Droit du travail : “On va réformer jusqu’au bout”, assure Valls [Les Echos]

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Droit du travail : “On va réformer jusqu’au bout”, assure Valls [Les Echos]

droit du travail manuel valls

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La stratégie de Manuel Valls pour faire exploser le PS

Manuel Valls était invité sur RTL le 23 février 2016 pour s’exprimer sur SA réforme du code du travail. Cette réforme, bien que nommée “Loi El Khomri“, ne fait que porter le nom de la ministre-fusible qui sauterait si jamais, pour une raison que nous ne parvenons même pas à imaginer, elle ne passait pas. En effet, comme toute la droite soutient cette mesure, les frondeurs du PS ne pèseront rien à l’Assemblée Nationale où il ne sera même pas nécessaire de faire usage du “49.3“.

Pour en revenir à Mme El Khomri, disons pour simplifier que la loi qui porte son nom la porte plus qu’elle ne la porte. Peut-être au devant des ennuis (à l’image d’un “Devaquet” ou d’un “Villepin” il y a déjà plusieurs décennies, du fait des immenses mobilisations populaires qui pourraient bien survenir quand on considère le succès de la pétition qui circule actuellement). Est-ce clair ?

Propos liminaire

Avant d’aborder le cœur de cet article, il est un préalable nécessaire qui consiste à poser clairement une chose. A l’époque à laquelle nous vivons, celle-ci ne surprendra personne, mais elle aura au moins le mérite de clarifier le sujet.

Dans l’économie mondialisée (d’obédience libérale) que nous connaissons aujourd’hui, il est nécessaire, pour parvenir à vendre un bien ou un service, que celui-ci soit, à qualité / prestation égale, le moins cher. Et ce dans la plupart des cas. Quand tous les paramètres sont identiques sauf le prix, c’est le moins cher qui est choisi. Pour la raison toute simple que, in fine, c’est l’argent qui est rare. A contrario, quand la rareté d’un bien ou d’un service est supérieure à la rareté de l’argent, alors les prix s’envolent (un diamant d’une taille exceptionnelle, une toile de maître, etc.).

Cette rareté organisée de l’argent est le carburant de ce tropisme libéral qui consiste à faire baisser toujours plus les prix pour que ceux-ci aillent, en quelque sorte, à la rencontre des moyens (limités) de chacun.

Maintenir des salaires bas est une façon d’organiser, auprès du plus grand nombre, cette rareté de l’argent, et donc d’entretenir ce tropisme, ce mouvement, cette spirale à la baisse des prix qui fait dire à certains économistes que, à long terme, sur un marché donné, le profit est nul.

A ce titre, le chômage massif est une bénédiction puisqu’il est le moyen de pression à la baisse sur les salaires dont disposent opportunément les employeurs. A compétences égales, on choisit le moins cher (cf. plus haut).

Dans cette économie mondialisée, donc, c’est le moins cher qui remporte la mise. Dans ce cadre, la détermination du prix devient primordiale.

Celui-ci est composé du coût des matières premières, des consommations intermédiaires (produits semi-finis, énergie, eau, etc.), du coût du travail et du profit de l’actionnaire. Pour des produits tels que des T-shirts, les matières premières textiles sont tellement peu chères (parce qu’abondantes) que le coût du travail et la part du profit réalisé par l’actionnaire restent les seules variables d’ajustement de toute stratégie basée sur les coûts (par opposition à des stratégies basées sur la qualité ou l’innovation, chacun d’elle participant de la rareté d’un produit).

La conséquence de cette structure de coût (rien pour les matières premières, l’essentiel pour le travail et le profit) est que certaines productions ont définitivement quitté nos contrées pour être réalisées dans des endroits du globe où le coût du travail est bon marché. De la sorte, il ne reste que le profit, l’essentiel a donc été sauvé…

La conséquence de cette conséquence est que la bataille des prix, qui est une véritable guerre mondiale, le tous contre tous généralisé, ne peut-être gagnée qu’en rognant le coût du travail. Un coût composé, pour une grande part, des prestations sociales que financent notre travail au travers des charges patronales et salariales. Pour être moins cher, il faut donc diminuer la part des prestations sociales. Or comme il est devenu impossible de faire des dévaluations compétitives avec l’euro, il ne reste que le coût du travail sur lequel agir. CQFD.

En réalité l’économie mondialisée a toujours existé. Certes elle était plus limitée qu’elle ne l’est aujourd’hui, et ce pour des raisons, bien compréhensibles, essentiellement techniques. S’il est aujourd’hui possible d’acheter des haricots du Kenya en toutes saisons, c’est parce que ce haricot voyage en avion et que sa fraîcheur est garantie à l’arrivée. Acheminé à dos de chameau il y a seulement un siècle, nul ne doute qu’il aurait été beaucoup moins présentable et c’en était fini des fagots que belle-maman voulait composer pour accompagner son rôti de bœuf dominical.

Toutefois, si cette mondialisation des échanges s’est à ce point développée, c’est parce que l’idéologie libérale, comme l’esclavagisme avant elle, a bien compris que la vraie ressource rare sur cette planète c’était le travail bon marché. Elle est donc allé chercher en Asie, en Afrique ou en Amérique Latine de la force de travail abondante et bon marché. Ce qui était autrefois un signe de sous-développement pour ces populations (des salaires minables et des états-providence inexistants) est devenu leur plus grand atout.

L’autre avantage de l’économie mondialisée voulue par le libéralisme, et non des moindres, c’est qu’il permet aux entreprises (les grosses) de se débarrasser de la contrainte “état” dans leur équation. La mondialisation est, dans ce cas, synonyme de déterritorialisation. En s’abstrayant du territoire national, l’entreprise se soustrait à toute législation, qu’elle soit fiscale ou sociale.

Voilà, notre propos liminaire est terminé. Nous avions prévenu que nous enfoncerions des portes ouvertes, mais il nous paraissait important de fixer certaines choses avant de s’intéresser au cœur de notre sujet : la réforme des droit et code du travail de Manuel Valls, dite Loi Khomri.


La réforme des droit et code du travail de Manuel Valls, dite Loi Khomri

L’engagement de Manuel Valls est clair : il ira jusqu’au bout, parce que cette réforme du droit du travail est la meilleure réponse pour lutter contre le chômage de masse que les français subissent depuis 30 ans.

Et aux français qui se plaignent régulièrement que les formations politiques ne sachent pas dépasser leurs clivages, Manuel Valls répond : cette loi leur prouve le contraire.

Ceci étant posé (les propos liminaires de Manuel Valls sont plus concis que les miens), qu’est-ce que Manuel Valls espère trouver au bout ?

De l’emploi

De l’emploi ? C’est faux (du moins pas directement). Faire travailler plus ceux qui ont déjà un travail ne créera logiquement aucun emploi. Si le véritable objectif est de faire baisser le nombre des chômeurs, il est contre-productif de donner plus de travail à ceux qui en ont déjà un. Il faudrait au contraire partager celui qui existe. De même, faciliter les procédures de licenciement ne contribuera à aucune création d’emplois. Ce qui fait recruter, et les entreprises le disent elles-même, c’est le carnet de commande(s). En revanche, le maintien de salariés dans l’emploi alors que les carnets de commande(s) sont vides, c’est diminuer les profits des actionnaires en payant des salariés à ne rien faire ou presque. Scandaleux !

De la compétitivité

De la compétitivité ? Un peu. Démonstration.

Soit une durée légale hebdomadaire du travail de 35 heures et la possibilité de faire jusqu’à 11 heures supplémentaires.

35 heures Heures supp. Coût Total
Heures supp. majorées à 25% 35 x 1 11 x 1.25 48,75
Heures supp. majorées à 10% 35 x 1 11 x 1.1 47,1
Écart 0 -13,6% -3.5%
Note pour plus tard Un jour, le “verrou” du SMIC sautera aussi


Bien sûr, ces gains de compétitivité ne nous permettront pas de concurrencer les pays du tiers-monde. Cela fait bien longtemps que nous ne boxons plus dans les mêmes catégories, eux chez les poids-plume, nous chez les poids-lourds.

Mais ils nous permettront de revenir dans la course européenne, c’est à dire de combler partiellement l’écart avec les pays ayant les mêmes structures de coûts que la France.

Mais à une condition toutefois : que les gains obtenus en nous pressant le citron soient intégralement affectés à une baisse réelle équivalente du prix de vente. Si, en revanche, les gains réalisés viennent accroître d’autant les dividendes, comme c’est le cas actuellement avec le Pacte de Compétitivité et le CICE ou encore la baisse gigantesque du prix du pétrole, nous n’aurons fait que travailler plus pour que les actionnaires gagnent plus.

C’est précisément sur ce point que le gouvernement base toutes ses attentes : si de réels gains de compétitivité étaient obtenus, l’augmentation de la demande à l’exportation pourrait susciter des créations d’emplois, et c’est seulement alors que le chômage pourrait baisser, à condition encore que la croissance globale générée dépasse 1,5%, c’est à dire le seuil en-deçà duquel la croissance du PIB ne génère pas de création d’emplois.

Bref, des hypothèses dans des hypothèses, un peu à la façon des poupées russes. Tout ce que l’on sait, c’est que ces politiques n’ont jamais porté les fruits qu’elles promettaient. Les français n’ont jamais gagné plus. Le chômage n’a jamais baissé (tendanciellement). La compétitivité ne s’est jamais améliorée. Seule la précarité s’est durablement installée.

L’explosion du PS

Depuis des années, Manuel Valls écrit et vitupère contre cette vieille gauche qui empêche de réformer le pays. Manuel Valls est dans l’action, dans le concret, le pragmatique. Il n’a que faire des vieilles lunes de la gauche qu’incarnait bon an mal an le PS.

Depuis qu’il est au gouvernement, Manuel Valls a réussi à faire émerger une fronde au sein du parti dont il est issu. Cette fronde ne sert évidemment à rien puisqu’elle ne se traduit dans aucune action politique concrète. Gérard Filoche et Marie-Noëlle Lieneman peuvent twitter autant qu’ils veulent, rien ne sera plus efficace qu’un vote “contre” à l’Assemblée ou au Sénat et une vraie fronde organisée et structurée.

Si celle-ci devait néanmoins voir le jour, ceci résulterait en un éclatement du PS ou en sa disparition pure et simple.

On observe par exemple que la position de Jean-Christophe Cambadélis sur le sujet d’une primaire à gauche est en train d’évoluer. Jean-Christophe Cambadélis justifie son changement d’avis en invoquant la cause du “tripartisme” en France qui changerait la donne. Or lorsque, à l’instar de Terra Nova, il se prononçait contre (il y a moins d’un an), le tripartisme était déjà là, mais personne ne voulait le voir.

Avant, il était contre. Maintenant, il serait pour, tout en prévenant que François Hollande ne serait pas obligé de se plier à l’exercice. Toutefois, tout candidat de gauche dans le cadre de cette primaire se devrait d’accepter le résultat, François Hollande comme tout le monde.

En réalité, la question qui se pose alors est de savoir au nom de quelle formation François Hollande candidaterait à l’élection présidentielle de 2017. En effet, si le PS devait décéder entre temps, Manuel Valls aura quant à lui les coudées franches pour créer son parti de centre droit-gauche, étape finale et nécessaire de sa stratégie personnelle d’accession au pouvoir.

Car la loyauté dont il se réclame vis-à-vis de François Hollande ne vaut que dans le cadre du PS.

Mais si celui-ci devait disparaître à l’occasion d’une loi mal fagotée de trop…


Wake up.

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Revue de presse

Source : RTL (video) Source : Les Échos Source : Le Point Source : Le Parisien Source : Le JDD

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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Droit du travail : "On va réformer jusqu'au bout", assure Valls [Les Echos]

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