La ressource du capitalisme mondial est NOTRE dette

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La ressource du capitalisme mondial est NOTRE dette

dette

médias informationContrairement à ce que pourraient croire ceux qui, chaque jour, religieusement, s’informent en regardant le journal télévisé (JT), la télévision ne permet pas de comprendre l’actualité.

La lecture des journaux, la radio, permettent de réaliser ce que notre chère TV a depuis longtemps oublié : jeter des ponts entre les sujets, montrer à quel point tout est intimement lié. En réalité, un JT est un produit permettant de vendre de l’espace publicitaire, avant et après. En tant que produit, il doit être “attirant”, donner envie de revenir, fidéliser. Pour ce faire, il est truffé d’images, sans rapport entre elles, dont le présentateur / journaliste est en charge de la légende. Souvent, pour introduire ces reportages, il prononce cette célèbre phrase : “sans transition […]”. Ceci indique que le sujet qu’il aborde n’a pas de lien avec le précédent.

A mes yeux, il s’agit de la preuve la plus accablante que la télévision a été corrompue par le monde marchand et qu’elle a échoué. J’espère du fond du cœur que les économies que l’état cherche à faire avec Radio-France n’auront pas, sur cet immense média qu’est la radio publique, les mêmes conséquences.

Dette, chasse aux déficits : foutue recherche systématique de la rentabilité

Dans les pages de ce blog, nous essayons, autant que faire se peut, de jeter les ponts entre des sujets qui pourraient paraître distincts, mais qui constituent en fait, une fois reliés, une image complexe de notre réalité.

La dette dans nos vies

Pour ceux qui regardent le JT, et ils sont nombreux, l’approche franco-française de l’information pourrait laisser penser que nous vivons en vase-clos. La France a des problèmes, ses femmes et hommes politiques, de droite comme de gauche, disent pouvoir les résoudre. Ils s’opposent sur les modalités, se lançant parfois dans des surenchères qui seraient ridicules si plus de spectateurs du JT les recevaient avec circonspection.

Parmi les sujets dont on entend beaucoup parler, tous médias confondus : la dette. La dette nous étrangle, c’est vrai. On en parle, forcément, puisque le débat politique s’articule essentiellement autour d’elle. Les JT invitent nos ministres, certains parviennent à décrocher un entretien avec le Premier Ministre voire le Président de la République. Ceux-ci ressassent toujours les mêmes rengaines : nous sommes endettés, nous devons rembourser, Bruxelles nous presse, nous allons perdre notre note “triple A” (AAA, comme sur les andouillettes). A l’occasion, certains évoquent, pour faire de substantielles économies la suppression de l’AME et de la CMU, les anti-parlementaristes appuieront plutôt sur le fait qu’il faut sanctionner les députés s’ils ne votent pas, d’autres répèteront à l’envie que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde.

dette agents non financiersLa dette nous est présentée comme quelque chose de culpabilisant, une sorte de pêché que nous aurions commis, comme d’aspirer au bien-être ou penser qu’il était possible de vivre plus pour soi et les autres et moins pour et par le travail. Quand on pense à la dette, et à son remboursement, on ne pense que sanctions, ruptures, baisses, diminutions, suppressions. Il faut se débarrasser des étrangers parce qu’on ne peut plus payer pour eux, il faut remettre les chômeurs au travail parce qu’ils abusent du système, etc.

Nous serions collectivement coupables d’avoir abusé, pire : profité. Ne parle-t-on pas de la Grèce comme d’une cigale ? Ces relents de culture chrétienne me donnent la nausée.

Tous ces débats tronqués fonctionnent comme une propagande qui enferme chacun de nous dans des schémas de pensée ultra-simplificateurs. Les politiques laissent croire que le débat est franco-français parce que leur champ d’intervention est nécessairement limité au territoire national. Or, il est des solutions qui ne peuvent être trouvées à notre petit niveau. Le problème se situe à une échelle qui échappe complètement au politique parce qu’il est international ou, pire, déterritorialisé.

Le choix de la décroissance

Syriza PodemosLe Front de Gauche organise actuellement un ensemble de conférences auxquelles sont invités des représentants de Syriza et Podemos. Neuf conférences auront lieu en Bretagne, dans le cadre de ce que nos amis bretons nomment le “Tro Breizh“.

Mon ami Georges m’a rapporté que, lors de leur passage dans la très belle ville de Vannes, la salle était trop petite pour contenir toutes les personnes qui s’étaient déplacées pour assister aux discussions.

La conférence, qui avait pourtant lieu à l’heure du JT, portait sur la nécessité d’inventer un nouveau système sans croissance, ce que Tim Jackson décrivait comme une “prospérité sans croissance“, c’est à dire une économie basée non plus sur l’accumulation de toujours plus de richesses mais sur le bien-être de ses acteurs.

Si l’on s’en tient à ce que répètent nos politiques, la croissance est nécessaire pour 2 raisons majeures :

  1. créer des emplois (donc distribuer du pouvoir d’achat par l’activité et relancer la consommation)
  2. rembourser la dette

Soit. Mais d’où vient cette dette ? La lettre de Giorgos Kallis parue dans Reporterre résume parfaitement la situation :

Nous nous sommes endettés pour croître, nous voici désormais contraints de croître pour rembourser nos dettes : c’est l’absurde impasse où nous enferme l’idéologie de la croissance. Il faut en sortir et affirmer qu’il est possible d’atteindre la prospérité sans croissance économique. C’est l’alternative concrète à saisir pour la nouvelle gauche européenne.

Peut-être que la lecture de ces lignes, si simples, vous laisse penser que cela est justement trop simpliste pour être vrai ? Lisez notre article sur les allègements de cotisations salariales, ces cadeaux que nous faisons au MEDEF pour relancer la croissance, pour vous rendre compte à quel point cela est exact. Car oui, alors que nos politiques nous répètent inlassablement que nous devons diminuer nos dettes et déficits, se servant de ce prétexte pour s’attaquer à l’état social, celui qui aide, celui qui gère l’aspect “solidarité” de notre modèle social, ils donnent au MEDEF les milliards économisés pour que celui-ci relance l’emploi. Résultat : le chômage continue d’augmenter, mais moins rapidement que leurs dividendes.

Un travail énorme a été réalisé par la Coordination des Intermittents et Précaires pour bien comprendre dans quel schéma de pensée nous étions enfermés : un système dans lequel la dette est un élément de pouvoir entre les mains des marchés financiers qui peuvent exercer n’importe quel chantage sur nos institutions. En se servant, par exemple, des agences de notation.

Cette certitude de la nécessité de la croissance est tellement ancrée en chacun de nous qu’il est difficile d’imaginer qu’un autre monde est possible, suivant un autre modèle. Et pourtant ! L’ogre qu’est devenu le capitalisme libéral (ultra) dévore depuis longtemps ses enfants et cela doit cesser. L’époque de notre présumée incompréhension des enjeux, cette minorité intellectuelle qui nous interdisait d’avoir voix au chapitre, est révolue. Collectivement, nous sommes l’intelligence et la force suffisantes pour changer notre cap, dicter notre volonté.

C’est ce que sont passés dire aux français les représentants de Syriza et Podemos. Leur visite en France n’a pas pour vocation d’exporter leur mouvement, chacun étant bien trop conscient que ses solutions ne sont pas “reproductibles”, qu’il n’y a pas de modèle unique à suivre (très bien expliqué dans la lettre de Giorgos Kallis à Reporterre, cf. ci-dessus). La France devra trouver ses propres solutions à ses propres problèmes, mais il n’empêche que la diversité des situations que connaissent les pays européens ne peut obérer l’unicité de la cause : le capitalisme financier, qui a remplacé le capitalisme industriel, gouverne nos destins. Il n’a pas de nom, pas de visage, etc. Il n’a surtout aucune morale. Il est plus fort que les institutions démocratiques qu’il piétine sans vergogne. Son principal levier d’action est la dette. Il est aidé par des institutions supra-nationales telles que l’UE. La preuve : quand Syriza a été élue en Grèce, tous les dirigeants européens ont juré sa perte parce que son programme contenait l’annulation de la dette.

Le message de Syriza et de Podemos est donc que nos situations respectives nécessitent une prise de conscience à l’échelon européen et une alliance objective face à cette menace.

Ils font 10 propositions, que vous trouverez dans Libération, pouvant servir de socle commun :

  1. Audit citoyen de la dette
  2. Partage du travail
  3. Revenu de base et revenu maximum
  4. Réforme fiscale verte
  5. Arrêter les subventions et les investissements destinés à des activités hautement polluantes
  6. Pour une société alternative, solidaire
  7. Optimiser l’utilisation des espaces et immeubles
  8. Réduction de la publicité
  9. Établissement de limites environnementales
  10. Abolition du recours au PIB en tant qu’indicateur de progrès économique

L’austérité libérale, partout, toujours

Cette situation n’est pas vraie qu’en Europe. Outre-Atlantique, il y a eu des manifestations à Wall Street mais aussi ce que certains ont appelé “le Printemps Érable” au Québec.

Le “tintamarre” québécois a commencé à cause d’une mesure toute bête : l’augmentation de 50 cents par jour des frais de scolarité (soit 75% sur 5 ans). Les représentants du gouvernement québécois qui s’exprimaient à ce propos considéraient comme démesurée l’ampleur de ce mouvement étudiant, qui finit par devenir un véritable mouvement social, “pour seulement 50 cents”.

Ce qu’ils ne disent pas, ou ne prennent pas en compte, c’est qu’un très grand nombre d’étudiants de la Belle Province s’endettent déjà lourdement pour financer leurs études, et que ce surcoût, même modeste, contribue à un endettement plus grand encore.

DetteOn parle d’épargne négative pour qualifier la situation des personnes qui ne possèdent que des dettes. C’est le cas de nombreux ménages, en Amérique du Nord, qui doivent s’endetter pour faire face à leurs dépenses, mais aussi des étudiants qui débutent souvent dans la vie avec des dettes qui n’auront eu d’autre objectif que d’améliorer ce que nous appelons “l’employabilité“, c’est à dire la probabilité de trouver du travail.

S’endetter pour trouver un travail, puis travailler pour rembourser ses dettes. Cela ne vous rappelle rien ?

Comme me l’expliquait mon ami Robin, qui réside au Québec, ce mouvement étudiant a été très mal perçu par la population. Il semblerait que les québécois aient, plus que leurs cousins français, la culture du dialogue et du consensus. 6 mois de manifestations quotidiennes sont donc venus mettre à mal la patience du reste de la population qui n’acceptait pas facilement que des étudiants véhiculent des revendications ne concernant que la société qui travaille et dont ils ne font pas encore partie par définition. Pour les étudiants, au contraire, “la question de la hausse des frais de scolarité est une des dérives néolibérales à dénoncer au Québec” (Mediapart).

Le mouvement étudiant est donc devenu un véritable mouvement social anti-austérité (lire à ce sujet “Au Québec même les alouettes sont en colère”, Le Monde Diplomatique ; très bons commentaires de la part des lecteurs).

La fuite en avant productiviste

Pendant que nous devisons de la prégnance de la dette dans nos vies, des politiques ultra-libérales sont mises en œuvre. Leur objectif est clair : en déconstruisant l’état social, on dépense moins, ce qui permet de prélever moins d’impôts calculés sur le coût du travail et, du coup, de réaliser de la compétitivité aux frais du contribuables.

L’entreprise, plus compétitive, peut alors générer de l’activité, donc de l’emploi qui profitera peut-être à la population. Mais cela a, entretemps, généré de la dette. On peut même dire que, depuis 25 ans en France, cela ne génère que de la dette, puisque le nombre de chômeurs explose, ce qui a un coût, mais un coût pour lequel les financements viennent à manquer. Il faut donc encore emprunter sur les marchés financiers.

S’endetter pour trouver un travail, puis travailler pour rembourser ses dettes. Cela ne vous rappelle rien ?

Ce qui vient d’être décrit ressemble à notre quotidien… et nous rappelle les discours entendus au cours des JT : “la France a besoin de croissance”.

Or, et nous l’avons déjà écrit à maintes reprises dans ces pages, cette croissance n’est pas tenable sur le plan écologique. L’excellent Triptyque Économique dans son article “On se trompe de danger” nous rappelle à quel point cette logique nous propulse droit dans le mur.

Tous les pays du monde se tirent la bourre pour faire de la croissance, dépensant des milliards et des milliards (issus d’une dette) pour relancer leurs économies respectives et consommer plus encore de ressources qui, non seulement deviennent rares, mais polluent.

Les sociétés “raisonnables”, souvent considérées comme “primitives”, parlent “d’emprunter à la nature” quand des animaux sont chassés ou des plantes récoltées. Rien n’est prélevé qui n’est pas nécessaire. Nos sociétés soi-disant évoluées pillent littéralement la nature, contractant à son égard une autre dette que les centaines de générations qui nous succéderont ne pourront pas rembourser.

Dette que la Nature commence à nous faire payer “cash”.

Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.
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Un lecteur sur G+ me faisait remarquer que “oui, c’est évident, le dire c’est enfoncer des portes ouvertes”.
Pour ma part, j’espère qu’un électeur de droite se montrera, suite à cette lecture, plus circonspect quant aux programmes de l’UMP qui promettent encore et toujours des exonerations fiscales pour les entreprises et les plus hauts revenus sachant que tout cela génèrera encore de la dette sans effets pour nos vies.

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