçait l’ennemi sans nom et sans visage, mais si, à cette occasion, sa popularité a décollé jusqu’à atteindre les étoiles, les belles idées sont quant à elle restées collées au tarmac où bien des jets privés leur ont roulé dessus.

François Hollande prétendait faire diminuer la courbe du chômage, c’est celle de sa popularité qui s’est effondrée.

Les analystes attribuent ce phénomène au mauvais bilan de son mandat : augmentation du nombre de chômeurs, perte de compétitivité, augmentation du vote protestataire, etc.

Si l’on peut reprocher à F. Hollande son indécision dans bien des domaines, que d’aucuns qualifient de propension pour le consensus, ce qu’il a  toujours revendiqué, il est en revanche des choses qu’on ne peut pas lui reprocher. Le chômage, la croissance quasi-nulle, le risque de déflation, pour ne prendre que ceux-là, pourraient quasiment être considérés comme des facteurs exogènes du fait de la mondialisation. Ces mauvais chiffres sont le fait même du système ultra-libéral, les conséquences de ses effets néfastes sur les territoires qui le laissent se développer telle une hydre. Ils sont une constante depuis 40 ans !

Ce que l’on peut en revanche reprocher à F. Hollande, c’est de n’avoir pas cherché à changer ce système conformément à ses promesses de campagne, et notamment du Bourget. Pis : d’avoir tourné casaque et enfourché le cheval libéral, épousant contre toute attente, ou plutôt tout espoir, les thèses du MEDEF et de Bruxelles. On pourrait même imaginer qu’une fois élu, F. Hollande se soit entendu dire par les représentants de la Commission à peu près les mêmes arguments que ceux qui sont assénés à la Grèce depuis l’élection d’Alexis Tsipras à la tête du gouvernement grec.

Conséquence de tout cela : F. Hollande n’est pas le mieux placé pour représenter le Parti Socialiste lors de la prochaine élection présidentielle de 2017. Manuel Valls est devant lui dans les sondages, mais comment faire pire puisque aucun président de la Vème République n’aura atteint un tel niveau d’impopularité avant lui (79% de mécontents rapporte le Figaro) ?

L’augmentation du vote protestataire et de l’abstention trouvent en partie leur source dans ces déceptions et ces trahisons qui semblent caractériser le régime présidentiel depuis maintenant plusieurs décennies. L’Élysée, finalement, c’est un peu comme une école d’ingénieur ou de commerce : le plus dur c’est d’y entrer. Les bonnes intentions, les engagements, appartiennent vite au passé et sont remplacés par l’ambition suivante qui est de s’y maintenir. Or, gouverner avec l’illusion de ne pas décevoir, c’est se mystifier soi-même et les français avec.

La décision majeure a été prise : c’est le CICE. La loi Macron, présentée comme la plus importante de toute, c’est du pipi de chat pour montrer à Bruxelles qu’il y a un pilote dans l’avion. Le démontage attendu du droit du travail, exigé par le MEDEF depuis bien avant Gattaz et Hollande, est prévu pour les mois qui viennent et ne fera qu’entériner une façon de fonctionner actée tacitement depuis plusieurs années : le vrai CDI disparaît progressivement, les 35 heures restent le cadre légal mais sont appliquées de façon équivoque dans bien des entreprises (puisque le temps moyen travaillé est toujours de 39 heures hebdomadaires en France). Il n’y a plus rien à attendre d’important d’ici 2017 parce que ne rien faire, c’est s’assurer de ne pas plus décevoir.

Primaire socialiste, opération enfumage : ON

Si l’on y regarde de plus près, et comme l’a très bien remarqué le politologue Thomas Guénolé, les statuts du PS permettent à tout candidat républicain et de gauche de se présenter à la primaire socialiste.

Tout candidat de gauche, cela veut dire Jean-Luc Mélenchon ou encore Pierre Larrouturou, tous deux ex-socialistes déçus, qui ont préféré rassembler autour de leurs idées respectives plutôt que de se battre au sein d’un parti qui, petit à petit, s’éloigne de sa base. La boboïsation du PS avait déjà éloigné le PS de sa base historique, à présent ce sont de tous les français de gauche qu’il s’éloigne.

Éviter les primaires c’est empêcher tout candidat de gauche mieux placé que Hollande de rafler la gauche. Cela fait potentiellement beaucoup de monde et donc désordre.

Le cas de Manuel Valls est particulier. Il ne se présenterait pas contre François Hollande mais rêve de fonder son propre parti, au centre. La façon dont il va jouer sa partition sera intéressante à observer.

Martine Aubry a fini par courber l’échine et se désolidariser des frondeurs. C’est réglé de ce côté.

Jean-Christophe Cambadélis, en revanche, s’inquiète de l’avenir des frondeurs. Ceux-si seront certainement mis hors-jeu suite au prochain congrès, mais comment s’assurer qu’ils ne feront plus de vague, qu’ils ne nuiront plus ?

Comment faire revenir EELV dans la partie afin d’éviter la dispersion des votes ?

C’est là que le rapport Terra Nova intervient.

Le constat fait par Terra Nova :

Les partis ne sont plus un lieu de synthèse des revendications, mais des animateurs de la vie politique (des agents de coordination) dont le rôle à l’avenir sera de “dépasser l’éclatement des causes spécifiques et organiser les grands rendez-vous de la vie démocratique dont les primaires sont une illustration“. Bref, des entrepreneurs politiques institutionnels dans lesquels il ne sera plus possible de se reconnaître tout le temps : leur identité sera à géométrie variable en fonction des rapports de forces dans le contexte du moment.

D’autre part, loin d’avoir désigné un candidat légitime autour duquel pouvait s’opérer le nécessaire rassemblement de l’après-primaire, celle-ci a contribué à cristalliser des oppositions qui ont perduré entre le vainqueur et ses challengers battus une fois l’élection gagnée et le gouvernement formé.

[La primaire] hiérarchise les positions plus qu’elle ne les efface. Les clivages qui se sont exprimés durant la primaire sont ainsi restés sensibles après la victoire de 2012.

En conséquence de quoi, Terra Nova fait 4 propositions mais nous n’aborderont que la première et la dernière d’entre elles.

La première proposition consiste à ouvrir l’accès à la primaire à d’autres formations politiques. Cette apparence d’ouverture est un trompe l’œil puisque, comme nous l’avons vu plus haut, c’est déjà le cas.

Ce qui est intéressant, toutefois, c’est que cette “primaire de rassemblement” semble avoir 2 objectifs :

  1. éviter la dispersion des voix au premier tour sachant que cette dispersion est toujours, à gauche, une cause de défaite comme l’ont encore prouvé les élections départementales.
  2. cette dispersion laisserait s’affronter au second tour la droite et l’extrême droite, ce qui, dans le contexte actuel, signifierait une victoire de l’UMP. Il faut donc se donner toutes les chances d’arriver au second tour en rassemblant le plus largement possible pour être sûr de remporter l’élection face au Front National.

Encore une fois, le seul programme de la gauche, c’est de lutter contre le Front National, peut importe ce que contient le programme.

Enfin, la 4ème et dernière proposition pose la question de savoir si, au prétexte que le principe d’une primaire est inscrit dans les statuts du parti, un président sortant doit y être contraint.

L’exercice pourrait affaiblir considérablement son autorité dans l’exercice de ses responsabilités et hypothéquer ses chances de victoire au final.

Sans surprise, Terra Nova propose donc :

Maintenir le caractère systématique de la primaire présidentielle ouverte quand il n’y a pas de président sortant et rendre la primaire optionnelle dans le cas d’un Président sortant.

En ce qui concerne l’organisation de cette primaire, Jean-Christophe Cambadélis, interrogé par l’AFP, a déclaré :

Les primaires ne sont pas d’actualité au Parti socialiste.

terra nova primaire


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Primaire socialiste, l'abracadabra de Terra Nova

Terra Nova propose, dans un récent rapport, de ne pas organiser de primaire à gauche.
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