Keynes invité à Bercy par Montebourg

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Keynes invité à Bercy par Montebourg

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Avec Montebourg, Keynes entre à Bercy
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John Maynard Keynes a fondé un courant de pensé économique dans la première moitié du XXe siècle.

Fred Courcier‘s insight:

Ecran de fumée ? Régime de faveur pour Montebourg ?

Ce gouvernement fonctionne bizarrement…

Initialement composé en y incluant des adversaires (battus) de Hollande lors des primaires socialistes pour la présidentielle de 2012, ce gouvernement était à l’image du vainqueur : un hommage au consensus. On a là le suc de la politique politicienne : comment contrôler ses adversaires autrement qu’en les plaçant dans son board ? Ensuite, c’est marche où crève. Eh bien non. Quand Montebourg annonçait une nationalisation, Ayrault le démentait dans l’heure.

Quand Valls a pris les rênes, il a lourdement insisté pour contrôler la communication de ses ministres, et ce afin d’éviter des couacs comme cela est arrivé maintes fois sous l’ère Ayrault. Il a voulu être l’homme de l’action, marquer de son empreinte jusqu’aux cuisines de Matignon, et là pan, Montebourg constitue une cellule d’économistes prestigieux dont les gènes sont autrement programmés puis qu’ils sont… keynésiens.

Dans son article, Alexis Toulon (Europe 1) se plait à rappeler en quoi consiste une politique keynésienne et ses fondements théoriques :

L’Etat peut donc jouer un rôle pour soutenir l’économie, en jouant sur les déficits ou en imposant des règles aux marchés et aux entreprises. Le champ d’étude privilégié des keynésiens est le marché du travail et son déséquilibre, autrement dit le chômage.

 

Vu la politique de Valls, qui est en charge de la mise en oeuvre du Pacte pour la Croissance, la Compétitivité et l’Emploi (PCCE), plus connu sous le nom de Pacte de Responsabilité,  il pourrait paraître incongru de poser la question de la mission confiée à ces économistes. En effet, le PCCE fait le pari d’un retour à la croissance en jouant sur la compétitivité des entreprises, en l’occurrence sur le coût du travail. En contrepartie de quoi, le “plus” de salaire obtenu en bas de fiche de paie sans accroître le brut (en haut de la fiche de paie) sera financé par une diminution de la prise en charge de certaines prestations sociales. Mais pour que les entreprises soient plus compétitives, encore faut-il qu’elles répercutent cette baisse des charges sur leurs prix de vente, sans quoi la différence sera juste empochée par elles sans aucune contrepartie. Que les entreprises refusent de s’engager sur des embauches, cela est compréhensible, mais il faudra vérifier dans quelle mesure les prix auront été revus à la baisse.

Donc, nous ne savons toujours pas pourquoi Montebourg s’entoure d’économistes keynésiens sachant que l’emploi, dans une logique tout a fait droitière et hollandiste, sera le résultat de la croissance qui sera elle-même alimentée par une meilleure compétitivité.

Si l’on s’intéresse aux dernières déclarations de Jean-Paul Fitoussi, on trouve comme indices :

  1. Subvention des salaires pour le maintien dans l’emploi (comme en Allemagne, mais sans les petits-boulots).
  2. Investissement dans les technologies d’avenir, l’énergie et l’environnement.
  3. Fin du dogmatisme libéral en Europe qui pousse à refuser toute mesure ne permettant pas une concurrence pure et parfaite (par exemple, les droits de douane pour les produits fabriqués à très bas prix en se basant sur du dumping social).

Joseph Stiglitz travaille quant à lui sur les problèmes liés à la mondialisation des échanges et au capitalisme ultra-libéral. Ses prises de position concernant les cures d’austérité imposées à certains pays, comme la Grèce, et, d’une façon générale, à ce qu’est devenu le FMI, l’ont fait évincer de nombreux cercles prestigieux comme la Banque Mondiale. Il milite pour un aggiornamento des accords de Bretton Woods (Keynes superstar !), et notamment des institutions qui en sont nées, à savoir le FMI et la Banque Mondiale…

Peter Bofinger, quant à lui, milite pour une Europe plus intégrée (proposition d’un Pacte Européen de Consolidation dans le cadre duquel les états se garantissent mutuellement sur les marchés financiers), condition sine qua non pour une sortie de crise pour toute la Zone Euro. Les états se doivent d’investir alors que les règlements européens se bornent à faire respecter les obligations relatives à la réduction des déficits. Il estime contre-productives les cures d’austérité qu’impose l’Europe qui n’envisage l’avenir qu’au travers du prisme de la compétitivité. Si les déficits structurels de certains états ont effectivement diminué, ils ont continué de s’enfoncer dans la crise (cf. Conférence Europaforum Luxembourg – janvier 2013).

Ces ténors ont donc en commun le fait de crier haut et fort que l’ultra-libéralisme et les cures d’austérité de l’Europe sont un contresens historique, un exemple parfait d’erreur liée à l’application bête et méchante du dogmatisme le plus borné. De là à imaginer que l’équipe gouvernementale s’apprête à proposer une nouvelle voie pour l’Europe, il y a un pas de géant que nous ne saurions franchir.

On pourrait également imaginer un chantier autour du temps de travail et de la déréglementation du droit du travail qui aille dans le sens d’une déconstruction des 35h, appelée de ses voeux par Manuel Valls, tout en préservant l’emploi, voire en limitant certains freins à l’embauche grâce à la prise en charge d’une partie des salaires par l’état en cas de baisse d’activité. Au lieu de licencier, l’entreprise adapte la paie de ses salariés au prorata du temps travaillé, l’état subventionnant le maintien du salaire. Ceci ne pourrait cohabiter raisonnablement avec les 35h pris en charge par l’état à hauteur de 22 Mds d’euros par an. Jean-Paul Fitoussi, à l’origine d’une telle proposition de subvention des salaires, pourrait recevoir l’appui de l’allemand Bofinger puisque cette pratique a déjà cours en Allemagne.

On ne peut toutefois s’empêcher de penser que le démantèlement des 35h est une proposition politique de droite qui couperait opportunément l’herbe sous le pied de celle-ci dans le cadre des prochaines élections présidentielles en France.

A contrario, P. Larrouturou propose, lui, d’aller plus loin dans le partage du temps de travail, qui est l’un de ses chevaux de bataille dans le cadre de la campagne menée par son parti Nouvelle Donne. Par rapport au scénario envisagé ci-dessus de subvention des salaires, l’idée de Nouvelle Donne, qui n’est pas nouvelle puisqu’elle revient en fait à la proposition originelle de partage du temps de travail qui suggérait alors de passer directement à 32h (versus les 35h actuelles), présente comme avantage de prendre dores et déjà acte que le travail est une ressource qui se raréfie et que ce mouvement, irréversible, progressera encore dans les décennies à venir. La subvention du salaire par l’état, quant à elle, ne peut s’envisager dans le long terme selon Jean-Paul Fitoussi.

Sauf, bien sûr, à imaginer un Revenu de Base Inconditionnel. Mais un tel changement de modèle social n’est pas, je le crains, du ressort de ce conseil économique dont s’est entouré Arnaud Montebourg.

 

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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Arnaud Montebourg, ministre de l'économie, s'entoure de 3 conseillers économiques : Fitoussi, Stiglitz et Bofinger. Leur point commun ? Ils sont keynésiens.
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