Importée de Chine, la crise “made in China”

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Importée de Chine, la crise “made in China”

chine crise

crise danger opportunitéIl y a quelques mois, nous avions attiré votre attention sur l’imminence d’une nouvelle crise financière. D’aucuns penseront, en leur for intérieur, qu’il n’est pas difficile d’annoncer une crise financière puisque celle-ci est, pour ainsi dire, consubstantielle du capitalisme financier à l’œuvre à notre époque. C’est un peu comme annoncer que nous allons tous mourir. Finalement, la vraie question intéressante est : quand celle-ci va-t-elle survenir ?

paul jorion

Paul Jorion

A cet exercice, Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne) et Paul Jorion sont particulièrement rompus, et c’est sur la base de leurs alertes respectives que nous avions publié ce billet en avril dernier.

L’épicentre de ce nouveau séisme financier, qui intervient alors que le Monde n’a pas encore fini d’éponger le précédent, est la bourse de Shangaï, en Chine, ainsi que d’autres places financières de l’Asie du Sud Est. S’il était besoin de démontrer une fois encore que la Chine est devenu un acteur incontournable de la vie économique sur notre planète, les secousses qui ont fait dévisser les bourses occidentales lundi 24 août seraient révélatrices.

A elle seule, la Chine vient de voir partir en fumée 5.000 milliards d’euros de capitalisation, une somme qui équivaut globalement à 80% du PIB de la France (6.000 milliards d’euros) ou 17 ans de son budget.

Les bourses occidentales perdent quant à elles aux alentours de 5%, en partie reconquis (Le Point) aujourd’hui à l’occasion de ce que les commentateurs désignent comme “un rebond technique”. Une formule bien creuse pour nous expliquer que tout le monde a vendu hier de peur de perdre gros, ce qui a provoqué la chute des cours, et que cette baisse des cours d’hier a fait les affaires de ceux qui, disposant de la trésorerie suffisante et de corones grosses comme des pamplemousses, on décidé malgré tout d’investir dans des valeurs temporairement sous-cotées par rapport à leur cours de la veille considéré comme représentatif de leur véritable valeur. Bref un jeu de dupes où chacun croit qu’il sait et le fait savoir.

crise chineBien évidemment, nos dirigeants, qui craignent un effondrement total dans l’hypothèse où tout le monde voudrait récupérer ses billes au même moment (un peu comme quand la population va retirer des espèces aux guichets dans le cas où les banques fermeraient, mettant celles-ci dans l’embarras puisqu’elles ne disposent pas de suffisamment de liquidités pour faire face à leurs engagements), tentent de nous rassurer (Nice Matin).

Les explications vont bon train sur le fait que les pertes constatées des valeurs françaises n’ont strictement rien à voir avec la santé économique des entreprises elles-mêmes. Il ne s’agit que du contrecoup de cette instabilité financière qui a lieu en Chine pour des raisons propres à la Chine. Les chinois vendent leurs titres avant que ceux-ci ne perdent trop de valeur, ce qui a pour conséquence un affaissement temporaire des cours, mais il ne faudrait surtout pas que les investisseurs occidentaux “sur-réagissent” (propos d’Emmanuel Macron, ministre du libéralisme) en vendant également leurs titres, car cela ferait boule de neige et alors qui sait ce qui pourrait arriver.

De même, les propos de François Hollande disant qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir parce que la croissance mondiale est suffisamment solide pour encaisser le choc ne sont pas raccord avec les dévaluations du yuan qui, en renchérissant le coût de la vie pour les chinois, vont limiter leurs importations, donc nos exportations. Déjà que le commerce extérieur de la France n’est pas glorieux parce que depuis longtemps déficitaire, il y a donc peu d’espoir que notre propre croissance, en laquelle François Hollande veut croire, ne soit pas impactée (L’Express). Là encore un jeu de dupes où celui qui veut nous rassurer nous dit le contraire de ce qu’il se passe tout en sachant que personne ne le croit.

Du coup, les dirigeants chinois, qui ne savent plus trop à quels saints se vouer, sont montrés en exemple. Ceux-ci auraient pris la mesure du problème et agiraient en conséquence. Par exemple en baissant les taux directeurs (5 fois depuis novembre 2014 selon Challenges). Est-ce utile ou brassent-ils de l’air pour nous faire croire qu’ils maîtrisent ce qu’il se passe ? En tout cas, leur décision précédente de procéder à une dévaluation monétaire est considérée comme bien peu inspirée. Quant à savoir si les 120 milliards de yuans qui viennent d’être injectés pour stabiliser les cours sont ou non perdus, il y a fort à parier que ce soit la “part du feu“, cette portion de végétation que l’on sacrifie pour sauver l’essentiel de la forêt.

Du côté de la rédaction, nous avons une autre analyse de la situation. Celle-ci vaut ce qu’elle vaut, mais avant tout, elle se veut pragmatique. Notre calcul est le suivant :

Les 5.000 milliards d’euros de capitalisation perdus représentent une somme équivalent à 4.000 euros par chinois (population globale, pas uniquement les actifs).

evolution consommation ménages chineLe salaire moyen en Chine est de 5.000 euros par an (mais avec de fortes disparités, donc des écarts-types importants de part et d’autre de cette moyenne). Soit l’équivalent de ce qui vient d’être perdu au cours des derniers mois.

Tout cet argent perdu, disparu, envolé, aurait eu des conséquences pour les hommes, ainsi que pour l’économie dont ils sont acteurs et esclaves, bien plus bénéfiques s’ils avaient été distribués en salaires, c’est à dire en pouvoir d’achat. Mais il semblerait qu’en Chine, comme en Europe, on préfère payer des enfants 50 cents par jour pour fabriquer des baskets vendues 100 à 150 euros la paire dans nos magasins, et mieux rémunérer les actionnaires qui, du coup, jouent à la roulette avec cette valeur ajoutée dont ils ont dépossédé les salariés. La Chine communiste apprend vite. La Chine n’invente rien. Elle copie. Et elle va nous battre à ce jeu.

Il est incroyable de constater à quel point rien ne change. Quelques mois après que les négociations à Bruxelles ont échoué autour de la question de la séparation bancaire, on entend nos dirigeants nous tenir des propos rassurants, tout en souhaitant que la Chine prennent véritablement la mesure du problème de peur que le système s’effondre à nouveau.

La dernière crise est trop fraîche, ses conséquences sur la vie quotidienne de centaines de millions de personnes encore trop visibles, de par les faillites d’entreprises et le chômage en hausse, la pauvreté et la faillite d’un système, pour qu’une nouvelle crise de grande ampleur soit acceptée passivement par les différentes populations. Il ne saurait être défendable, pour quelque dirigeant que ce soit, de plaider le sauvetage des banques alors que la Grèce vient d’être lynchée par ses partenaires européens et que nous refusons l’asile auquel la loi nous oblige, à défaut de la plus élémentaire humanité, à des centaines de milliers de réfugiés frappés par les malheurs les plus divers pour de vulgaires raisons budgétaires.

Ce système dans lequel on met à genoux des nations entières pour satisfaire les appétits de quelques-uns ne peut plus être défendu, protégé, sauvé. La loi du marché doit aussi pouvoir s’abattre sur ceux qui, par leurs comportements irresponsables, ont entraîné dans leur chute des populations mises à contribution pour venir en aide à leurs bourreaux. Ce sont eux les parasites du système, pas nous .

chretiens d'orientQuant aux réfugiés, on pourra bien nous raconter ce que l’on veut sur notre incapacité à accueillir ces gens, le poids du fardeau, les règles communautaires défaillantes, il ne s’agit ici que de la plus basse politique politicienne : afin de ne pas faire le jeu des partis fâcheux, qui auraient tôt fait de dénoncer l’injustice faite aux nationaux quant à l’attribution d’aides à des demandeurs d’asile musulmans en période de vaches maigres, on préfère les laisser errer que de s’engager activement dans leur prise en charge.

Il y a encore peu de temps raisonnaient les cloches des églises, bien vite relayées par les moralistes de tout bord, appelant à se mobiliser en faveur des chrétiens d’Orient maltraités par les organisations islamistes.

Mais ces chrétiens orthodoxes et ces musulmans ne sont-ils pas, pour la plupart, tous syriens, irakiens ou égyptiens ?

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.
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Importée de Chine, la crise 'made in China'

On importe tout de Chine, même les crises. On pensait que la Chine nous enterrerait tous, mais à la loyale, pas sous les dettes.
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