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Le TAFTA boudine

Non au TAFTA

Non au TAFTA en l'état

Savez-vous qu’il se passe des choses qui nous vont bientôt nous concerner en Amérique du Sud ? Ce n’est pas mon petit doigt qui me l’a dit, mais Le Diplo, l’une de mes lectures favorites.

Je précise tout de suite que nous n’allons pas parler foot, donc exit le Mundial 2014 du Brésil. Je ne lis pas l’Equipe.

L’action se passe un peu plus au Nord, en Equateur mais également au Pérou. Les 2 sujets n’ont aucun rapport l’un avec l’autre a priori, mais votre serviteur est à l’aise quand il s’agit de jeter des ponts entre des sujets qui n’ont rien à voir. Jugez plutôt.

L’or jaune péruvien.

Pour tout l’or du Pérou

Le Monde Diplomatique, Mars 2014

Vous n’êtes pas sans savoir que le Pérou est devenu une terre convoitée depuis que les Conquistador ont découvert que les américains pré-colombiens du coin étaient assis sur des monceaux d’or et qu’ils n’en avaient plus ou moins rien à faire. On a fait traverser l’Atlantique à des armada de galions chargés de soldats et de breloques inutiles que les autochtones étaient heureux d’acquérir en échange du précieux métal. Puis on a découvert d’autres richesses comme l’argent, le cuivre, le plomb, l’étain, et bien d’autres. C’était il y a 500 ans.

Depuis l’engouement ne s’est jamais démenti. Les occidentaux continuent d’exploiter les richesses du sous-sol péruvien, et ce mouvement s’est accéléré depuis que le cours des métaux précieux s’est envolé, ces derniers devenant les valeurs-refuges des investisseurs : +400% pour l’or, +550% pour l’argent, +350% pour le plomb. Bref, on pourrait comparer le Pérou à un nigaud, laid mais plein aux as, dont la richesse atteint des sommets du fait des fluctuations positives, et qui, tout à trac, se retrouve courtisé par des prétendants magnifiques, pensant à cette occasion que la chance, cette salope, lui sourit enfin. L’une des dernières coqueluches du Pérou se nomme Yanacocha, consortium composé :

  1. de l’américain Newmount à 51,35%
  2. du péruvien Buenaventua à 43,65%
  3. de la société financière internationale (filiale de la Banque Mondiale) à 5%

L’extraction des métaux précieux est une activité extrêmement polluante (exemple : les rejets de cyanures et autres métaux lourds, sauvages, comme il se doit) et qui nécessite une consommation incroyable d’eau (900 litres par seconde pour le projet Minas Conga de Yanacocha). Cette utilisation massive de la ressource hydrique aboutira à la disparition complète de 4 lacs au cœur d’un bassin hydrique où prennent leur source des rivières qui alimentent en eau des centaines de milliers d’habitants dans des villes en aval, villes soumises, quant à elles, au rationnement de ladite eau.

Les populations indigènes n’ont, bien sûr, pas leur mot à dire. Observant sans pouvoir rien faire la destruction systématique de leur cadre de vie millénaire, la pollution et la disparition de leurs ressources naturelles, elles se sont toutes ralliées à des candidats aux présidentielles successifs qui clamaient “Oui à l’eau, non à l’or” avant les élections puis, une fois élus, adoptaient des positions plus consensuelles : “On a besoin de l’eau ET de l’or“. Le dernier président en date, Ollanta Humala, proclamait :

L’industrie minière responsable doit devenir un levier de notre développement grâce à l’investissement privé“.

On croit rêver.

Depuis quelques années, la pression des entreprises minières s’est accrue sur le Pérou. Celles-ci veulent payer un impôt basé non pas sur le cours du métal mais sur le résultat opérationnel. La variations des cours ne profitera donc pas aux péruviens. De même les procédures administratives deviennent trop longues à leur goût et doivent être simplifiées et raccourcies. Les garanties liées à la conservation du patrimoine archéologique ont disparu des accords et les études d’impact environnemental ont vu leur délai passer à moins de 3 mois. La consultation des populations indigènes a également été évacuée. Ces dernières ont vu des exploitations s’installer sur près de 70% de leurs territoires.

Des manifestations ont récemment eu lieu, matées par les forces anti-émeutes (5 morts, 30 blessés). Ces forces de police ont été formées par la gendarmerie française. Moi qui pensait que MAM, les plus belles jambes de notre République, avait cessé de sévir…

L’or noir équatorien.

Le tableau équatorien est à peu près similaire au précédent. Chevron, pétrolier américain repreneur de Texaco, a exploité, plusieurs décennies durant, l’or noir de ce petit pays d’Amérique du Sud. Le respect de l’environnement n’étant ni une priorité ni même une préoccupation, plus de 800 sites ont été intensément pollués. Point de bassins de rétention pour les déchets pétroliers, des trous creusés à même la terre qui ont évidemment eu pour conséquence la pollution des nappes phréatiques. Texaco avait décrété que les terres, argileuses, feraient barrage naturellement aux résidus pétroliers.

La population a donc décidé de récupérer les eaux de pluie pour étancher sa soif, mais c’était sans compter sur les gaz d’hydrocarbure brûlés en sortie de cheminée sans la présence de filtres et dont les suies se sont mélangées aux eaux de pluie justement.

Pour convaincre les populations locales des bienfaits de l’exploitation pétrolières, Texaco/Chevron a eu recours à la menace soldatesque, dissuasive, mais également aux services… d’évangélistes !

Des avions survolaient les populations en rase-motte, larguant, pour les amadouer, des babioles, des rubans de couleur, ainsi que les photos d’évangélistes qui, peu après, débarquaient dans les villages implantés au plus près des installations industrielles, “pour convaincre les indiens des bienfaits de la compagnie pétrolière et de la civilisation“. Comme au Pérou il y a 500 ans… sauf qu’à l’époque les vaisseaux traversaient les océans, pas les cieux.

Les décès par cancers des populations implantées à moins de 250 mètres des installations de Texaco/Chevron sont 3 fois supérieurs à la moyenne nationale. Mais l’on a expliqué aux personnes concernées que cela était dû à un manque d’hygiène de leur part et que l’eau souillée au pétrole, bien au contraire, les rendait plus fortes, puisque “après tout, cela permet de faire avancer les camions !“.

Texaco a quitté l’Equateur en 1992 et des plaintes ont, depuis, été déposées par des groupes locaux appuyés par des ONG. Texaco a été condamnée à une action de réparation : nettoyer 162 bassins (sur les plus de 800) dont elle s’est acquittée en recouvrant les trous de terre. En 1998, elle signe avec l’état équatorien un acte de “Finiquito” qui la met à l’abri de toute action judiciaire ultérieure alors que 30.000 personnes sinistrées n’ont fait l’objet d’aucune indemnisation. Il est à noter que Chevron a dépensé des milliards de dollars en frais d’avocats afin d’être assurée de n’avoir rien à verser aux victimes…

Mais en 2006, le président Rafael Correa est élu et les affaires judiciaires reprennent. Cette fois-ci Chevron est condamnée à payer 9,5 milliards de dollars (décision définitive en 2011). L’affaire pourrait s’arrêter là. Mais c’est sans compter sur le cynisme de l’industriel américain qui engage des actions en parallèle. Celui-ci traîne l’état équatorien devant les tribunaux internationaux afin d’exiger qu’il prenne en charge les réparations et engage 8 agences de lobbying afin d’influencer le Congrès américain contre les intérêts de l’Equateur. En 2010, la Cour fédérale de New York place le Front (le mouvement de défense équatorien) sous le coup de la loi relative au racket et à la corruption. Un tribunal de Washington travail de son côté sur la violation, par Quito, du “traité bilatéral de protection des investissements”.

Toutes ces actions ont permis à Chevron de suspendre l’indemnisation des victimes.

Pourquoi cela nous concerne ? A cause du TAFTA.

Traité Transatlantique

Traité Transatlantique

En toute discrétion, l’Europe est en cours de négociation avec les Etats-Unis du traité dit “Transatlantique”, ou TAFTA (Trans Atlantic Free Trade Area). Le plus grand marché mondial (les 800 millions d’individus les plus riches de la planète). Il est patent de constater que cette négociation échappe totalement au contrôle citoyen en Europe, c’est à dire que le Parlement européen n’est pas vraiment concerné, et encore moins les parlements nationaux.

Comme les élections européennes arrivent à grands pas et que l’Europe est actuellement parcourue de courants souverainistes anti-européens, il vaut mieux éviter que cela s’ébruite de trop dans les prochaines semaines afin que ce sujet ne prenne surtout pas pied dans la campagne électorale.

Nous voyons, en étudiant les cas péruviens et équatoriens, comment se comportent les firmes américaines avec les populations dès lors qu’il s’agit d’exploiter les ressources naturelles dont celles-ci disposent : en prédateurs féroces sans considération aucune pour les dégâts irréparables qu’elles commettent à l’endroit des hommes (la mort n’est pas réparable) ou de la nature (nappes phréatiques polluées, lacs effacés de la carte, villes rationnées en eau, disparitions des ressources halieutiques, etc.).

Nous voyons également comment, alors que des procédures sur 10 ou 20 ans ont abouti à leur condamnation, elles font en sorte de corrompre les pouvoirs politiques afin de se soustraire aux sanctions auxquelles elles ont été condamnées d’une part, mais également comment elles œuvrent à la nuisance de leurs victimes en retournant contre elles la charge de la faute : racket ! corruption ! C’est un peu l’histoire de la femme violée qui va se plaindre et que l’on condamne parce qu’elle aguiche ; ou de la prostituée qui peut se plaindre de tout sauf de viol.

Il y a quelques années, la France a décidé, suite à une forte mobilisation populaire, l’interdiction de l’exploitation des gaz de schiste. La société américaine Shuepbach, qui avait obtenu un permis d’exploration, a porté plainte contre la France en 2013 et réclame à présent 1 milliard d’euros de dédommagement qu’elle calcule en prenant en compte les 50 ans d’exploitation qu’elle aurait pu pratiquer si ses recherches avaient été fructueuses (article sur 20 Minutes.fr).

Si le TAFTA entrait en vigueur, toute société américaine pourrait ester en justice contre n’importe quel état européen, et ce auprès d’une cour américaine, si elle considérait qu’elle était empêchée d’une façon ou d’une autre de parvenir à ses fins. Autant dire qu’il y aurait des Shuepbach à la pelle ! Il est intéressant de constater que, dans le cadre de l’ALENA (USA, Canada, Mexique), aucune société américaine n’a jamais perdu aucune de ses actions en justice quand elle a attaqué le Mexique ou le Canada dès lors qu’elle considérait que ses intérêts avaient été lésés.

Un exemple ? La ville de Detroit est reliée au Canada par un pont qui permet le transit chaque jour de centaines de milliers de véhicules. Ce pont, dont la concession est attribuée à une société américaine qui prélève un droit de péage, est continuellement bouché, ce qui pourrit la vie de centaines de milliers de personnes en temps perdu, en pollution, en fatigue. Le Canada a décidé de construire, pas très loin, un second pont afin de désengorger le pont saturé et faciliter la vie de ses concitoyens. La concessionnaire américain a porté plainte auprès d’une cour américaine contre le Canada pour atteinte à ses intérêts économiques. Il a gagné (article du Canard Enchaîné du 19 mars 2014).

Wake up.

Lovegiver.

Quelques liens :

Mediapart :

Les bonnes raisons de stopper TAFTA

Le Monde Diplomatique :

Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens

France Culture :

“L’accord transatlantique global” d’Obama

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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