Démocratie 2.0 Grèce : 2 – Europe : 0

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Démocratie 2.0 Grèce : 2 – Europe : 0

Grèce OXI Grexit

Grèce : OXI

L’espace internet, le Web, les réseaux sociaux sont devenus un enjeu démocratique . C’est par eux que peut s’exprimer la contestation que les scrutins ne parviennent plus à capter. C’est par là que les partis élus étoufferont bientôt toute velléité de protestation.

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Grèce OXI GrexitL’histoire s’accélère encore. Avec le OXI (non) grec au référendum qui a eu lieu dimanche 5 juillet, soit le lendemain de la commémoration de l’indépendance des États-Unis, qui eux aussi se sont un jour émancipés d’une tutelle, les réactions sont nombreuses. Les commentateurs les plus extrêmes évoquent l’hypothèse d’un Grexit, comme Alain Juppé, candidat à la candidature de l’UMP. Mais il n’est pas le seul à exprimer cette position. On la retrouve en Allemagne, directement au cœur du pouvoir social-libéral de la coalition de Angela Merkel.

Jean-Claude Trichet BCEUne question qui revient souvent, notamment abordée par Jean-Claude Trichet, ex-patron de la BCE, est celle de la cohabitation de 2 espaces démocratiques . Celle des peuples, dont l’expression au niveau national doit pouvoir exister, sous peine de n’être plus une démocratie, en même temps que celle des institutions européennes qui travaillent dans le respect des institutions européennes, c’est à dire dans un espace à part, déconnecté desdits peuples, au service d’un traité, un document, dont elles appliquent scrupuleusement le contenu (mais pas que).

Car tel est le schéma en Europe aujourd’hui. Des peuples, d’un côté, qui ont remis le pouvoir entre les mains non pas d’une Europe fédérale mais d’une techno-structure qui, de l’autre, souhaite garantir la continuité de service sans être aucunement impactée par les agitations locales, les incidents démocratiques, les voix qui s’élèvent.

De nombreux événements récents devraient nous alerter sur la multiplications des signaux qui nous disent que cette démocratie, que les gouvernants invoquent à longueurs de déclarations, les gêne. Et peut-être qu’ils ont décidé de la maîtriser pour la rendre plus docile .

Le week-end précédant le référendum, un attentat avait lieu à Saint-Quentin-Fallavier, petit bled de l’Isère plus proche de Lyon que de Grenoble. Un drapeau de l’état islamique, un type décapité, un site SEVESO. Un pétard mouillé qui aurait pu être pire, un pauvre gars qui a perdu la vie dans des conditions sordides.

De là, on repense aux frères Kouachi. Depuis cette boucherie chez Charlie, on a eu droit à la “loi Renseignement“. Cette loi inique vient de démontrer à  Saint-Quentin-Fallavier, comme l’on s’y attendait, qu’elle n’était pas à même d’empêcher quoi que ce soit en matière de terrorisme. Pourtant, depuis, nous sommes tous sur écoute . Si j’écris des mots comme “attentat“, “bombe” ou “révolution” ce n’est pas bien.

Une femme, Isabelle Attard, a eu le courage de dire à nos ministres – que l’Assemblée Nationale gêne plus qu’elle ne participe à l’exercice du pouvoir – qu’ils perdaient le sens de la mesure. On a besoin de plus de femmes comme celle-ci en politique. Et de moins de cons.

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La société 2.0

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On a longtemps pensé que les blogs, qui sont un objet de l’internet, étaient l’équivalent contemporain des journaux intimes. Il en existe, mais les blogs sont avant tout le signe que la société civile veut s’exprimer. Pourquoi auraient-ils pondu la loi “Renseignement” en France ou le Patriot Act aux Etats-Unis si ce n’est pour étendre le contrôle des forces de sécurité à l’ensemble de la sphère privée de l’ensemble des citoyens ? Parce qu’il est possible, depuis n’importe quel outil de messagerie, n’importe quel réseau social, n’importe quel flux de quelque nature que ce soit, de transmettre de l’information et de la connaissance. La préparation d’un attentat, une action “coup-de-poing”, un mouvement social peuvent désormais être préparés dans l’anonymat le plus total par des individus que des océans séparent, et ce grâce aux réseaux.

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Certains sociologues et psychologues expliquent, à juste titre, que la multiplication des blogs, réseaux sociaux ou toute autre forme de communauté sur le web relève globalement d’un besoin de reconnaissance qui peut être entendu, selon les individus, comme une manifestation narcissique ou l’envie de se réapproprier son destin par une implication directe, que celle-ci prenne corps dans une initiative personnelle ou communautaire. Cette réappropriation du réel au travers du réseau, malgré tout ce que celui-ci véhicule de virtuel, est à mettre en relation avec le concept d’égotélisme que nous avions abordé dans un article précédent (“Le Bonheur au travail est-il une utopie ?”).

L’avantage, avec le Web, le réseau, messieurs du gouvernement, c’est qu’il suffira de cliquer sur “Entrée” pour que tout ceci parte un peu partout. Comme ces attentats dont vous vous servez pour mieux nous surveiller, vous n’empêcherez rien. Il suffira de quelques lecteurs, quelques flux RSS, quelques mails automatiques pour que ce qui est écrit ici vous échappe et se propage de façon virale.

Et le jour où la population, exaspérée, voudra se mobiliser, ce sera pareil. Il suffira de quelques clics, quelques messages viraux, un soupçon de “mesh network” et tout le monde sera dans la rue. Vous pourrez toujours essayer de couper le réseau, vous comprendrez alors à quel point c’est vous qui étiez déconnectés.

C’est une course de vitesse qui est engagée entre vous et Nous. Vous chercherez en vain à nous surveiller toujours plus, mais toujours les parades précéderont vos interdictions, exactement comme cela s’est passé avec le piratages des productions culturelles. Alors qu’Hadopi était portée sur les fonds baptismaux, il était déjà possible de déterritorialiser les actions de téléchargement (en fait, ce que font les riches pour échapper à l’impôt, nous le faisons, nous, pour échapper à la surveillance). Chacun cherche à contourner vos lignes Maginot, dont les contours ne marquent que les limites de vos propres champs d’action. Parce que la société 2.0 est devenue presque liquide.

Avec le Web, la politique, la vraie, revient parmi la foule. Ce sera, par transition, la politique 2.0. Vous pensez peut-être, dans le sérail politique, qu’il s’agit d’avoir un compte Twitter pour en être, mais la façon dont vous vous servez de ces outils montre que vous êtes vieux dans vos têtes. En réalité, vous n’êtes capables de faire avec ces outils que de la comm’ à la papa.

“Demain je serai à Moulins à la salle polyvalente, retrouvez-moi à partir de 19 heures pour un verre de l’amitié”

ou encore

“Avec les orphelins de Ste-Marie des anges. Devenons leur famille. C’est ça la République en laquelle je crois”

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La politique 2.0 en action

En Espagne, on observe une pratique politique qui combine de façon efficace les actions concrètes de terrain et l’utilisation des réseaux . Les gens se réunissent et discutent de vive voix dans le moindre village, posent leurs questions au travers d’applications open-source, et décident en votant depuis leurs smartphones. Avec de tels outils, Podemos taille des croupières aux partis institutionnels, ces formes politiques “has been” qui défendent leurs propres intérêts, ceux de leurs élus, de leurs collaborateurs ou de leurs généreux donateurs. Ceci n’est pas vrai qu’en Espagne.

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Philippe Noguès, député du PS qui vient de rendre sa carte, explique au journal Marianne que sur les 70.000 votants lors du congrès PS qui a vu la victoire de la motion Cambadélis, 60.000 sont directement affiliés au PS (élus ou collaborateurs), ce qui lui fait dire :

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Qu’est-ce que le Parti socialiste aujourd’hui ? Il y a eu je crois, 70 000 votants au congrès. Le PS doit avoir entre 50 000 et 60 000 élus. Donc ceux qui ont voté majoritairement sont des élus qui ont des intérêts à conserver. Je crois malheureusement que le PS est devenu un parti d’élus et un club de supporters du gouvernement. Ce qui l’empêche de sentir les aspirations et les revendications des citoyens.

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[gap height=”5″]Philippe Noguès est dans le vrai. Les partis politiques, du moins ceux pour lesquels les français votent le plus (il faudra d’ailleurs que les français se posent un jour la question de savoir pourquoi ils votent pour eux alors qu’ils s’en plaignent à longueur de temps), défendent tous le même monde. Pas les mêmes valeurs, du moins pas toutes, mais un ordre ancien, essoufflé, qui attend juste la pichenette libératrice pour disparaître définitivement de la scène, comme on abat un cheval blessé pour écourter ses souffrances. Par conséquent, les FNUMPS (FN, UMP et PS), sont tous des partis réactionnaires malgré qu’ils promettent tous le changement.

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Répartition des votes de 2012 par tranches d'age

Il est intéressant à propos de faire un focus rapide sur une réalité dont personne ne semble avoir conscience. Lors des élections de 2012, qui ont vu la victoire de François Hollande, élu sur un programme de changement et de gauche (on n’a eu ni l’un ni l’autre), les votes des plus de 55 ans étaient orientés principalement vers les partis traditionnels que sont le PS et l’UMP. Ce sont principalement des jeunes actifs qui ont voté pour Marine Le Pen, donc des individus dont l’avenir est plus qu’incertain : menacé, et qui souhaitent un changement radical, une rupture avec le monde d’avant. Parmi les FNUMPS, seul le FN promet cette rupture alors qu’il est le plus réac’ des trois.

Stratégie 2.0 des FNUMPS en 2012

Contrairement à ses concurrents, la stratégie 2.0 du FN a été très efficace. Le FN a beaucoup misé sur les réseaux sociaux au cours des dernières années, s’appuyant pour cela sur une population de sympathisants bien plus jeunes, donc bien plus au fait de cette réalité numérique, que ne l’ont fait les autres partis, UMP et PS, qui recrutent leurs électeurs dans des tranches d’age plus avancé.

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Or, dans le mêmes temps que les FNUMPS, qui sont des partis du vieux monde, commencent à investir le champ de la Politique 2.0 pour toucher les jeunes dont ils agitent les peurs mais dont ils ne défendent aucunement les intérêts, les partis au pouvoir (qui sont donc les mêmes) font adopter des lois liberticides qui limitent drastiquement le champ des libertés publiques. Et ce qui est vrai en France, où la contestation monte, où il existe une vrai soutien pour la Grèce (contrairement à l’Allemagne), est également vrai en Espagne, ou le PP au pouvoir (Parti Populaire) vient de faire adopter une loi empêchant toute contestation. Une loi clairement orientée contre Podemos. “Une loi bâillon pour faire taire la contestation sociale” comme titrait Le Monde la semaine dernière.

Les lois “bâillons”, ou la guerre 2.0

Pour les partis au pouvoir, pour l’Europe, la contestation est une réalité contre laquelle il est nécessaire d’agir.

L’Europe s’est immiscée dans la politique nationale grecque, en cherchant d’abord à disqualifier Syriza, puis dans son référendum, Jean-Claude Juncker arguant qu’en aucun cas le résultat ne pourrait s’opposer à la volonté démocratique des traités. Démocratie contre démocratie.

La France a voté une loi “Renseignement” pour espionner les communications de toute sa population en prétextant la lutte contre un terrorisme que notre politique moyen-orientale et atlantiste provoque.

L’Espagne vote à présent une “loi de Sécurité citoyenne” qui est bel et bien une loi d’exception puisque les organisateurs ou participants de tout mouvement social qui seraient interpellés par les forces de police ne verront jamais un juge. Il sera désormais possible en Espagne d’aller en prison, d’aller tout droit en prison, sans passer par la case “tribunal”. Manifester devant le Parlement, organiser des réunions pacifiques contre les expulsions, “troubler l’ordre publique” d’une façon générale seront passibles d’amendes pouvant aller jusqu’à 600.000 €.

Il n’y a donc rien d’impossible à ce que l’Europe, dans les prochains mois, vexée de s’être laissée rouler dans la farine par un Tsipras qui agit en vrai tacticien de la politique, qui fait pour le coup de la vraie politique, trouve une parade à ces mouvements qui remettent en cause sa légitimité démocratique en dénonçant les traités, certes, mais également ses agissements, ses abus, ses manquements, ses dénis démocratiques, comme celui que s’est vue opposer récemment la pétition européenne contre le TAFTA.

Il est encore possible en France de manifester et de s’appuyer sur des initiatives citoyennes pour faire émerger une autre offre politique. Il existe d’autres partis que les FNUMPS auquel il est possible de laisser une chance.

Le contenu, les informations, les opinions, les éléments communiqués par les lanceurs d’alertes, sont accessibles au travers de blogs, de chaînes YouTube, de flux RSS, de newsletters, de forums. Encore faut-il que les individus fassent individuellement l’effort de s’approprier ces contenus et de s’intéresser à la vie politique de l’espace dans lequel ils évoluent.

Toute démarche collective sera d’abord basée sur une démarche individuelle. Ces démarches collectives peuvent exister au niveau local sous forme d’initiatives citoyennes, de collectifs. Les outils du web 2.0 peuvent aider les individus à communiquer et à échanger. Mais ceux-ci ne sont que des supports qui ne peuvent se substituer à l’humain. Si l’humain n’est pas central dans cette démarche, la maîtrise du réseau par le pouvoir politique mettra l’humain échec et mat.

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Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.
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