Le bonheur au travail est-il une utopie ?

De l’eau dans le gaz entre @Sylvain_TANGUY et @ENGIEgroup
28/05/2015
La République aux mains #Saal
29/05/2015

Le bonheur au travail est-il une utopie ?

Passons-nous vraiment notre vie à la gagner et sommes-nous heureux au travail ?

Le bonheur au travail

Le thème du bonheur au travail est très souvent abordé ces derniers temps.

Le bonheur au travailRécemment, sur France Inter, dans l’Humeur Vagabonde, Kathleen Evin invitait le journaliste et producteur Martin Meissonnier à nous parler de son documentaire, disponible sur Artevod.com, “Le bonheur au travail“.

Si ce sujet fait tant parler, c’est parce que la situation que nous vivons tous collectivement devient problématique.

Les phénomènes de burn-out et bore-out, par exemple, s’amplifient. Dans un article de décembre 2014, Le Figaro rapporte que 3,2 millions de français (12% de la population active) seraient susceptibles de s’effondrer d’un moment à l’autre. Le coût annuel de cette pathologie est déjà estimé entre 2 et 3 milliards d’euros par an, soit 10 à 20% du budget de la branche “accident du travail” de l’assurance maladie.

L’une des explications avancées par les médecins (du travail) est l’impact des 35 heures, qui se sont traduites par une augmentation de la productivité plutôt que par des embauches, à quoi il faut ajouter la peur du chômage qui empêche les salariés de quitter une entreprise dans laquelle ils se sentent mal.

La question du bonheur au travail dépasse de loin le seul fait de se sentir bien dans ses baskets. Les salariés sont devenus une charge insupportable pour les entreprises dont les actionnaires ne veulent plus partager la valeur ajoutée. Le coût de leurs savoir-faire, quand ceux-ci sont encore utiles, est de plus en plus décorrélé de leur utilité.

Selon David Graeber, anthropologue enseignant à la London School of Economics, anarchiste, figure de proue du mouvement “Occupy Wall Street“, le système marche sur la tête puisque ce sont les métiers les plus utiles ou qui produisent le plus de valeur qui sont les moins bien payés, au profit des métiers mieux rémunérés du contrôle ou encore du conseil qui, eux, ne produisent aucune valeur.

David Graeber

David Graeber

Plus votre travail profite aux autres, moins vous êtes payés. Moins on est utile à la société, plus on gagne d’argent.

La reconnaissance est une lutte de chaque instant, au même titre que la bataille pour l’emploi dont nos dirigeants ont fait un leitmotiv sans que l’on comprenne vraiment quels buts celle-ci sert. On nous vend la croissance pour l’emploi, mais n’est-ce pas plutôt le contraire ?

On remarquera sur ce sujet connexe qu’est la croissance, “La Mystique de la croissance“, un excellent entretien avec Dominique Méda, à l’initiative du parti politique Nouvelle Donne, et qu’il est urgent d’écouter si l’on souhaite avoir un éclairage différent sur le travail, son rôle social et son devenir. De même, toujours avec Dominique Méda, une conférence de septembre 2013 sur “Le défi du travail et de l’emploi” dont nous reprendrons certains éléments dans ce billet.

Par conséquent, le bonheur au travail est un sujet épineux qui pose de nombreuses questions connexes comme : à quoi sert le travail ? que devient-il ?

De quoi parle-t-on ?

Les enfants sont, de tous temps et partout, élevés dans l’idée qu’ils travailleront, que le travail est “normal” autant que nécessaire. Le travail est la condition de la vie autonome et de la participation au fonctionnement de la société. Le travail, en nous rendant “utile” pour la communauté, nous permet d’accéder au nirvana de la réalisation de soi et de l’épanouissement. C’est J.J. Goldman qui chante “il changeait la vie”.

Le travail comme source d’épanouissement, ou réalisation de soi, est certes une réalité possible, mais la croyance généralisée dans le bonheur au travail semble être avant tout un malentendu né d’un amalgame. Ce malentendu fait également les affaires de ceux qui souhaitent ne rien changer et pour lesquels il est vital que la population reste occupée. Il est crucial de comprendre la nature de cet amalgame.

Travail = emploi ?

Toute participation, tout engagement, tout temps passé, toute énergie dépensée dans une activité, qu’elle soit artistique ou associative, gratuite ou pas, pour son usage propre ou dédiée à autrui constitue un travail.

Le travail ne se réduit donc pas à l’activité salariée, professionnelle, qu’on qualifie d’EMPLOI. L’emploi, activité salariée ou génératrice de revenu(s), est une sous-catégorie du travail ou, plus précisément, un statut. Bien sûr, d’aucuns se borneront au principe d’utilité pour mettre en avant l’emploi au dépens de toute autre forme de travail, mais ceci est une erreur. En effet, nombre d’activités non-salariées prises en charge par des bénévoles ont une réelle utilité sociale. C’est le cas entre autre des associations, ou encore des équipes “politiques” locales que l’on retrouve dans la plupart des communes de France.

Si, dans l’esprit de la plupart des gens, l’emploi occupe une place particulière, primordiale en fait, c’est parce que de lui dépend tout simplement la survie dans un monde marchand où rien ne semble possible sans argent. D’autre part, pour nombre de personnes, le travail salarié est souvent l’unique forme d’engagement social pratiquée.

Il est possible de n’avoir aucune autre activité qu’un emploi salarié pour survivre et de se passer de toute autre forme d’engagement, quoique ceci impliquerait de laisser de côté les nécessaires travaux ménagers. Toutefois, nombre de prestations sociales ne pourraient être acquittées, du moins pas au même prix, si le travail bénévole n’existait pas. Quel serait le budget nécessaire des communes si celles-ci devaient rémunérer tous leurs élus ? Comment fonctionneraient les Restos du Cœur (par exemple) si, en sus des dons de denrées, des bénévoles n’en assuraient pas la distribution ?

Nombre d’individus trouvent une source de satisfaction dans des travaux non-rémunérés. Pour ceux-là, le bonheur au travail est une réalité. Mais quid du bonheur dans l’emploi ? Procure-t-il le même plaisir que ces autres travaux que nous menons à côté, ces activités dites “extra-professionnelles” ? Rend-il heureux d’une façon ou d’une autre ?

L’impact du chômage sur le bonheur au travail

La question du bonheur au travail s’est certainement toujours posée, mais elle est d’autant plus d’actualité que, l’emploi venant à manquer, la question de la satisfaction des besoins primaires prime sur la satisfaction intellectuelle que le travail (professionnel) réalisé procure.

En d’autres termes, pour survivre nous sommes tous plus ou moins prêts à accepter n’importe quel emploi, que celui-ci nous rende heureux ou pas. Il y a bien une dissociation de fait entre le travail, notion générale, et l’emploi au sens strict, entre l’épanouissement, rendu possible dans le cadre d’un engagement choisi, et la survie. Quant à savoir si l’emploi occupé, épanouissant ou pas, est utile, c’est encore une autre affaire si l’on en croit David Graeber, anthropologue, qui dénonce la multiplication des “jobs à la con” dont l’utilité, y compris pour l’entreprise, reste à démontrer.

Cet urgence de l’emploi en tant que moyen de subsistance constitue une différence essentielle avec la génération précédente qui a connu, au moins jusque dans les années 70, une situation de quasi-plein emploi. A cette époque, on raconte qu’il suffisait de traverser la rue pour trouver un job plus satisfaisant (plus intéressant, mieux payé, etc.). Aujourd’hui, les gens préfèrent conserver un emploi qui les ennuie au plus haut point plutôt que de prendre le risque de changer.

Si nos aînés ont pu faire cet amalgame entre emploi et réalisation de soi, c’est parce que la difficulté pour en trouver un était bien moindre qu’aujourd’hui et qu’il était toujours possible d’aller voir ailleurs sans prendre un trop grand risque. A notre époque en effet, la question est moins de savoir si tel emploi est plus ou moins intéressant qu’un autre que d’en trouver un tout simplement.

Le bonheur au travail quantifié

Les chiffres avancés par Martin Meissonnier parlent d’un français sur 3 malheureux au travail : ennui, hiérarchie étouffante, salaire insuffisant.

Quant à Dominique Méda, ses chiffres n’en sont pas moins éclairants : si 65% des français affirment que le travail est important, 65% considèrent également que le travail prend trop de place. Paradoxal non ? Bien sûr, ces populations ne se recoupent pas exactement. Parmi ceux qui disent que le travail est important, on retrouve une forte proportion de personnes qui n’ont justement pas d’emplois.

En réalité, 30% des français seulement s’estiment satisfaits de leur travail. C’est à dire que, pour eux, il y a concordance entre l’emploi et une certaine forme de satisfaction. Mais, selon les études et la façon dont les questions sont posées, les chiffres divergent.

Isaac Getz

Selon Isaac Getz, enseignant à l’ESCP Europe, les salariés dits “engagés”, c’est à dire se levant le matin avec le sourire pour aller travailler représentent 11% des actifs (idem en Allemagne).

61% en France se lèvent le matin pour aller chercher un salaire (58% en Allemagne). On parle de salariés “désengagés”.

Quant aux autres, les salariés “activement désengagés”, 28%, ils sont tellement malheureux au travail qu’ils s’y rendent certes pour aller chercher un salaire mais également avec la volonté d’afficher leur désintérêt voire de saboter leur travail.

Conséquence pour les entreprises : absentéisme, baisse de productivité et de rentabilité.

L’emploi de nos jours

Qu’est devenu l’emploi à notre époque ?

L’entreprise a, on le constate, beaucoup évolué. On observe que l’économie s’est sensiblement financiarisée, au point que cette économie financière a pris l’ascendant sur l’économie dite “réelle“. Les exigences de profitabilité ont lourdement impacté l’organisation du travail dans son acception la plus générale.

Mondialisation et délocalisation

Une importante part de la production a été délocalisée dans des pays à bas coûts, contribuant à ce qu’il est convenu d’appeler la mondialisation, c’est à dire une approche prédatrice de la création de richesses qui consiste à transformer en compétitivité une partie des gains basés sur un dumping social et empocher une autre partie de ces gains sous forme de bénéfices. En réalité, le dumping social n’est pas le seul facteur différenciant. Les contraintes environnementales, les niveaux de développement des infrastructures ou de formation de la population sont autant de facteurs qui entrent en ligne de compte dans la création de richesse par les entreprises faisant sous-traiter tout ou partie de leur production.

Il y a opposition et mise en concurrence de modèle sociaux nationaux. Le moins-disant emporte les marchés, transformant en force économique ses faiblesses sociales, et mettant à mal dans le même mouvement les modèles étrangers. Pour le capitalisme internationalisé – ou déterritorialisé – c’est l’occasion d’envoyer un signal aux pays développés disant peu ou prou :

« Nous avons tout intérêt à travailler ensemble, alors alignez-vous ».

Robotisation et mutation des emplois

La robotisation a permis des gains de productivité gigantesques au dépens de l’emploi, conformément à ce qu’annonçait Keynes au début du XXème siècle quand il pronostiquait pour notre siècle des semaines de travail de 15 heures au grand maximum.

Dans sa chronique écrite dans l’Humanité, “L’économie de l’incurie“, Cynthia Fleury se réfère aux travaux de l’université d’Oxford ou encore à ceux du M.I.T. selon lesquels la “computérisation” (automatisation avec des équipements pilotés par ordinateur) menacerait directement la moitié des emplois aux États-Unis dans les 10 ans qui viennent. Elle cite également les travaux de Bernard Stiegler, selon lequel les consommateurs que nous sommes devenus ont été prolétarisés, consommant les produits qu’ils produisent eux-mêmes (et permettant au passage à l’entreprise qui détient les moyens de production de faire une belle culbute).

Il est à noter que l’emploi concerné par ces évolution est, comme pour les activités délocalisées, principalement l’emploi peu qualifié et productif.

On assiste d’autre part à une mutation des emplois vers les métiers du contrôle.

Selon Béatrice Hibou (CNRS), l’entreprise a adopté massivement, depuis une trentaine d’années, les normes de l’industrie, généralisant la pratique du contrôle de l’activité productive. Or, nous l’avons vu, cette activité productive s’est raréfiée, ce qui signifie qu’il y a eu une mutation des métiers du productif vers le contrôle.

Marie-Anne Dujarier, dans les matins de France Culture (Contrôle des chômeurs et management par l’absurde : peut-on encore donner un sens au travail ?), parle de “dispositifs” (benchmarking, lean 6 sigma, etc.) mis en œuvre par des cadres qui, à distance, spécifient des normes de production “au nom du réalisme économique” dont ceux qui doivent les appliquer pensent qu’elles ne sont pas adaptées à leur réalité et les freinent. Il y a une guerre entre les réalistes et les tenants du réel, ceux qui font les normes (les planners) et ceux qui les appliquent.

Bullshit jobsDavid Graeber met en évidence la multiplication, au sein des grandes organisations bureaucratiques (au sens wébérien), notamment les multinationales, des métiers qui consistent à faire pour d’autres des choses qu’ils font également. Ce qu’il nomme les “bullshit jobs“.

Ils se passent des papiers d’un bureau à l’autre, ils inventent de nouvelles formes de contrôle, de nouvelles façons d’évaluer des gens qui, à leur tour, évaluent d’autres gens. Ce qui est le plus fascinant, c’est que tout ça se passe dans le système capitaliste, alors que le capitalisme est un système où tout le monde est supposé être en compétition, ça ne devrait pas arriver. Ils sont radins et mesquins, ils ne parlent que d’efficacité, de réduction des coûts. Mais quand ils réduisent les coûts, il semble qu’ils réduisent au maximum le nombre de postes vraiment utiles : les gens qui FONT la maintenance, la réparation, les choses manuelles, ceux qui font le VRAI boulot. Et ils créent de nouveaux postes, comme les leurs, qui n’apportent rien à personne.

Un bémol que nous pourrions apporter aux propos tout a fait pertinents de David Graeber, c’est lorsqu’il affirme que ces “boulots” n’apportent rien à personne.

Car en réalité, ces postes, qui consistent à faire pour d’autres ce qu’ils font eux-mêmes, constituent un lien de subordination à l’égard de ces mêmes personnes, une façon pour elles de s’approprier le mérite qui devrait revenir à chaque acteur mais qu’elles parviennent à concentrer sur leur propre personne.

D’autre part, comme le rappelle Marie-Anne Dujarier, les cadres qui spécifient ces “boulots à la con” ne le font pas uniquement pour le plaisir : ils sont mandatés pour cela par des directions qui, imperceptiblement, remplacent les managers par un contrôle des salariés par eux-mêmes. Ceci constitue une dérive des “cercles de qualité” mis au point par les japonais, cercles au sein desquels les salariés en charge du “faire” stipulaient eux-mêmes les façons de “bien faire”. Le “Lean 6 Sigma”, très à la mode actuellement, parle de ces salariés comme des “sachants”. En réalité, ils deviennent leurs propres “surveillants”.

Massification du chômage et déconstruction de la législation du travail

Le chômage de masse s’est durablement installé, faisant naître auprès des actifs et futurs actifs un stress durable et une volonté acharnée d’accroître autant que faire se peut leur “employabilité”. Employabilité financée par l’éducation nationale, entre autre.

Sa massification contribue également à appliquer, au bénéfice des entreprises, une pression à la baisse sur les salaires, permettant à celles-ci de profiter de compétences élevées à peu de frais. On comprend d’autant mieux le peu d’entrain du MEDEF à œuvrer activement à la résorption du chômage malgré les discours tenues et les promesses qui, elles, ne le sont pas. En parallèle, leur lobbying auprès de l’état leur permet d’obtenir des avantages financiers ayant au moins 2 conséquences : rendre opérationnelle la trappe à bas salaires, dénoncée par la Cour des Comptes elle-même, et appauvrir l’état qui perd sur tous les fronts en acceptant des baisses de charges sans contrepartie, une diminution des rentrées fiscales proportionnellement à celle du nombre d’emplois perdus et un financement du chômage par la dette qui appauvrit la nation sur plusieurs générations.

De surcroît, les organisations patronales, aidées en cela par les partis libéraux, s’attaquent au droit du travail. L’emploi est fractionné et précarisé pour correspondre dans sa forme à l’usage que souhaitent en faire les entreprises. L’objectif est de variabiliser les coûts pour garantir la marge bénéficiaire : le salarié ne sera donc présent et payé que lorsque l’entreprise aura besoin de lui. Dorénavant, les CDD se généralisent et, si la durée légale du travail restera sur le papier de 35 heures, tous les abus seront facilités en dessus et en-deçà de ce seuil.

En France, 87% des embauches se font désormais sous le régime des contrats à durée déterminée (CDD) et les femmes sont de plus en plus touchées par le phénomène des emplois précaires et saucissonnés.

Idem en Allemagne comme nous le montre cet état du marché de l’emploi paru dans Le Monde Diplomatique :

emplois atypiques

in Le Monde Diplomatique (une cartographie de Cécile Marin)

L’auto-entrepreneuriat, favorisé sous la présidence de Nicolas Sarkozy, répondait à ce besoin de variabilisation qui, cerise sur le gâteau, laissait aux salariés devenus entrepreneurs le soin de payer de leur poche les charges salariales et patronales… On saute à deux pieds dans l’ère de la concurrence généralisée, du chacun pour soi et tous contre tous.

 

Le devenir de l’emploi

EgotelisteAu cours de la conférence qu’elle donne dans le cadre du Forum des Nouveaux Mondes de France Business School, Dominique Méda évoque les travaux de deux sociologues canadiens, Daniel Mercure et Mircea Vultur, qui expliquent comment, pour enfin atteindre cet idéal de la réalisation de soi, les individus veulent devenir “entrepreneurs d’eux-mêmes”. Ce type d’individu est qualifié d’égotéliste : forte implication dans le processus de production, désir de réalisation de soi dans les différentes sphères de la vie mais pas de primauté au travail.

Selon Mercure et Vultur, ces aspirations sont la conséquence directe du discours managérial en vogue dans les entreprises depuis les années 1990, au travers duquel on vendait aux salariés l’épanouissement et la réalisation de soi en contrepartie d’une forte implication personnelle.

Or, force est de constater que cet objectif n’a pas été atteint et que les entreprises ont continué à créer de la valeur alors même que les individus n’en percevaient aucun fruit ou si peu. Ci-dessous, l’évolution de l’emploi en Allemagne corrélé avec le taux de pauvreté.

in Le Monde Diplomatique (cartographie de Cécile Marin)

Comme nous l’avons vu plus haut, le travail dans l’entreprise tend également à se réduire du fait du chômage, des petits boulots précarisant, des CDD, de la computérisation, etc.

Nombre d’individus tentent donc leur chance en solo, ou au sein de petites structures dans lesquels ils ne sont pas salariés (start-up par exemple). Julien Damon, professeur à Sciences Po., invité en même temps que Marie-Anne Dujarier dans les matins de France-Culture, signalait que l’emploi salarié, qui avait beaucoup progressé ces dernières décennies, pour passer de 80% (dans les années 1970) à 90% des emplois actuellement, commençait à nouveau à reculer, ce que confirme une étude récente de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

La question qui se pose, avec Dominique Méda, est donc de savoir si l’emploi ne va pas reculer au point de redevenir ce qu’il était au XIXème siècle voire avant (XVIIème siècle) quand on parlait de marchandisation du travail, ou de “travail libre“, c’est à dire quand chacun devait vendre ses prestations en dehors de toute activité salariée, donc sans garantie liée à la sécurité de l’emploi avec tout ce que cela comporte en termes de protection sociale.

En effet, c’est bien à cela qu’on assiste depuis quelques années avec la déconstruction progressive de la législation du travail par l’état-providence sous les coups de boutoir des lobbies libéraux qui veulent plus de flexibilité, de compétitivité, et que des pays comme le Danemark ont “traduit” dans les faits par ce que l’on appelle désormais la “flexicurité”. Il en ira de même en France avec la “sécurisation de l’emploi” appelé de ses vœux par le MEDEF ainsi qu’avec le “contrat de projet” qui consistera, comme son nom l’indique, à n’embaucher une personne que dans le cadre d’une mission précise et pour une durée limitée, c’est à dire jusqu’à la fin de l’exécution d’une prestation.

En conséquence de quoi, on en arrive à poser la question de savoir si, dans l’hypothèse d’une telle évolution de l’emploi, les entreprises seront encore nécessaires ou si elles ne seront pas tout simplement remplacées de fait par une infinité d’individus pris dans des relations de concurrence / collaboration.

Avant d’en arriver à une telle situation, si extrême, il reste à savoir pourquoi une vraie réduction du temps de travail n’est pas engagée ni même envisagée par les partis de gouvernement. Elle permettrait en effet de répondre à plusieurs des problématiques évoquées ci-dessus tout en maintenant le principe du salariat qui procure de nombreux avantages.

  • Retour dans l’emploi des 10% de chômeurs.
  • Injection massive de pouvoir d’achat dans l’économie nationale en lieu et place de l’endettement de la nation.
  • Stimulation de la croissance par une demande interne accrue.
  • Réponse aux aspirations de la population pour plus de temps personnel, plus de lien familial et social
  • Un rééquilibrage dans le partage des tâches domestiques entre hommes et femmes.
  • L’accession facilitée des femmes aux postes à responsabilité.

La réponse pourrait bien être que personne n’a véritablement intérêt à libérer les individus que nous sommes de cette servitude dans laquelle nous sommes enfermés et que la tendance est plutôt à la surveillance généralisée qu’à l’ouverture et à la liberté.

 

Wake up.

Lovegiver

Commenter directement depuis Facebook

Lovegiver
Lovegiver
Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.
Subscribe
Notify of
guest
1 Commentaire
newest
oldest most voted
Inline Feedbacks
View all comments

Un article intéressant sur le sujet est paru sur le Diplo :
http://www.monde-diplomatique.fr/2015/06/GOANEC/53084

Coup de pouce

Merci d'avance de partager ce post sur votre réseau social favori.

Le bonheur au travail est-il une utopie ?

Le bonheur au travail pose la question de la place de l'individu dans la société comme Arthur Koestler l'avait formulé : vaut-il "zéro" ou "l'infini" ?
1
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x
Skip to toolbar