Économie : quand les crises révèlent l’ogre

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Économie : quand les crises révèlent l’ogre

ogre économie

A propos des demandeurs d’asile dont les corps s’entassent à nos frontières et dans des camions-cimetières que des mafieux abandonnent en plein soleil, de ceux que les médias et les politiques nomment des “migrants“, comme pour mieux nier l’obligation qui nous est faite de les accueillir après que des fléaux les ont pousser hors de chez eux, nous pouvons dire qu’ils sont les témoins privilégiés d’un échec. L’échec de l’Occident à assumer son rôle dans le monde, un rôle que lui confèrent son développement et sa richesse, un rôle de protection des faibles et des démunis qu’il proclame lui-même pour justifier son interventionnisme militaire mais dont il est incapable d’assumer le volet humanitaire.

Ainsi il serait plus facile, moins coûteux, et plus acceptable politiquement, de larguer des bombes coûtant des dizaines de milliers d’euros chacune aux moyens de vecteurs coûtant des centaines de millions d’euros chacun sur des zones dont la principale qualité est d’être situées loin de chez nous, que de venir en aide et de prendre en charges les centaines de milliers de réfugiés venus se mettre à l’abri sur nos sols.

Or, ces bombes que nos gouvernements ont décidé de larguer et ces réfugiés que nous refusons de prendre en charge ont un point en commun : la cause qui les a provoqués est la même. La démarche entreprise dans le cadre de cette coalition internationale contre Daech est une arnaque intellectuelle ne profitant qu’au lobby militaro-industriel si nous ne prenons pas en charge cette crise de façon globale.

En tant que citoyen de ce pays, je préfère que ces milliards d’euros que nous dépensons profitent à des humains dans le cadre de leur prise en charge qu’à des vendeurs de mort tels que Serge Dassault qui, non contents de s’enrichir par le biais de commandes publiques d’armements, tentent également de corrompre et d’assassiner pour accéder au pouvoir.

Oui mais voilà : ce vendeur de mort crée de l’emploi quand des réfugiés menacent les nôtres. Jusqu’où peuvent se nicher les miettes de la théorie du remplacement… Nous aurions peur de voir disparaître la “francité” pure au profit d’un métissage que d’aucuns rejettent alors qu’ils en sont les fruits. De même que les chrétiens se sont de tous temps évertués à se débarrasser de leur judéité, les tenants de l’aryanité à la française se pensent encore comme au début d’une histoire, celle de la “nation” France dans le monde, alors la France et les français ne sont que le réceptacle du passé.

Hé bien qu’ils se rassurent car leurs emplois sont depuis tout aussi longtemps menacés, et rien ne les sauvera. Parce que lorsque des industriels comme Serge Dassault remplacent les salariés par des machines ou que d’autres, dans le secteur automobile, délocalisent vers des pays à bas coûts, on les en félicitent. Pis : on leur donne de l’argent publique pour investir. La “nation” entière participe, au travers de l’impôt et de la dépense publique, à l’automatisation des chaînes de production, qui fait disparaître les emplois, et aux achats d’armements qui, in fine, n’empêchent pas l’immigration que nos dirigeants redoutent pour des raisons strictement électoralistes et consistant à ne pas faire le jeu du Front National (Front National qui engrangent les points et les intentions de votes sans campagne car, comme je l’entendais récemment dans les médias, il suffit que les français allument leurs postes de télévision pour entendre la longue litanie des raisons qui les feront voter FN ou pas du tout).

[quote font_size=”16″ font_style=”italic” bgcolor=”#63aac2″ color=”#ffffff” bcolor=”#ff600a” arrow=”yes”]Ne voyons-nous pas que nos pays sont devenues de grandes entreprises multinationales sans foi ni loi ?? Des entreprises dont les dirigeants sont obsédés par les performances et ce quoi qu’il en coûte.[/quote]

A la veille de la grande partouze rocheloise, Emmanuel Macron, ministre du libéralisme, déclarait (Cf. Le Monde) la bouche en cœur devant un parterre de patrons du MEDEF que les 35 heures empêchaient aux entreprises françaises d’exprimer leur plein potentiel, provoquant un tollé parmi les plus gauchistes des socialistes si jamais il en restait.

[quote font_size=”16″ font_style=”italic” bgcolor=”#63aac2″ color=”#ffffff” bcolor=”#ff600a” arrow=”yes”] La gauche a pu croire, il y a longtemps, que la France pourrait aller mieux en travaillant moins. Tout cela est désormais derrière nous.[/quote]

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Pourquoi Macron s’en prend aux 35 heures by lemondefr

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Mais où est l’humain dans cette approche ? Emmanuel Macron, qui pense que les analphabètes aimeront voyager en car, s’est-il seulement posé la question de savoir ce qu’il en était vraiment des aspirations des français ? Les français ont-ils envie de travailler plus de 35 heures par semaine en plus des soirées, des dimanches et des jours fériés ? Les français ont-ils exprimé le désir profond de la flexi-sécurité ou est-ce seulement le MEDEF ?

Dans une vidéo de BFM TV relayée par Le Point, Manuel Valls, interrogé sur les déclarations de son principal ministre, fait montre d’une réaction très intéressante.

A la question : “y a-t-il une remise en cause des 35 heures dans les prochaines semaines ?“, celui-ci ne répond pas immédiatement. Son regard quitte le journaliste qui l’interroge quand il tourne la tête en fermant les yeux et en prenant une grande inspiration avant de répondre sans jamais regarder ni le journaliste, ni la caméra :

[quote font_size=”16″ font_style=”italic” bgcolor=”#63aac2″ color=”#ffffff” bcolor=”#ff600a” arrow=”yes”]Les débats sur le passé ne m’intéressent pas et n’intéressent pas les français. Je suis ici à Châlons dans ce centre de formation des apprentis pour parler des sujets qui intéressent les français. C’est à dire de la compétitivité de notre économie pour qu’elle ait davantage de croissance, l’emploi et la formation, et notamment la formation des jeunes. […] En cette rentrée, je pense que les français n’ont rien à faire des polémiques qui tirent vers le passé. Ce que les français attendent, ce n’est pas un débat sur le temps de travail aujourd’hui, mais sur comment chacun peut avoir une perspective d’avenir, comment nous pouvons réduire le chômage, comment nous pouvons créer de l’emploi.[/quote]

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Valls: “Il n’y aura pas de remise en cause” des… by BFMTV

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Au-delà de la réaction physique de notre Premier Ministre, il est intéressant de constater que jamais Manuel Valls, dont Le Point dit dans le titre de son article qu’il “recadre Macron”, ne dément ce dernier . Jamais il ne dit que les 35 heures sont un sanctuaire qu’on ne remettra pas en cause. D’ailleurs, depuis le début de l’année, Manuel Valls communique toujours sur le fait que les 35 heures, si elles resteront la durée légale du temps de travail en France, pourront faire l’objet d’aménagements par les entreprises qui en ressentiront le besoin. Et elles ne s’en privent pas.

Les 35 heures sont donc un sujet du passé, peut-être parce que c’est bientôt fini, et à ce titre elles n’intéressent pas les français. Il est clair qu’elles n’intéressent pas notre premier ministre, mais les français sont-ils d’accord avec Manuel Valls ?

Parler des 35 heures, c’est polémiquer. Et pourquoi pas ? Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir débat sur ce sujet ? Pourquoi ne pourrait-on pas échanger sur les 35 heures alors que la question du partage du temps de travail est au cœur du modèle social que chacun prétend vouloir défendre ?

Parce que la parole, le droit d’expression, la volonté démocratique ont été supprimés. Parce que cette populace à laquelle nous sommes réduits n’a plus le droit de rien désirer, de rien vouloir, parce qu’elle est condamnée à accepter les choix qu’une classe dirigeante aura fait en son nom.

Le choix de la primauté de l’économie ne peut être remise en cause. L’assouplissement du droit du travail, l’abandon progressif et masqué des 35 heures, le remplacement des CDI par des CDD facilité par les ruptures conventionnelles, les milliards distribués aux entreprises pour être plus compétitives, rien de tout cela n’est négociable.

Voilà en quoi réside l’échec de l’Occident : aux changements qui bouleversent le monde, il a choisi de répondre non pas par l’ouverture, la nouveauté ou le changement, mais par la violence, le repli sur soi et la mesquinerie. Peu à peu, la fraternité, dont les lettres sont gravées aux frontons de nos édifices publiques, de nos mairies, de nos écoles, tombe en poussière. Et le pire, c’est que tout le monde s’en fout.

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Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.
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Didier M.

Je considère l’univers et tout ce qu’il a ou engendre comme une ressource naturelle, l’humain compris. Exactement comme le fait le capitalisme d’ailleurs sauf que le sens même de ressource naturelle ne sonne pas du tout pareil à mon oreille qu’à la sienne. Pour le capital ce sont des aubaines (l’aubaine était au moyen-âge le ou les voyageurs que les chevaliers tuaient et pillaient pour arrondir leurs fins de mois…) alors que pour moi c’est une richesse au sens noble du terme qui se respecte car elles sont une condition à l’épanouissement de tout ce qui fait la vie. Cette… Read more »

Didier M.

Comme me citer moi-même flatte toujours mon ego : «C’est simple. Tout ce que l’on sort de la planète Terre est par principe gratuit et “appartient” finalement à tout être humain la peuplant. Une manne considérable pour cette économie qui va toujours chercher ce qui est le moins cher, le gratuit étant l’idéal qu’elle prétend valoriser. Le problème est que par ce principe elle aura avalé des ressources datant de milliards d’années sensées offrir à notre monde une échappatoire en cas de pépin sérieux en même-pas cent ans et se retrouve aujourd’hui affamée, voir carrément boulimique comme ces hamsters se… Read more »

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L'économie est devenue un ogre dont la nature est révélée à chaque nouvelle crise. Être migrants ou nationaux ne fait aucune différence. L'ogre mange tout.
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