Front National, COP21 : des preuves de nos échecs

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Front National, COP21 : des preuves de nos échecs

Echecs des partis politiques : de la COP21 au Front National

La COP21 ou la réunion des inconciliables

Evo Morales déclarait, lors du discours qu’il a prononcé à l’occasion de la COP21, qu’il ne pouvait y avoir de solution sérieuse pour l’environnement sans éradication du capitalisme. Un discours offensif qui lui valu de timides applaudissements.

Pourtant, le capitalisme est bel et bien une entreprise de prédation qui transforme en valeur les fruits qu’il prélève sur la planète. Plus de valeurs, plus de profits, plus de travail peut-être, sont donc synonymes d’un épuisement plus grand encore de cet écosystème que les sud-américains nomment la “Pacha Mama” ou Terre-Mère.

Ce qu’Evo Morales ne dit pas, en revanche, c’est que son pays finance les énergies fossiles. De même que BNP-Paribas, qui communique sur son engagement pour l’environnement, continue en sous-main à financer des investissements dans les énergies sales comme l’explique Pablo Solon, ancien ambassadeur de Bolivie, au micro de France-Culture (intervention à écouter à partir de 26’10”).

Il y a donc un écart flagrant entre la position la plus dure de la COP21 et les actes de celui qui tient ce discours.

Dès lors comment s’étonner que des dirigeants plus enclins à s’asseoir sur leurs convictions écologistes aient du mal à mettre en œuvre de véritables mesures contraignantes, les seules capables de changer la donne environnementale ?

L’incapacité à changer la donne que rencontrent les hommes et les femmes politiques qui accèdent au pouvoir est essentiellement due au fait que les positions d’équilibristes auxquelles ils s’adonnent depuis trop longtemps renferment en elles-mêmes les causes de leurs échecs : la chèvre et le chou.

Le problème est avant tout un problème de cohérence.

Prenons le cas de l’obsolescence programmée afin d’illustrer notre propos.

Elle se manifeste sous différentes formes, de l’appareil électro-ménager, qui rend l’âme après 5 ans de bons et loyaux services, aux mises à jours logicielles qui signent la fin de vie d’un équipement par ailleurs en parfait état de fonctionnement.

A quoi sert l’obsolescence programmée ? A assurer le maintien, pour les fabricants desdits objets, d’un certain niveau d’activité grâce au remplacement des équipements tombés en panne. Ce maintien de l’activité, qui permet un maintien des profits, permet également de pérenniser des emplois quelque part dans le monde.

Si l’équipement était increvable, un taux d’équipement de 100% d’une population signifierait la mort d’un secteur d’activité ou, à tout le moins, sa survie au ralenti, à l’occasion d’une panne exceptionnelle ou de la fin de vie liée à l’usure normale du produit. En revanche, fabriquer des équipements avec des matériaux dont on connaît la durée de vie limitée (en plastique plutôt qu’en métal) c’est s’assurer d’avoir du travail ad vitam aeternam.

Ce maintien de l’activité et des profits d’un nombre limité de personnes par le truchement de l’obsolescence programmée coûte à plusieurs niveaux. Il coûte déjà au consommateur, dont la fréquence d’achat augmente pour des biens d’équipements aux dépens des loisirs par exemple. Il coûte également sur le plan écologique puisqu’il implique de prélever à nouveau dans la nature les matières premières nécessaires à leur fabrication. Pendant ce temps, le matériel tombé en panne va augmenter le stock mondial de déchets dont nous connaissons à présent l’itinéraire, des pays riches vers les pays pauvres puis au fond des océans.

Cette pratique détestable devrait être condamnée et empêchée. Mais, parce qu’il y a toujours un “mais”, sinon pas possible d’opérer un arbitrage, résoudre le problème de l’obsolescence programmée contribuerait à couper le robinet des profits et à accroître le chômage car de nombreuses activités deviendraient, dans le temps, moins nécessaires. Imaginez une minute la tête des actionnaires d’Apple si une loi interdisait de changer de smartphone avant 5 ans. L’arbitrage qui est fait depuis des décennies en France, et à peu près partout dans le monde, c’est pourtant celui de la compétitivité, de l’emploi et de la croissance. Mais pas du tout celui de l’environnement. Il n’y a qu’à voir la position de l’Inde, qui lie son développement économique à celui du charbon, dans le cadre de cette COP21.

Si François Hollande, ainsi que tous ses prédécesseurs, avaient fait le choix de l’environnement et de l’urgence climatique (les premières préoccupations climatiques datent de 1957 tout de même !!), la mise en place d’un mix énergétique faisant la part belle aux énergies renouvelables serait une chose acquise et peut-être même dépassée. La fermeture progressive des centrales nucléaires serait, elle, une réalité et pas une simple promesse de campagne. Et accessoirement, on arrêterait de verser de l’argent publique pour soutenir les constructeurs automobiles qui ont massivement fait le choix du diesel et du fossile, donc le choix du profit contre la R&D. A quoi on peut ajouter, parce qu’on est d’humeur taquine depuis dimanche soir et la victoire du Front National, qu’ils ont également fait le choix des profits contre les intérêts de leurs salariés et du pays dans lequel ils sont implantés en fermant leurs usines malgré leurs promesses et en pratiquant “l’optimisation fiscale”. La prédation est alors “sociale”.

On pourrait multiplier à l’infini les exemples d’incohérences comme celui-ci, et ce dans tous les domaines, pas uniquement pour ce qui relève de l’environnement. Justice fiscale bafouée, justice sociale délabrée, responsabilité environnementale piétinée. Tout ça parce que l’économisme. Tout ça parce que la croissance. Donc les profits.

Quand la population demande de l’ordre

De ces incohérences, qui cachent malheureusement de pauvres et tristes mensonges, un parti comme le Front National fait son beurre. Bien sûr l’environnement est loin d’être la préoccupation première de ce parti, qui s’est plutôt spécialisé dans des combats sécuritaires, identitaires et sectaires, préférant la patrie à la Terre.

Il est vivement déconseillé de recycler les idées du Front National

Il est vivement déconseillé de recycler les idées du Front National

Mais chaque manquement, chaque échec, chaque trahison, chaque incohérence d’un parti dit “de gouvernement” (tant que cette distinction a encore un sens) apportent de l’eau au moulin de ce parti honni qui veut ajouter à déjà tant d’injustices celles de la nationalité et de la religion, bref l’injustice du hasard qui préside à la venue au monde de tout être humain sur cette foutue planète.

Le Front National n’est pas, par essence, un parti de gouvernement. C’est un parti antisystème. Si une partie de ses électeurs, ceux du “FN canal historique”, épousent ses idées, la majeure partie en revanche ne sont là que pour signifier à l’UMP et au PS qu’ils ne veulent plus d’eux. C’est un vote de rejet, non pas un vote d’adhésion. C’est un vote d’adhésion au rejet. C’est le grand frère qu’on va chercher pour qu’il nous venge de ceux qui nous ont fait du mal. C’est le désir de lynchage. Si René Girard était encore parmi nous, il nous dirait que cela signifie que le corps social est sur le point d’exploser.

Pour un changement de paradigme

Résoudre les problèmes environnementaux ou éradiquer le Front National passent au préalable par une démarche de “rupture, de changement profond de ce qui existe aujourd’hui. Cette rupture est nécessaire parce que si elle n’est pas faite à froid et dans le calme, c’est le Front National qui l’imposera.

L’incapacité à entamer cette démarche de rupture démontre que les esprits ne parviennent pas à sortir du modèle productiviste qui prévaut depuis le début du 19ème siècle et s’est à nouveau imposé après-guerre. Il devait garantir le plein emploi et l’accession de tous au consumérisme béat dont on voudrait faire notre seul horizon. Le CNR lui a adossé l’état social à la française, mettant en place les mécanismes de financement du second par le premier. Défaire ces liens pour en construire de nouveaux est la seule issue. La COP21 montre à sa façon que ce processus est d’ores et déjà engagé mais presque malgré nous.

Notre monde et notre époque souffrent de l’économisme, une hypertrophie de l’importance de l’économie dans le destin des hommes au mépris de tout le reste.

L’économie, contrairement à ce qu’elle prétend, n’est pas une discipline scientifique au sens strict. Elle se dit “science dure” afin de  s’arroger l’exactitude des mathématiques, et cela est exact quand elle se borne à décrire ce qu’elle observe, si tant est que des modèles de plus en plus probabilistes puissent être exacts. Mais la description de la supposée réalité observée possède une limite très vite atteinte : celle de l’interprétation et de l’opinion. Il existe de nombreuses écoles d’économie, dont certaines affirment des éléments tout à fait contraires. La théorie économique relève donc plutôt du phénomène de la croyance (religieuse) que de la science véritable dans la mesure où ses acteurs s’opposent entre eux sur la question de savoir qui détient la Vérité. Cette opposition déteint naturellement sur le paysage politique du fait même des sujets abordés : économie de l’offre ou de la demande, durée du temps de travail, salaires réglementés ou pas, euro ou monnaie nationale…

Il n’y a rien à attendre de l’économie en tant que telle. L’économisme consiste à revêtir une opinion orientée et intéressée des oripeaux d’un bon sens rimant avec “science”. L’économie ne peut pas guider à marche-forcée nos destins, elle ne peut pas être la créature qui échappe au contrôle de son maître au prétexte qu’il s’agirait d’une science. Comme tous les domaines du savoir, celle-ci n’est qu’un prisme particulier permettant d’observer notre monde, au même titre que la sociologie (où les mathématiques sont également très présentes) ou l’anthropologie.

Au cours d’un débat excellent qui a réuni sur le plateau de “Ce soir ou jamais” les économistes Thomas Piketty et Frédéric Lordon, l’invité incarnant la pensée libérale, Guy Sorman, a déclaré que “le marché n’a pas à avoir de morale”. Les capitaux se déplacent là où des profits sont possibles. C’est tout.

[quote font_size=”14″ bgcolor=”#eeeaea” color=”#” bcolor=”#4dadcb” arrow=”yes”]La croissance exigent des circonstances et des principes qui ne sont pas toujours moraux. Je ne prétends pas que l’économie de marché soit morale. Ce n’est pas son rôle. Son rôle c’est de produire des richesses, et de produire une immense classe moyenne à l’échelle mondiale , ce qui s’est quand même produit depuis 25 ans.[/quote]

Le doigt est bien pointé sur la vérité nue : l’économie n’a pas de morale. Quand on veut maximiser la fonction du profit, tout le reste n’est que paramètres. Le temps de travail, le taux de chômage, le niveau des prélèvements sociaux, l’environnement, tout cela est une conséquence du niveau de profits attendu, c’est à dire de la croissance.

Si l’on voulait maximiser l’emploi, il faudrait que le profit passe du côté des paramètres. De même, si l’on souhaitait protéger l’environnement, il faudrait passer le profit et l’emploi du côté des paramètres.

Ce choix, qui consiste à positionner un facteur d’un côté ou de l’autre de l’équation, la finalité ou les paramètres, est éminemment politique. En France, droite comme gauche on fait le choix de la croissance, donc du profit, aux dépens de tous les autres facteurs. Il n’était pas question que les actionnaires acceptent une diminution de leurs profits pour gagner en compétitivité face à la concurrence mondiale, d’où la déconstruction de notre droit du travail mais également le choix d’une énergie peu chère parce que nucléaire.

Quant aux investissements qu’il aurait fallu faire dans les énergies renouvelables, ceux-ci allaient accroître le déficit et nous exposer aux foudres de l’Europe. Donc : exit.

Tous ces renoncements, toutes ces trahisons, tous ces mensonges expliquent le niveau de popularité du Front National aujourd’hui. Parce que quel que soit leur choix, quelle que soit la volonté qu’ils expriment en votant, les français sont toujours les dindons de la farce. Et ceci est vrai partout dans le monde.

Mais ceux qui font le choix du Front National se trompent lourdement parce que l’ambition du Front National n’est pas de changer les choses, mais juste de changer les hommes.

Le Front National a-t-il présenté de quelconques propositions en rupture avec cette logique de la croissance ? Non. Il prétend juste que celle-ci profitera en priorité aux français. Mais pas de remise en cause.

Que dit le Front National sur les énergies renouvelables ? Rien. Il prétend juste que sortir de l’Europe est la solution et que l’abandon de l’euro est le moyen d’y parvenir. Avec quelle stratégie ? Celle de la dévaluation compétitive en contrepartie de salaires élevés payés en francs et consommant exclusivement français parce que tous les produits d’importation seront devenus inaccessibles parce que trop chers ?

Notre offre politique ressemble à s’y méprendre à la promesse de vente de la Ford T quand celle-ci est sortie des chaînes de montage aux Etats-Unis en 1909 :

[quote font_size=”14″ bgcolor=”#eeeaea” color=”#” bcolor=”#4dadcb” arrow=”yes”]Choisissez-la de la couleur que vous voulez, pourvu qu’elle soit noire.[/quote]

A ce stade, il est urgent que nos gouvernants comprennent, et le Front National aussi, qu’ils sont une partie du problème et que leur incapacité à se remettre en cause est mortifère.

Dimanche soir, suite à la victoire du Front National au premier tour des régionales, face à un Nicolas Sarkozy droit dans ses bottes et opposé à toute idée de front républicain contre le Front National, Jean-Christophe Cambadélis, qui sait que c’est plié, à fait le choix du retrait des listes PS dans certaines régions afin de maximiser les chances de battre le FN.

Cette attitude, qui consiste à partir sans se retourner, devrait être un modèle de comportement pour preque toute la classe politique actuelle. Tous ces gens doivent partir et laisser la place nette aux citoyens qui veulent reprendre leur destin en main. Et surtout qu’ils ne se retournent pas, ou bien ils risqueraient de voir le champ de ruines qu’ils laissent derrière eux et de se brûler les yeux.

[gap height=”20″]

Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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