Conférence de presse à l’Elysée. Sous les ors, des ombres.

Carton Rouge
Carton Rouge à Yves Nicolin et Damien Meslot ou “les crétins d’abord”
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Patrick Devedjian
Carton Rouge décerné à Patrick Devedjian
15/09/2015

Conférence de presse à l’Elysée. Sous les ors, des ombres.

Conference Elysee

Lors de la conférence de presse semestrielle qu’il a donnée lundi 7 septembre 2015 à l’Elysée devant un parterre de journalistes et de ministres (ce bel entre-soi), François Hollande a abordé nombre de sujets qui n’ont pas manqué de faire réagir.

Ce que les médias et commentateurs relèvent principalement, ce sont les aspects vagues ou flous des déclarations. Et comme disait Martine Aubry à propos de François Hollande : “Avec Hollande, quand il y a un flou, il y a un loup“.

Des différents sujets qu’il a abordés, nous souhaiterions attirer votre attention sur 3 points que nous ont paru plus primordiaux que les autres, parce que plus dans l’actualité et parce que leurs impacts dans l’avenir devraient être importants pour la société française.

  • la Syrie et l’accueil des réfugiés
  • la baisse d’impôts pour 8 millions de foyers
  • la réforme du code du travail

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[incor name=”1″]La Syrie et les migrants[/incor]

La Syrie et les migrants

Les frappes initialement annoncées sur la Syrie se sont muées en vols de reconnaissance. D’ailleurs, les alliés de la coalition anti-Daech ne s’y trompent pas, qui déclarent en substance que, frappes françaises ou pas, cela ne fera aucune différence. Ce que l’on sait, c’est qu’il est urgent d’agir parce qu’il est primordial de lutter contre le terrorisme. Or lutter contre Daech, ce n’est pas, raccourci dangereux, lutter contre le terrorisme, mais s’engager courageusement dans la lutte contre l’islamisme radical qui menace la stabilité et la paix dans tout le Moyen-Orient. Le terrorisme est une conséquence prévisible de cet engagement.

Engagement de la France contre Daech en SyrieL’action militaire de la France au sein de la coalition contre Daech, mais également en Afrique, en Afghanistan, en Irak il y a plusieurs années, en Libye tout récemment, sont la cause des attentas en France. Lutter contre le terrorisme en bombardant le Moyen-Orient, c’est le provoquer. Plus fort nous frapperons, plus fort nous serons frappés en retour. Cela était déjà vrai quand nous luttions contre l’islamisme en brimant l’Iran, ce qui ne manqua pas de provoquer de nombreux attentats sur notre sol en réponse à notre engagement aux côtés des États-Unis.

Depuis longtemps dans notre pays, et plus encore depuis les événements “Charlie”, l’idée que l’Islam est dangereux s’est enracinée, alors que nous avons tous la preuve au quotidien que ceci n’est pas vrai. Et chaque attentat en France, surtout quand il est commis par des jeunes, embrigadés alors qu’ils sont issus de nos banlieues, vient renforcer cette idée. Il est en effet plus simple et confortable de penser que l’Islam véhicule le mal que de prendre en pleine figure que ces jeunes français qui se battent dans les rangs de la folie sont également les premières victimes de la crise en France. Quand il n’y a pas de boulot, il y en a encore moins pour les “Rachid” ou “Ibrahima” qui, quoi qu’on en pense, envoient des CV comme tout le monde.

Nous devons prendre conscience que cette réalité existe, mais également que les moyens employés pour les résoudre ne sont pas les bons. Il est temps de penser que les problèmes d’intégration ne sont pas dus qu’à des facteurs culturels, mais pour beaucoup à des facteurs économiques. Il s’agit moins d’intégration que d’exclusion, sauf à parler d’intégration par le travail ce qui a du sens.

Il faut lutter contre Daech, mais si l’on souhaite endiguer les candidatures au djihad des jeunes de nos banlieues, c’est sur le plan économique et social qu’il faut lutter. Et pas uniquement en faisant disparaître des “barres HLM” ou en repeignant régulièrement les cages d’escaliers.

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Pour ce qui est des 24.000 réfugiés (supplémentaires) sur 2 ans, on est là encore en présence de la rhétorique habituelle d’un homme politique qui ne veut pas s’engager pour des motifs purement politiciens. Le fait que des sondages mettent en évidence la désapprobation, par 55 ou 65% des français interrogés, quant à l’accueil des réfugiés en France, agit sur le corps politique dans son ensemble comme un repoussoir. Prendre position pour l’accueil des réfugiés, c’est endosser d’avance la responsabilité de la vague “bleue Marine” aux prochaines élections (régionales fin 2015 puis présidentielles en 2017).

Mobilisation citoyenne pour l'accueil des réfugiés

Mobilisation citoyenne pour l’accueil des réfugiés

Ici encore le “politique” ne fait pas correctement son travail. Le politique doit s’engager, pour ou contre, mais pas faire patienter, pas tergiverser, pas procrastiner. L’Europe n’avait doublement pas le choix !! D’abord juridiquement, parce qu’il s’agit d’une obligation internationale que nous nous sommes engagés à respecter. D’autre part parce que les réfugiés étaient déjà là et que les faire attendre dans la rue que l’Europe se décide était humainement inacceptable.

Le chiffre de 24.000 est donc le moyen malhabile de faire avaler la pilule à une opinion qui, chauffée à blanc pour les raisons que nous avons évoquées ci-dessus, se prononce majoritairement contre cette solidarité imposée.

Quand on sait que l’Allemagne a accordé l’asile à 13.000 personne en 1 week end et 30.000 sur la seule première semaine de septembre , le chiffre de 24.000 sur 2 ans n’est juste pas crédible. Mais dire cela ce n’est pas mentir puisque ce sont les chiffres de la Commission européenne, calculés sur une estimation des “clandestins” vieille de plusieurs mois déjà.

Il est aisément compréhensible que la population adopte une attitude de repli et de rejet en cette période de vache maigre. Dette, manque d’argent, chômage massif, imposition élevée sont les arguments les plus souvent avancés par ceux qui s’expriment sur les réseaux sociaux, et tous ne sont pas des sympathisants du Front National (ce dernier étant crédité de 30% d’intentions de vote, donc bien en-dessous des 55 ou 65% d’avis négatifs sur l’accueil des réfugiés dont parlent les sondages).

Ici encore, on assiste à une utilisation à des fins purement politiciennes, parce que clivantes, de la question des réfugiés. Il n’y a qu’à voir la réaction du gouvernement PS aux propos de Nicolas Sarkozy sur un éventuel statut de “réfugiés de guerre” impliquant que ceux-ci rentrent chez eux une fois la guerre terminée.

Les arguments avancés par les opposants à l’accueil au sein de la société civile n’obtiendront jamais aucune réponse parce que ces questions, légitimes, nécessiteraient elles aussi d’interroger notre modèle économique et social basé sur le travail alors que ce dernier se rétracte pour des raisons qui ne sont pas qu’économiques (la crise), mais également technologiques ou idéologiques (mondialisation, délocalisations, etc.). Non, ces réfugiés ne viendront pas voler le travail des français. Ceux qui pratiquent une profession en manque de main d’œuvre (médecins par exemple) trouveront rapidement un emploi. Les autres seront logés à la même enseigne que les français.

Pour conclure sur ce chapitre, nous ferons observer que l’Allemagne, qui est une grande terre d’immigration et qui possède une très importante communauté musulmane, ne connaît pas d’attentats comme nous en avons en France. Parce que l’Allemagne n’a pas d’armée qui intervienne sur des théâtres d’opérations extérieures.

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[incor name=”2″]La baisse d’impôt pour 8 millions de foyers[/incor]

La baisse d’impôt pour 8 millions de foyers

La baisse des impôts pour 8 millions de foyers est une mesure annoncée pour un coût de 2 milliards d’euros.

Promesse de baisse des impôts pour 8 millions de foyers en 2016

Promesse de baisse des impôts pour 8 millions de foyers en 2016

La baisse d’impôts est une promesse habituelle en période préélectorale. Il s’agit également d’une mesure coûteuse qui semble déraisonnable pour un pays endetté comme on nous le répète trop souvent.

Cette baisse d’impôts est également un “coup de pouce” indirectement accordé aux entreprises qui doivent y voir un effort supplémentaire de l’état pour stimuler la demande afin d’aider au démarrage (qui se fait toujours attendre) de la politique de l’offre mise en œuvre par ce gouvernement, mais pour l’instant sans succès, au travers du CICE notamment.

Il devient urgent pour les candidats aux prochaines élections d’annoncer de bons chiffres et, si ce n’est d’inverser, au moins d’aplatir la courbe du chômage.

A moins qu’il ne faille considérer tout cela comme un aveu d’échec d’une politique coûteuse de relance par l’offre qui nous enferre toujours plus avant dans ce que la concurrence internationale a de pire : la course aux prix bas financée par une dévaluation du coût du travail. Ce qui nous amène au dernier point de ce dossier : la réforme du code du travail.

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[incor name=”3″]La réforme du code du travail[/incor]

La réforme du code du travail

On parle de réforme du code du travail pour détourner notre attention de la réforme du marché du travail à laquelle elle va servir de prétexte .

Le rapport Combrexelle et les propositions de Terra Nova, think tank officiel du PS, viennent étayer nos propos.

Mais commençons par le rapport Combrexelle, dans lequel son auteur écrit que le code du travail est devenu tellement compliqué, tellement dense, que les entreprises ne l’appliquent qu’imparfaitement. Nombre de spécialistes du droit expliquent que la France, jacobine, a une propension plus marquée que d’autres pays à recourir à la loi plutôt qu’au dialogue entre partenaires sociaux. Impossible de le nier. La conséquence de cela, c’est l’inflation normative. Cela signifie-t-il qu’il faut moins de lois ? Non, cela signifie simplement que la loi doit indiquer un cadre et prévoir d’éventuelles mesures supplétives si jamais les partenaires sociaux ne parvenaient pas à un accord. En revanche, celle-ci doit éviter au maximum d’entrer dans le détail car trop de précisions contribuent à rigidifier l’édifice.

Inflation normative en matière de droit du travail

Inflation normative en matière de droit du travail

Sur ce point, les conclusions de Jean-Denis Combrexelle sont exactes, et sa préconisation consistant à laisser plus de place au dialogue social semble s’imposer.

Toutefois, il faut noter que la France, contrairement à l’Allemagne, n’a pas cette culture du dialogue social entre “partenaires” puisque, nous le disions, elle est culturellement plus encline à résoudre les problèmes par la loi. De fait, la culture syndicale en France n’est pas la même qu’en Allemagne, où les salariés sont largement plus syndiqués que dans l’hexagone (cf. taux de syndicalisation en Europe). Par conséquent, promouvoir un code du travail basé non plus sur la toute-puissance de la loi mais sur le dialogue social c’est laisser le champ libre aux syndicats patronaux, plus unitaires et mieux organisés, pour imposer leur vision des règles devant encadrer le marché du travail, d’autant plus que le contrat qui est établi entre un salarié et l’entreprise qui l’embauche entérine un rapport de subordination du salarié dans un contexte de chômage de masse. Sur ce point, nous rejoignons la position de Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, quand il déclare que le code du travail risque d’évoluer en fonction de critères économiques liés à la rentabilité et à la compétitivité des entreprises plutôt qu’aux droits fondamentaux de la majorité écrasante des salariés. C’est oublier le socle historique “social” sur lequel repose la construction dans le temps du droit du travail.

L’une des proposition de Jean-Denis Combrexelle consistant à reculer le seuil de déclenchement des heures supplémentaires était une façon de faire sauter le verrou des 35 heures. En effet, si la durée légale du travail reste de 35 heures mais que le paiement majoré des heures supplémentaires n’intervient qu’à la 39ème heure, c’est, quelque part, mettre fin de facto au 35 heures. Sur ce point, Manuel Valls et François Hollande sont d’accord pour réaffirmer que la durée légale du travail restera de 35 heures hebdomadaires, mais cela n’implique aucunement que les contrats de travail établis seront de 35 heures.

De même, Manuel Valls affirme que le CDI restera la norme, mais ceci n’est qu’un effet d’annonce puisque les ruptures conventionnelles, qui permettent de contourner l’écueil du licenciement économique, sont en pleine explosion et permettent de mettre fin à un CDI presque à volonté. Nous disons “presque” car tout accord de rupture conventionnelle doit faire l’objet d’une homologation par les services de l’état, mais moins de 5% ont fait l’objet d’un refus à ce jour.

Pour finir, nous évoquerons les propositions incroyables du think tank de gauche (…), Terra Nova, de laisser aux entreprises la libre appréciation de ce que doit être le salaire minimum (SMIC) ou encore de pouvoir licencier des salariés en leur versant des indemnités inférieures à ce que prévoit la loi. Il semblerait que la mue néo-libérale de la gauche soit à ce point aboutie que la notion même de salaire minimum puisse un jour disparaître de ses principes fondamentaux. On peut déplorer le phénomène de “trappe à bas salaires” sans aller jusqu’à souhaiter la disparition d’un salaire “plancher” en deçà duquel une vie digne est difficilement possible. La nouvelle gauche libérale semble, elle aussi, vouloir s’affirmer comme décomplexée.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.
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Notre analyse de la #ConfPR du 7 septembre 2015 à l'Elysée.
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