Is there life on Mars ?

brexi
BREXIT OR NOT BREXIT [english version]
22/06/2016
laïcité
Quand la laïcité devient racisme républicain
16/08/2016

Is there life on Mars ?

David Bowie, Is There Life On Mars ?

Space Odyssey

Le désenchantement selon Bowie

C e que je retiens de la chanson “Is there life on Mars” de David Bowie, parue en 1971, c’est que l’humanité est tellement détestable par bien des aspects que la vie sur Mars pourrait être préférable. Que sont les “hommes des cavernes” devenus ? Où vont-ils ? Qu’ont-ils fait de tout ces progrès qui ont, justement, rendu envisageable un hypothétique voyage (certainement sans retour) sur Mars ?

La réponse de Bowie est sans appel : l’humanité a tout dévoyé, le rêve américain est un leurre. La preuve, c’est que l’avocat, censé protéger les individus dans un état de droit, tape à présent sur le mauvais bougre… (cf. ci-contre, traduction un peu pourrie mais suffisante).

La reprise, à la toute fin de la chanson, des percussions (timbales) telles que l’on peut les entendre dans le poème symphonique de Strauss “Ainsi parlait Zarathoustra” n’est pas un hasard. Avant lui, c’est Stanley Kubrick qui, en 1968, les avait utilisées pour son extraordinaire film “2001, l’Odyssée de l’espace” dans lequel il abordait également les thèmes de l’évolution de l’humanité, du sentiment de toute-puissance qui caractérise l’Homme (l’hubris) et du progrès technologique qui pourrait bien l’asservir.

Si le progrès technologique aboutit à l’asservissement de l’Homme – comment qualifier autrement le comportement de l’ordinateur central, HAL 9000, qui décime l’équipage ? – c’est que l’humanité a, collectivement, échoué.

Oh man ! Look at those cavemen go
Oh mec ! Regarde les faire, ces hommes des cavernes
It’s the freakiest show
C’est le spectacle le plus dingue que tu aies jamais vu
Take a look at the lawman
Jette un coup d’œil à l’homme de loi
Beating up the wrong guy
Qui se défoule sur le mauvais type
Oh man ! Wonder if he’ll never know
Oh mec ! A se demander s’il saura jamais
He’s in the best selling show
Qu’ il figure dans le spectacle le plus racoleur
Is there life on Mars ?
Y a-t-il de la vie sur Mars ?


Un outil est-il moral ?

La nature de cet échec est simple : les systèmes inventés par l’Homme pour l’aider se retournent contre lui parce qu’ils n’ont aucune morale, aucune conscience des raisons qui ont mené et aboutit à leur conception. Ils se contentent de calculer froidement et prennent les décisions qui s’imposent pour atteindre les objectifs qui leur ont été assignés. Pour un système “amoral”, la fin justifiera toujours les moyens. Le SENS n’existe pas.

C’est bien ce qui se passe dans “2001, l’Odyssée de l’espace“. HAL 9000 condamne l’équipage à mourir parce que la survie de celui-ci condamne la mission première qui est d’atteindre Jupiter. L’ordinateur central doit faire un choix : sauver l’équipage ou réussir la mission. Mais personne ne lui a préalablement appris que son existence même était avant tout d’aider les hommes et de les seconder.

Kubrick aborde le même thème au tout début du film quand les premiers hommes évoluent grâce aux premiers outils. L’outil qui aide, qui participe à l’évolution, est également celui qui tue. Mais c’est bien l’Homme qui manipule l’outil et qui abat son semblable. L’outil n’a pas à avoir de morale par lui-même.

Entre ce gourdin préhistorique et HAL 9000, il y a quelques milliers d’années d’évolution et la mise en place de ce que nous nommons aujourd’hui les “systèmes experts“, des systèmes informatiques qui prennent des décisions en appliquant une certaine logique basée sur des paramètres nombreux et complexes.

Ces systèmes experts peuvent intervenir dans de nombreux domaines qui vont de la décision de réapprovisionner un stock, au trading à haute-fréquence, en passant par le pilotage automatique d’un avion, d’une Tesla (qui a sauvé son conducteur en le conduisant à l’hôpital) ou d’une fusée spatiale. Ils sont fort utiles dans bien des domaines quand des décisions doivent être prises dans des délais que le nombre de calculs à réaliser au préalable ne permettrait pas à un individu même très intelligent.

Mais, et il est important de le noter, il continue d’y avoir un pilote dans l’avion, c’est à dire un humain capable de reprendre le contrôle.


Un monde humain ou un monde de machines servi par des humains ?

Malheureusement, dans bien d’autres domaines qui régissent les vies des milliards d’individus que nous sommes, les concepteurs ont tout simplement oublié l’Humain.

Nos existences, caricaturées et réduites à des équations, sont devenues des variables comme les autres. Le paradigme initial du progrès, qui était de libérer les individus, a été retourné et dévoyé. La question est à présent de savoir ce que les individus peuvent faire pour sauver le système. On inverse les paradigmes comme on inverse la hiérarchie des normes si vous voyez ce que je veux dire…

Lawrence Summers

Lawrence Summers

On pourra citer par exemple le choix fait par les pays occidentaux de faire retraiter leurs déchets toxiques en Afrique (et généralement dans les pays considérés comme sous-développés) plutôt que sur leurs territoires nationaux au nom de la rationalité économique. Je vous invite à découvrir par vous-même les propos de Lawrence Summers, ex-économiste de la Banque Mondiale, ex-secrétaire du Trésor des Etats-Unis, membre des cabinets de Bill Clinton et Barack Obama, en suivant ce lien.

Sans vouloir polémiquer plus que de raison sur ce détestable personnage, nous signalons juste que celui-ci, par les honneurs qui lui ont été témoignés, les prix reçus et les fonctions occupées, est un individu que le système a considéré comme utile malgré ses idées abjectes. Nous vivons bien une époque où le système ne sert plus les individus. Bien au contraire, ce sont les individus qui servent le système, et ce dernier sait reconnaître les bons éléments.

Cette tendance à oublier le pourquoi des outils-systèmes mis en place est valable dans de multiples domaines de nos vies. L’économie, bien sûr, occupe à notre époque la première place du podium des idées dévoyées, de même que les religions monothéistes ont justifié les mises à mort de millions d’individus.

Le plus dingue, c’est que même la solution française aux dérives du fait religieux qu’est la laïcité est, à notre époque, marquée par le retour des nationalismes et des communautarismes (qui sont des jumeaux), complètement dévoyée. Alors qu’elle n’avait comme ambition que de cantonner la religion à la sphère privée, elle sert désormais à stigmatiser des populations tout en faisant semblant de contourner l’ornière du racisme dont elle devient un pilier républicain (cf. les réactions relatives aux “burkinis“). Quant à la République, n’a-t-elle pas elle-même mangé tout son pain blanc en barrant la route du pouvoir à ceux qui voudraient – justement ! – changer le système ?

Il y a beaucoup de choses à lire et à voir dans cette chanson de Bowie (et dans d’autres), tout comme dans le film de Kubrick. La culture restera à jamais inaccessible aux machines.

A lire également cet article sur David Bowie.


Wake up.

Lovegiver

Commenter directement depuis Facebook

Lovegiver
Lovegiver
Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

Nous apprécions vos commentaires.

avatar
WordPress spam bloqué par CleanTalk.
  Subscribe  
Notify of

Coup de pouce

Merci d'avance de partager ce post sur votre réseau social favori.

Is there life on Mars ?

En 1971, David Bowie, avec sa chanson "Is There Life On Mars ?", jetait un regard désenchanté sur notre monde. 45 ans après, rien n'a vraiment changé.
Skip to toolbar