Rémunérer le travail comme le capital (4/4)

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Rémunérer le travail comme le capital (4/4)

travail capital

Au gré des mouvements sociaux qui ont émaillé ces 200 dernières années, les propriétaires d’entreprises se sont vus dans l’obligation d’avaler certaines couleuvres mettant directement en cause les profits qu’ils réalisaient en s’accaparant l’essentiel des bénéfices. L’avènement de la République en France, de même que la crainte du marxisme en Grande Bretagne et en Allemagne, ont eu pour effet, dans les premières années du 19ème siècle, de précipiter la création de l’État moderne, régulateur et social, dont la principale mission était de garantir l’ordre social (dans ordre social, il y a “ordre”…).

C’est à cette époque que sont conçus les systèmes assurantiels, certes embryonnaires, que nous connaissons : assurance maladie, assurance chômage, retraite. Ceux-ci sont une certaine manière de redistribution des richesses, donc intrinsèquement la reconnaissance que la richesse créée (le PIB) est le résultat du travail de tous d’une part, et d’autre part qu’il est socialement utile que cette richesse circule dans l’économie plutôt que d’être stockée dans une logique purement cumulative.

Cette part de la richesse resdistribuée est, pour les “possédants”, la part du feu, c’est à dire ce qu’il faut savoir perdre pour sauver l’essentiel. Toutefois, la rémunération du capital reste la base sur laquelle sont établis les rapports sociaux, constituant de facto une certaine forme d’apartheid social. L’entreprise est donc nécessairement le lieu de toutes les luttes qui, d’une façon ou d’une autre, opposent détenteurs du capital et salariés.

Le néolibéralisme à l’œuvre depuis les années 1980 constitue une espèce de contre-réforme qui s’est fixé pour objectif de remettre en cause un certains nombre de ces avancées sociales. Pour y parvenir, il a réalisé un coup de maître consistant à internationaliser les flux de capitaux pour échapper aux législations nationales. Un beau pied-de-nez, en somme, à l’internationale communiste qui s’était juré d’avoir sa peau et qui a, logiquement, échoué là où elle avait pris pied, c’est à dire en Europe orientale (dont la Russie fait partie).

Depuis la chute du communisme, être de gauche est devenu synonyme de passéisme, car le néolibéralisme n’a pas remporté la partie que sur les plans économique et géo-stratégique : il s’est également imposé sur les plans idéologique et sémantique. Parler de redistribution des richesses ou de lutte des classes à notre époque, c’est être un dinosaure et prendre le risque d’être disqualifié d’office dès lors que l’on cherche à convaincre. Bref, un renversement complet de la situation qui fait du progrès social une antiquité et des thèses libérales, qui veulent nous faire revenir à l’âge de pierre social, un parangon de modernisme.

Dans cet article, dernière étape de notre série consacrée à l’entreprise et au travail, nous vous présenterons notre vision de ce que doit être leur évolution souhaitable. Nous invitons celles et ceux que ce sujet intéresse à participer à l’élaboration d’une pensée collective qui pourrait servir de socle programmatique à l’horizon 2017. Pour cela rien de plus simple, il vous suffit de commenter les articles qui vous sont proposés et d’exposer vos arguments – pour ou contre – sans crainte. Nous tenons d’ores et déjà à remercier celles et ceux qui ont pris le temps de nous lire et de réagir sur les réseaux sociaux.


L’envie de vivre

L’assurance, de plus en plus répandue et partagée, d’être moins bien lotis que la génération qui nous a précédés, a une conséquence positive : celle de nous donner l’envie de vivre et de profiter de la vie hic et nunc, ici et maintenant. Tout comme ils ont cessé de croire en une vie meilleure après la mort, nombre de français ont également cessé de croire en une vie meilleure après le travail. Tel un mirage, l’âge de la retraite s’éloigne au fur et à mesure que nous avançons dans la vie, et le montant de cette retraite ne laisse plus présager une fin de vie tranquille et confortable. Ce qui se dessine, au contraire, c’est une retraite tardive et insuffisante qui pourrait nécessiter d’occuper des petits boulots pour la compléter. De plus, ne nous leurrons pas : les gouvernements successifs, en reculant l’age de la retraite, escomptent bien nous refaire le “coup” de la retraite à 60 ans, accordée aux français à une époque où l’espérance de vie était moindre…

Pour compléter ce tableau plutôt sombre, nous ajouterons que le paradis perdu de nos retraites futures se double de l’enfer des retraites actuelles. Nombre de sacrifices doivent être faits par les actifs pour financer, comme il se doit, la retraite de leurs ainés, mais, comme ceci ne suffira pas, nombre de fonds de pensions jouent sur les marchés financiers les retraites de leurs ayant-droit afin de les compléter grâce à la capitalisation. Ceci nous expose à 2 inconvénients majeurs.

Le premier, c’est de tout perdre à l’occasion d’une crise financière, laissant sur le carreau des millions d’individus privés de revenus à un âge de la vie qui aurait dû être celui du repos. Quand on connait les risques, est-ce normal de jouer à la loterie avec les pensions ? Les états concernés auront-ils le cas échéant de quoi prendre en charge cette perte de revenus ou faudra-t-il endetter les générations futures plus encore ?

Le second, qui est vécu au quotidien mine de rien, c’est que ces fonds de pensions investissent dans le capital de nombre d’entreprises, attendant de ces investissements des profits qui contribuent à mettre la pression sur les actifs qui les produisent. Ce faisant, ils participent à ce que nous dénoncions dans notre précédent article, à savoir un “braquage” en bonne et due forme de la richesse produite dans le but de constituer une rente.

La problématique des retraites, qui n’est pas l’objet de ce billet, montre simplement que notre système, tout entier adossé au travail, ne peut que dysfonctionner quand ce dernier disparait, contribuant au sein d’un même territoire à opposer les générations entre elles. Cette opposition inter-générationnelle (de nombreuses autres oppositions parcourent la société française : avec ou sans travail, d’origine étrangère ou pas, homo ou hétéro, etc.) s’exprime sur d’autres sujets, notamment quand il s’agit, par exemple, de mettre en place un Revenu de Base, c’est à dire un revenu qui, à l’instar des retraites, n’est pas la contrepartie directe d’un travail. Dit autrement, le Revenu de Base peut être envisagé par les plus anciens comme une mesure directement concurrente à la retraite puisqu’il s’agit de financer une absence d’activité.

Il est donc nécessaire, ne serait-ce que d’un point de vue méthodologique, de casser le lien qui unit le fait de percevoir un revenu et le travail si nous souhaitons, à plus ou moins brève échéance, innover dans le domaine de l’ingénierie sociale.

D’une part parce que le travail peut prendre de nombreuses formes qui ne génèrent pas forcément un revenu. L’engagement associatif a une réelle utilité sociale dont la société ne saurait assumer le coût, et repose donc par conséquent sur du bénévolat. La gratuité du service rendu ne signifie pas pour autant que celui-ci n’a pas de valeur, simplement qu’il n’est pas rémunéré.

D’autre part parce que le travail est une ressource qui se raréfie pour diverses raisons que nous avons déjà eu l’occasion d’exposer : délocalisations, accroissement de la productivité, robotisation (intégrant l’informatique). Sans travail, et donc sans les revenus générés par le travail et la consommation que celui-ci permet (impôts, taxes), le système va s’effondrer.

Parler d’urgence n’est pas une figure de style. Nous sommes en effet convaincus que la radicalisation d’une certaine population, et son engagement dans des aventures terroristes, sont des conséquences directes de cette misère qui n’en finit pas de s’installer sur le continent, misère fortement reléguée dans les banlieues que notre premier ministre qualifie de “ghettos de la République”.

Pour toutes ces raisons que nous venons d’évoquer (la volonté de vivre tant qu’il est temps, la disparition du travail, notre système sur le point de s’effondrer, la violence qui s’installe), le partage du temps de travail et la mise en place d’un Revenu de Base semblent s’imposer. Mais ces mesures auront un coût non négligeable, difficilement compatible avec la recherche actuelle de compétitivité, et ne remettront pas fondamentalement en cause le système de répartition lui-même.

L’exemple de la Suisse, où la mise en place d’un Revenu de Base Inconditionnel vient d’échouer, doit nous guider. Le débat doit avoir lieu mais il doit produire des chiffres concrets seuls à même d’expliciter comment une telle révolution dans nos vies est compatible  avec les données de la compétition internationale. L’état suisse, pour convaincre de voter contre, n’a eu qu’à produire un seul chiffre : 200 Mds de francs suisses.

Le danger, dans ce contexte, est que les plus libéraux s’emparent de la question du Revenu de Base pour décliner leur politique de dérégulation qui consiste à supprimer l’intervention de l’état partout où cela est possible (diminution du poids de la fonction publique par suppression d’asministrations en doublons) sans pour autant changer quoi que ce soit dans la façon dont la société est actuellement organisée.

 

L’entreprise autrement

Toute entreprise a besoin de ressources pour se développer. En cas de besoin de financement, une entreprise peut soit s’adresser à une banque, soit émettre des titres.

Dans ce dernier cas, les investissements en espèces sonnantes et trébuchantes ont, comme contrepartie, un transfert partiel de la propriété de la société. Les détenteurs de titres attendent, pour chaque action qu’ils possèdent, le paiement d’un dividende qui représente une quote-part des profits réalisés par l’entreprise. Ils détiennent également un pouvoir décisionnaire à la hauteur de leur participation dans le capital de l’entreprise. C’est le principe même du capitalisme : la rente.

L’argent n’est pas la seule ressource utile pour l’entreprise. Il en existe de nombreuses, de natures différentes, qui toutes lui sont nécessaires : les matières premières, les infrastructures, les compétences métiers. Mais aucune ne fait l’objet, à l’instar de l’apport en capital, d’un transfert de propriété. Elles sont au contraire considérées comme des coûts qui entrent dans la composition du prix de revient. Comptabiliser l’apport d’un salarié uniquement comme un coût, c’est ne considérer que le temps qu’il passe, pas la valeur qu’il crée. Or, comme nous l’avons rappelé quand nous évoquions l’esclavagisme, le travail génère de la valeur, et la rémunération du capital est indexée dessus.

Au lieu de cela, les salariés sont placés dans une situation de subordination à tous les niveaux. Quand ils signent leur contrat de travail tout d’abord, puisqu’ils acceptent de travailler sous les ordres de celui qui les recrute, non pas dans le cadre d’une relation d’égal à égal. Ils sont d’autre part totalement absents – ou presque – du conseil d’administration, quand celui-ci existe, ou des décisions stratégiques qui sont prises.

Socialement parlant, politiquement parlant même, la façon dont sont considérés les salariés dans l’entreprise est en totale contradiction avec les valeurs de notre République et les plus élémentaires valeurs de la démocratie. En réalité, l’entreprise fonctionne de façon totalement moyenageuse et pratique encore le suffrage censitaire, ne donnant la parole qu’à ceux qui paient. D’ailleurs, dans un conseil d’administration, ce ne sont pas des individus qui votent mais des actions : celui qui possède 10% des actions a 10 fois plus raison que celui qui n’en possède que 1%.

Nos propositions ne consistent pas à remettre au goût du jour une socialisation des moyens de production à la mode léniniste en laquelle nous ne croyons pas. Nous croyons au contraire que la société a besoin d’initiatives privées parce qu’elles sont porteuses d’innovations et créatrices de valeurs. Ces initiatives privées, ces entreprises (au sens large, quel que soit le modèle juridique), doivent en revanche devenir socialement responsables et renoncer à certains aspects de la propriété privée qui introduisent une asymétrie insupportable dans les rapports sociaux en contradiction avec nos valeurs démocratiques. Les individus doivent pouvoir s’enrichir sans que cela aboutissent nécessairement à l’établissement d’une caste aux pouvoirs disproportionnés. Cette possibilité doit être vraie pour tous, et pas seulement pour ceux qui, disposant déjà d’un capital, dispose du moyen suffisant et nécessaire pour accumuler plus encore. L’actionnariat du petit porteur qui existe actuellement n’est qu’une alternative en matière d’épargne. L’actionnariat doit être une contrepartie du travail.

Socialement responsable, qu’est-ce que c’est ?

L’entreprise n’a pas pour objectif d’enrichir ses actionnaires mais de créer de la valeur. Une valeur qui profite à tous et qui est générée dans le respect de tous.

Si l’entreprise enrichit ses actionnaires en polluant les cours d’eau ou l’air (par exemple) ou en mettant en péril la santé de ses consommateurs et riverains, alors la richesse créée se fait en détruisant de la valeur (dans notre exemple, l’eau est un “commun“, une ressource partagée qui n’appartient à personne parce qu’elle est utile à tous). En laissant la communauté prendre en charge les conséquences de son activité, elle se conduit comme un passager clandestin. Les plans sociaux qui laissent sur le carreau des millions de personnes sont assimilables à ce comportement de passager clandestin puisque, grâce aux minima sociaux, les précaires continuent de consommer des produits fabriqués ailleurs par d’autres plus pauvres qu’eux.

Etre socialement responsable, c’est, entre autre, mettre en place une gestion qui intègre les différents aspects de la vie de l’entreprise et de ses interactions avec son environnement. En plus de la comptabilité financière, il devrait exister une comptabilité sociale et une comptabilité environnementale qui permettrait de juger au mieux de la façon dont l’entreprise crée de la richesse.

La SCOP, une piste féconde

Ce que nous pensons souhaitable également, c’est que les salariés et les sociétés qui les emploient initient une nouvelle ère caractérisée par une relation de type gagnant-gagnant. Le modèle des SCOP va tout à fait dans ce sens et devrait devenir le standard en matière de création de société.

  • il reste ouvert aux investisseurs, mais ceux-ci ont un pouvoir de décision limité à une voix et ne dépendant donc pas du montant de leur investissement
  • les salariés sont de plein droit associés à la gouvernance de l’entreprise dont ils possèdes des parts sociales leur donnant, comme pour les investisseurs, une voix. Ils détiennent collectivement 51% du capital au minimum et 65% des droits de vote.
  • les parts sociales ne sont valorisées qu’à leur valeur initiale et ne sont pas cessibles
  • quand un investisseur retire ses billes, son capital lui est remboursé sans plus-value
  • quand un salarié quitte l’entreprise, il rend ses parts sociales
  • la redistribution des profits est légalement encadrée : 1 tiers pour l’auto-financement, 1 tiers pour les investisseurs, 1 tiers pour les salariés
  • le dirigeant de l’entreprise est élu chaque année par les salariés

En donnant aux salariés le pouvoir décisionnaire et du pouvoir d’achat supplémentaire (1 tiers des profits réalisés), on se donne les moyens de casser le ressort du capitalisme néolibéral qui est centrifuge pour 99% des individus et centripète pour les 1% restant. Plutôt que de la voir partir vers des paradis fiscaux où elle ne sert que les intérêts des financiers, on réintroduit une partie de la richesse créée dans l’économie sous forme de pouvoir d’achat dont ont cruellement besoin les entreprises. Parce que les salariés SONT les consommateurs !

Actuellement, le bloquage vient d’en-haut

La loi El Khomri prétend vouloir faire entrer la démocratie dans les entreprises au travers des référendums mais sans remettre en cause le système d’apartheid social qui permet aux dirigeants d’obtenir ce qu’ils veulent en faisant pression sur l’emploi. Cette démocratie salariale se ferait en cassant au passage la représentation syndicale déjà mal en point en France.

travail codeLa loi El Khomri organise le dumping social (travailler plus pour gagner moins) sans qu’aucun effort ne soit consenti par les grands patrons et actionnaires, les gains de compétitivité devant être réalisés sur le coût du travail mais jamais sur les profits distribués dont les dividendes.

Si le gouvernement avait véritablement pour ambition l’emploi et la croissance, il refuserait de répondre favorablement aux injonctions de Bruxelles qui, en organisant le dumping social intra-européen, casse sa croissance tout en apauvrissant les états.

En réalité, ce gouvernement, comme de nombreux gouvernements en Europe, n’est pas prêt à casser le cercle vicieux que nous dénoncions au début de ce billet :

La faute à pas-de-chance ? Non. La faute à la mondialisation et à la dérégulation qui, en organisant la lutte de tous contre tous, déplacent le travail d’un endroit à un autre de la planète afin de capter au passage les différentiels de profitabilité résultant de l’hétérogénéité des niveaux de protections sociales.

Citizen-Web

Au contraire il les renforce en se fixant pour unique objectif de faire revenir en Europe les capitaux partis et investis à l’étranger, c’est à dire en acceptant la logique du dumping social qui est une brique de base du libéralisme.

Pour rompre avec cette dynamique délétère, il importe de changer avant tout la logique qui préside à la répartition des richesses.

Notre proposition va dans le sens d’un capitalisme complètement refondé, ne rémunérant plus seulement l’apport en capital mais tout apport à l’entreprise quelle que soit sa nature. Le travail est le premier de ces apports, aussi mérite-t-il d’être rémunéré en parts sociales à la même hauteur que du capital financier et pas seulement sous forme de Plan d’Epargne d’Entreprise (PEE) qui ne donne droit à aucun pouvoir de décision ni aucun dividendes.

Il en résultera nécessairement une dilution de la propriété de l’entreprise, mettant ainsi sur un pied d’égalité le fondateur et ses salariés. Ayant enfin voix au chapître, ceux-ci pourront s’exprimer sur les choix stratégiques de l’entreprise de façon égale, voilà comment la démocratie fera son entrée dans le monde du travail. Il n’y a pas ici d’idéalisme, de rêve éveillé : de nombreuses études (ou encore ici) confirment que les entreprises qui intègrent leurs salariés dans les processus de décision se portent mieux que celles qui, à l’inverse, concentrent les pouvoirs entre les mains des actionnaires et des cadres dirigeants.


Tenants et aboutissants d’un débat nécessaire

L’époque est à la réappropriation du pouvoir par les citoyens. Celle-ci ne doit pas tomber entre les mains de partis extrêmes dont le développement inquiétant partout en Europe est symptomatique d’une volonté de reprise en main du véritable pouvoir de décision.

Néanmoins l’angélisme n’est plus de mise et il est temps d’agir, car chaque jour qui passe nous rapproche de catastrophes inévitables. Nous savons que d’autres crises financières auront lieu qui impacteront les états faute de séparation bancaire effective. Nous savons que le néolibéralisme avance ses pions au travers de dispositifs tels que le TAFTA qui grignoteront la souveraineté des états au nom des intérêts de quelques-uns et créeront, sur chaque territoire, un système judiciaire propre aux entreprises. Nous savons que les jours de nos états providences sont comptés si nous n’agissons pas contre la disparition programmée du travail dans nos pays. Nous savons que les recettes que nous essayons depuis plusieurs décennies ne fonctionnent pas.

Sans présumer à cette heure de ce qu’ils seront ni de votre choix personnel, nos votes devront, dès 2017, refléter cette volonté de changement radical et de rupture d’avec cet ordre néolibéral qui ronge nos sociétés comme une peste et qui finira, soyons-en certains, par réinstaller sur le trône la même peste brune issue des crises financières précédentes et de la suprématie des grands groupes privés.

Le temps est venu d’essayer autre chose. Ce que nous proposons ici n’est pas un programme politique en tant que tel (un embryon peut-être), mais un changement de logiciel qui remet en cause la propriété des moyens de production et le partage de la richesse qui en découle. Ce n’est pas du socialisme ou du communisme, ni une simple adaptation du capitalisme. Nous devons plutôt éviter le piège qui consiste à étiqueter toute réflexion présente avec des idées du passé.

Le capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme. Le communisme c’est le contraire.

Coluche

grève germinalTout comme nous engraissons des animaux pour mieux les manger, nous venons au monde dans un système qui nous forme pour mieux nous consommer. Nos vies ne nous appartiennent plus qu’à la marge : nos engagements, nos familles, notre bien-être sont des bonus auxquels nous avons droit après les heures de travail. Si au moins nous profitions des fruits de ce travail, ce serait déjà quelque chose, mais non : la richesse que nous créons est accaparée par une minorité qui ne veut rien partager et exige toujours plus. Ne sommes-nous que des salariés trop coûteux doublés de travailleurs pauvres ne consommant pas assez ?

La façon dont la Commission européenne a balayé le référendum grec en dit long sur l’incompatibilité de fait qui existe entre nos valeurs démocratiques et la réalité dans laquelle nous baignons. De même avec le NON français au référendum sur l’Europe. De même avec l’utilisation de plus en plus naturelle de l’article 49-3 de notre Constitution qui empêche toute discussion entre nos représentants et l’exécutif. Et la liste est longue de ces dénis qui s’accumulent quand nous demandons à être tout simplement entendus.

L’une des ambitions de cette série sur le travail et l’entreprise était de démontrer que les entreprises et les individus ont mutuellement besoin les uns des autres et que cette relation ne peut pas reposer plus longtemps sur un déséquilibre patent en matière de pouvoir de décision et de partage de la valeur créée. L’entreprise ne peut pas être qu’une consommatrice de chair humaine telle que Zola, à juste titre, la dépeignait dans Germinal.

Le modèle de la SCOP présenté ici n’est pas une panacée. Il propose une répartition du pouvoir de décision et de la valeur créée différente d’une société classique. Toutefois il ne vaudra que dans la mesure où le travail existe en quantité suffisante pour assurer un revenu suffisant pour vivre. C’est pourquoi la réflexion sur le partage du temps de travail et le revenu de base, dispositifs coûteux, reste néanmoins nécessaire, parce qu’ils préparent un avenir sans travail donc sans source de revenus pour l’essentiel de la population.

Il n’y a pas de concurrence entre ces idées mais, au contraire, une complémentarité et un point commun : une vision différente de la place de l’individu dans la société que nous devons penser rapidement mais pas dans l’urgence. Ni le gouvernement ni l’Europe ne sont actuellement dans ces dispositions intellectuelles. Au prétexte de lutter contre le chômage, ils continuent d’intensifier la logique qui le génère, pensant que la croissance est l’alpha et l’omega de toute politique. Or la question qui doit être posée et à laquelle il nous faut répondre se résume à cela :

Dans l’hypothèse où le travail disparaîtrait complètement, remplacé par des machines, comment les individus pourraient-ils subvenir à leurs besoins les plus élémentaires ? Devrons-nous continuer, dans un tel scénario, à nous contenter des miettes dont on voudra nous contenter afin que le système continue de tourner sans accroc ?


Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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