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Quand la laïcité devient racisme républicain

laïcité

Les affaires qui se succèdent depuis plusieurs années en France en lien avec le port du voile, plus récemment le “burkini“, et d’une façon générale les traditions musulmanes, sont symptomatiques d’une attitude de défiance d’une partie croissante de la population française à l’égard de sa principale minorité religieuse (4,1 millions de français).

De nombreux facteurs peuvent expliquer cette focalisation de l’attention sur cette population, facteurs liés ou non à l’actualité : attentats, actions féministes, suppression des menus de substitution dans les écoles des municipalités dirigées par le Front National ou la droite “décomplexée”, interdictions de manifestations ou de tenues vestimentaires à caractère communautaire au nom de la laïcité.

En tant que républicains attachés à l’état de droit et au respect de la loi, notre attitude vis à vis de la population musulmane ne doit considérer aucun autre élément que les dispositions légales, au risque de nous rendre coupables de jugements de valeurs et de stigmatisation.

Dans le contexte que nous connaissons, il est attendu des musulmans qu’ils procèdent à un aggiornamento raisonnable consistant à rendre leurs pratiques et leurs traditions compatibles avec les lois de notre pays.

Il est moralement condamnable et humainement irresponsable de considérer toute une communauté coupable des crimes de certains de ses membres.

Il serait dommageable pour les musulmans de s’enfermer dans une logique identitaire ou communautariste qui éloignerait tout espoir de relations apaisées entre… français.

 

Quid du discours féministe ?

Le combat féministe pour l’égalité hommes-femmes est un combat nécessaire et non négociable auquel, d’ailleurs, de nombreux hommes souscrivent.

Dans la mesure où certaines pratiques restreignant les libertés individuelles des femmes musulmanes sont avérées, les mouvements féministes intègrent cet axe de progrès dans leur lutte pour l’égalité des femmes. Ceci passe, entre autre, par un rejet de toute marque de soumission de la femme aux hommes de son entourage, dont le voile ou le foulard sont soupçonnés de faire partie, au même titre que l’abominable mutilation qu’est l’excision.

Si l’on s’en tient au voile, ce combat est rendu compliqué par l’attitude d’une partie de ces femmes qui revendiquent le droit de le porter si tel est leur choix. D’un point de vue strictement légal, rien ne peut les en empêcher. Nous savons par ailleurs qu’il est difficile de connaître le degré de sincérité de ces revendications et déclarations.

voile nonnes laïcitéLes discours extrêmes tels qu’ils ont pu être portés par des représentantes du féminisme comme Elisabeth Badinter ne constituent pas une approche équilibrée. Pourquoi clouer au pilori celles qui font en conscience le choix d’arborer une telle tenue ? Faut-il, dans ce domaine, pratiquer massivement une discrimination positive en interdisant de façon catégorique le port du voile aux femmes musulmanes au prétexte que leur refus de se libérer de leurs chaines est une “gifle” qu’elles adressent à celles qui voudraient s’en débarasser ?

Dans ce cas, que devons-nous dire des femmes juives qui portent perruques et cachent leur poignets et leurs chevilles même les jours de grandes chaleurs ? Que devons-nous penser des jeunes garçons affublés de “papillotes” ou de ces hommes adultes vêtus de noir des pieds à la tête ? Que devons-nous penser de la circoncision (certes bien moins grave que l’excision) ?

Respectent-ils les traditions judaïques ou les subissent-ils ?

Devons-nous également interdire aux nonnes et curés catholiques de s’afficher publiquement avec leurs robes, leurs croix démesurées et leurs voiles dans un souci d’égal traitement ?

Dans tous les cas, la main tendue des mouvements féministes à l’égard des femmes musulmanes ne doit pas être une main qui pointe du doigt celles qui refusent leur aide, au risque d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui, pour des raisons moins nobles, nous condamnent à une impossible mixité. C’est, je crois, l’erreur commise par Elisabeth Badinter dont, par ailleurs, nous soutenons pleinement la démarche.

 

La guerre

Les attentats commis en France au nom de l’État Islamique, particulièrement meurtriers, sont certainement la plus grande cause de défiance et de peur, pour les non-musulmans comme pour les musulmans. Car en plus de compter au nombre des victimes, ceux-ci doivent désormais craindre également les représailles du reste de la population. Le risque de pogroms est grand à leur encontre, et des français non-musulmans somment à présent l’État de prendre toutes les mesures nécessaires sans quoi ils pourraient constituer des milices d’auto-défense.

La France est en guerre depuis plusieurs décennies sur de nombreux théâtres d’opération : en Afghanistan, en Syrie et en Iraq, au Mali, en Lybie. Si nombre d’opérations visent des mouvements terroristes, celles-ci s’inscrivent toutefois dans le cadre plus global de la sécurisation de nos approvisionnements en gaz, en pétrole ou encore d’uranium.

Comme nous l’avons répété à plusieurs reprises, il est politiquement irresponsable de laisser croire aux français que ces attentats sont justifiés par nos valeurs et notre mode de vie. Sauf à ajouter que ce mode de vie dépend grandement des sources d’énergie que nos militaires sécurisent loin de chez eux et que nous nous procurons en soutenant des juntes ou des dictatures qui s’enrichissent de façon immorale dans le cadre de ces relations bilatérales.

La seule vérité est que ces attentats dureront tant que nous continuerons nos opérations militaires dans ces pays. Les victimes civiles passées, et celles à venir, sont le prix à payer pour éradiquer les groupuscules terroristes. Lutter contre le terrorisme, c’est accepter des pertes dans nos rangs, pas uniquement parmi nos soldats, mais également dans nos villes, nos stades, aux terrasses de nos cafés.

salafisme laïcité

Le rôle trouble de l’Arabie Saoudite pour contrer la montée en puissance de l’Iran

Tant que nous serons dépendants des hydrocarbures arabes, alors nous devrons vivre avec la honte de soutenir des régimes mortifères et corrompues. Le Qatar, l’Arabie Saoudite et toutes ces monarchies pétrolières sont assises sur des monceaux d’or (noir) qu’une minorité confisque (quelques familles tout au plus).

Ces familles royales financent les djihadistes de Daech tout comme elles financent nos économies en y injectant massivement des pétrodollars. A l’occasion, elles rachètent des parties de notre patrimoine : hôtels particuliers à Paris, plages sur la Côte d’Azur.

Personne n’a ouï dire qu’un maire ait interdit les princesses saoudiennes passant leurs vacances chez nous de porter un voile ou un burkini. En revanche chacun se félicite des ventes records d’armes que ces troubles, que nous entretenons, nous permettent de réaliser et qui ne profitent qu’à quelques personnes en France (Dassault par exemple, aristocrate républicain jugé pour corruption et tentative de meurtre, dont le meilleur VRP est notre Président).

En tout état de cause, il est inadmissible de faire porter à la communauté musulmane de France la responsabilité des crimes commis sur son sol par des individus qui, dans un dernier cri de haine, profèrent que “Dieu est grand” tout en semant la mort autour d’eux. Si les autorités françaises déclarent plus que de raison qu’elles sont en guerre, c’est de ce côté-là qu’il faut chercher les coupables.

 

Que dit la Loi ?

En cette période houleuse, la loi doit être notre phare. Si celle-ci ne suffit pas, elle peut être amendée ou enrichie au terme d’un processus législatif reflétant la volonté du peuple français dont la communauté musulmane fait partie. Les dispositions légales existantes doivent être connues de tous et, à cette fin, doivent être enseignées.

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.

Suite au “mini-scandale” qu’avaient suscité les collégiennes de Creil (dans la vidéo, à partir de 3′) en portant un foulard à l’intérieur même de leur établissement scolaire, une loi de 2004 relative aux signes religieux à l’école est venue enrichir le corpus législatif.

Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.

A la lecture de ces textes, nous constatons que rien n’interdit à personne de se baigner en “burkini“. Bien au contraire, la loi dispose que les femmes qui souhaiteraient le faire ne soient pas inquiétées pour cela (“liberté de manifester sa religion ou sa conviction”), que cette tenue soit portée sur une plage publique à Cannes ou, a fortiori, dans le cadre d’un événement privé dans une piscine de Marseille.

En conséquence de quoi l’arrêté du maire de Cannes et, plus encore, le jugement du tribunal administratif de Nice concernant son bien-fondé sont des inepties qui s’appuient sur une lecture détournée du principe de laïcité.

Pour des raisons d’ordre publique, certaines dispositions, très circonscrites, peuvent limiter l’usage de cette liberté. On citera, notamment, le port discutable du voile intégral (critiqué à juste titre par Elisabeth Badinter), celui-ci n’étant pas compatible avec les exigences de sécurité (identification par les forces de l’ordre sur la voie publique). Il n’existe aucune autre raison légale d’interdire le port du voile, même intégral.

 

La laïcité

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Henri Pena-Ruiz

La laïcité est, depuis trop longtemps, invoquée à tort et à travers pour éradiquer légalement tout particularisme, qu’il s’agisse de la façon de se vêtir ou des repas servis dans les écoles. Cet usage déraisonné du concept de laïcité par nos politiques et élus, loin d’être le signe d’une “bienveillante neutralité”, confine de plus en plus au racisme républicain.

2017, ce n’est pas si loin…

Comme le rappelle à juste raison Henri Pena-Ruiz dans cette remarquable conférence donnée à l’université de Strasbourg, la laïcité n’est pas contre la religion. Au contraire, la démarche laïque en France résulte du choix de les respecter toutes et de n’en favoriser aucune.

La laïcité, de par sa neutralité, doit garantir que chacun est respecté pour ce qu’il est, que nulle mesure ne constitue une brimade, que les individus pourront vivre en accord avec leurs principes sans être soumis à quelque exclusion que ce soit.

Supprimer les repas de substitution à l’école de la République n’est en aucun cas en accord avec l’esprit de la laïcité. La laïcité n’a pas pour vocation du supprimer ce qui dépasse mais de garantir une égalité de traitement entre tous les membres de la communauté nationale. Priver les enfants musulmans d’un repas en accord avec leur tradition n’aura pour seule conséquence que de fabriquer des exclus, des parias, qui un jour, à leur tour, rejetteront la République.

La véritable laïcité propose un menu adapté à toutes les confessions. Si les maires concernés veulent faire des économies sur les repas scolaires, d’autres solutions sont possibles que d’agiter des symboles qui stigmatisent une communauté toute entière.

Nous pouvons observer comment la politique d’apartheid poursuivie par l’état hébreu en Palestine occupée fabrique des combattants. Est-ce ce que nous voulons voir advenir en France ?

L’interdiction du “burkini” n’a rien de laïque. C’est une brimade supplémentaire que l’on inflige à la communauté musulmane en proposant à ses femmes une alternative qu’elles ne sont pas capables de trancher au regard de l’éducation qu’elles ont reçue : se baigner à moitié nues ou renoncer aux plaisirs estivaux. Il y a quelques années, on exigeait des françaises, sur ces mêmes plages, dans ces mêmes villes, qu’elles se rhabillent et fassent preuve d’un minimum de pudeur.

Les français non-musulmans doivent se méfier de la façon dont ils sont instrumentalisés par des entrepreneurs politiques qui, somme toute, se fichent éperdument du burkini. Les femmes musulmanes sont simplement des pions sacrifiables sur l’échiquier politique et des quantités négligeables pour qui veut accéder au pouvoir.

 

La Fondation pour l’Islam de France

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J.-P. Chevènement

Nous apprenions lundi 15 août 2016 que Jean-Pierre Chevènement vient d’accepter de prendre la tête de la Fondation pour l’Islam de France, une institution pensée sous Dominique de Villepin pour travailler sur les modalités d’une meilleure intégration de l’islam dans notre république.

Celle-ci pourra, en collaboration avec les autorités religieuses musulmanes de France, définir clairement les tenues vestimentaires acceptables ou pas, les menus à servir dans les cantines scolaires, le contenu de la formation des imams en France, les modalités de financement du culte musulman, etc.

Si, dans l’esprit, il est positif de prendre enfin le taureau par les cornes pour définir conjointement comment l’islam peut s’intégrer dans notre République dans le respect de la laïcité, il faut néanmoins garder à l’esprit que cette nouvelle institution qu’est la Fondation pour l’Islam de France reste un organisme de contrôle qui n’interviendra pas sur les aspects cultuels mais sur les structures (formation, recrutement, financement).

A ce titre, elle représente certainement, aux yeux de l’exécutif en place, un bon point à mettre à son bilan en prévision de la bataille qui s’annonce contre les forces déchaînées de la dynastie le Pen.


Cette initiative ne signifie pas que les efforts ne doivent provenir que des musulmans. Pendant qu’ils définiront les contours nets d’un Islam de France, les français pourront quant à eux réfléchir à ce que signifie être français. Pour les athées de plus en plus nombreux (1 français sur 2), l’attachement aux valeurs chrétiennes ne devrait pas être un problème insurmontable.

En tout état de cause, les coups de boutoir de l’organisation “État Islamique” auront, une fois encore, mis en évidence que notre politique d’intégration est un échec. La participation de la France aux différentes guerres que mène l’Occident en territoires musulmans ne peut à elle seule expliquer pourquoi autant d’attentats sont commis sur notre sol.

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Ecr. l’Inf, ou “écrasons l’infâme” selon Voltaire

La Fondation pour l’Islam de France est, peut-être, une ultime bouée de sauvetage que nous devons tous saisir, musulmans comme non-musulmans, pour construire la république multi-culturelle qui est la conséquence de nos aventures coloniales des siècles passées. Après tout, ni les algériens, ni les sénégalais n’avaient rien demandé, c’est nous qui sommes allés les chercher, notamment pour défendre nos frontières européennes puis pour reconstruire notre pays en ruine.

Tant que nous ne travaillerons pas intelligemment à la construction de cette société apaisée et véritablement laïque, nous nous exposons à assister au retour de l’infâme.

Ce que Voltaire nommait l’infâme, c’est plus le fanatisme religieux que la religion elle-même :

Craignons toujours les excès où conduit le fanatisme. Qu’on laisse ce monstre en liberté, qu’on cesse de couper ses griffes et de briser ses dents, que la raison si souvent persécutée se taise, on verra les mêmes horreurs qu’aux siècles passés ; le germe subsiste : si vous ne l’étouffez pas, il couvrira la terre.

L’Histoire, une fois encore, pourrait nous apprendre douloureusement que nous n’avons rien appris.


Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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