Le populisme, conséquence de la ruine d’un système politique

Que veut Hollande : le F-Haine à l’Elysée ou une révolution ?
26/05/2014
Le FN louche ?
28/05/2014

Le populisme, conséquence de la ruine d’un système politique

L’extrême droite est-elle le nouvel opium des peuples ? A mon humble avis de buveur d’eau, il s’agit plutôt d’une mauvaise gnôle frelatée qui va finir par rendre aveugles ses consommateurs.

Depuis quelques années il est communément admis que l’alcoolisme quotidien, même en petite quantité, est une forme pernicieuse d’alcoolisme. En stigmatisant l’alcool excessif et l’ivresse, ou en le réduisant à un phénomène culturel, le petit buveur quotidien excuse sa propre consommation qu’il estime raisonnable. Pourtant, celle-ci est le signe d’un mal plus profond, généralement la dépression, que le buveur noie dans une fuite alcoolisée.

Quand notre système politique prend l’eau, faut-il s’étonner que les électeurs prennent l’habitude d’un petit verre d’extrême droite ? Pensant qu’il ne s’agit pas d’un alcoolisme excessif, ils en consomment de plus en plus régulièrement et puis un jour : crac ! tout le pays se réveille avec la gueule de bois.

Les problèmes avaient commencé dans les années 70 avec une première crise dont le commun ne mesurait encore pas toutes les implications à long terme. Le choc pétrolier, qui cassa irrémédiablement la croissance, ne fut aucunement vécu comme un traumatisme. Il y avait bien des chômeurs, mais globalement ça tournait encore plutôt bien avec une croissance annuelle de l’ordre de 6%. Nos parents (pour les plus jeunes dont je fais encore partie, gnarf) racontent encore comment ils pouvaient, en changeant de trottoir, trouver un nouveau job dans la minute. Mais le mal était là, et l’arrivée de la gauche en 81 le révélait à la France entière. Pour notre vieille France ancrée à droite, ce grand soir gauchiste, qui rassemblait socialistes et communistes, fit naître une envie de revanche.

Depuis notre pays connait une alternance systématique qui est un signe qui ne trompe pas : les français, mécontents, changent l’équipe au pouvoir à chaque élection ou presque. Dans le même temps, un petit parti s’enracine dans le paysage politique français et, malgré les dérapages répétés de son leader très charismatique, devient de moins en moins petits. Ses membres, militants, sympathisants et électeurs sont les tenants d’une droite dure composée de multiples courants : cathos, poujadistes, racistes, antisémites, royalistes, tous sont les bienvenus au sein de cette formation qui n’a d’autres ambitions que de cracher sa haine de la France républicaine et de trouver des boucs émissaires afin de purger les difficultés que rencontre le pays.

Jamais au pouvoir, condamné à l’opposition, ce petit parti de réaction et de protestation a décidé, avec l’arrivée de Marine Le Pen, de prendre en main son destin et d’entrer dans la cour des grands (la grande sœur de Marine Le Pen n’y était pas parvenue du fait de la présence étouffante de leur père qui, à force de dérapages plus ou moins contrôlés, avait fini par décourager son aînée).

Sa stratégie est simple : pas besoin d’avoir des idées, juste se contenter de montrer et de crier sur tous les toits l’échec des partis de gouvernement. La dérive monarchique, l’affairisme, les scandales, la confiscation du pouvoir par certaines élites, la montée en puissance des lobbys aux dépens de l’intérêt général, les politiques aussi inadéquates qu’inefficaces parce que basées sur des diagnostics erronés, sont autant de coups de canifs donnés par la classe politique dans le contrat social qui l’engage vis-à-vis des électeurs.

Avec le temps, le petit verre de gnôle qui consiste à voter de façon régulière pour le F-Haine est devenue une mauvaise habitude. De protestataire, le vote frontiste est devenu un vote d’adhésion. L’alcoolique honteux et anonyme ose dire à présent qu’il se fait des petits plaisirs réguliers mais cela n’a bien entendu rien à voir avec cet alcoolisme excessif que l’on peut voir mais qui ne nous concerne pas. Aujourd’hui les gens votent F-Haine et le proclament parce qu’ils doivent encore se justifier : ce n’est pas du racisme, c’est juste qu’il y en a marre.

Vous voulez des preuves ? Cahuzac, ministre du budget, fraude le Fisc. Woerth, ministre du budget, vend des biens nationaux à des amis. Sarkozy, candidat à la présidentielle, se fait financer par Khadafi. Balladur touche des rétro-commissions sur la vente d’armements au Pakistan et ses magouilles coûtent la vie à des travailleurs expatriés. Mitterrand faisait écouter ses opposants et tous ceux qui pouvaient mettre ses secrets sur la place publique. DSK se fait payer des putes. Tibéry fait voter les morts. Le fils Sarkozy est pressenti par le conseil général des Hauts-de-Seine. De nombreux fils et filles de personnalités politiques obtiennent des postes dans différentes administrations. La presse fricote avec le pouvoir, mettant sérieusement en doute son intégrité, déjà fortement écornée par le rachat systématique des grands médias par des industriels TRES fortunés dont la richesse provient entre autre de juteux marchés publics. Aujourd’hui, Copé tombe à cause de l’affaire Bygmalion.

Le discours du “tous-pourris”, quoique excessif et injuste pour nombre de personnes engagées et honnêtes (la plupart en fait), a un vrai fondement. Ce n’est pas de ces affaires dont se nourrit directement le F-Haine, mais du consensus qui veut qu’il ne faut pas en parler pour ne pas discréditer toute la classe politique. Exactement comme ne pas dénoncer un prêtre pédophile a, pour seule justification, de ne pas ternir l’image de l’Eglise.

Sur le plan politique, idem. Plusieurs articles de ce blog traitent de la difficulté patente de la classe politique à défendre l’intérêt général qui est souvent sacrifié sur l’autel du libéralisme, ce dernier ne profitant qu’à une aristocratie financière qui tire les ficelles. Nous ne citerons que les 500 milliards d’euros de Sarkozy pour sauver les banques (alors que la Loi du Marché aurait voulu que celles-ci disparaissent) ou le Pacte de Responsabilité de Hollande qui va ponctionner 30 milliards aux français pour “relancer” la croissance alors que les grandes entreprises du CAC distribuent des dividendes à tour-de-bras.

Au niveau européen, ce n’est pas mieux : la Commission européenne, légitimée par le Conseil des chefs d’états, organise l’Europe libérale et impose une austérité mortifère aux peuples mais qui ne profite à personne sauf aux entreprises parce que l’idéologie libérale, basée sur le retour de la croissance, est vouée à l’échec et détruit notre planète.

Pour encore quelques temps, je travaille dans l’industrie des télécoms. Nous avons tous observés la disparition des grands acteurs de la téléphonie mobile que sont les fabricants de terminaux mobiles : Nokia, le plus connu, a définitivement cesser de produire des téléphones. BlackBerry est sur le point de disparaître. La liste est en fait assez longue.

Pourquoi ces fleurons disparaissent-ils ? Parce que le marché est saturé et que le taux d’équipement des ménages est proche de 100%. La croissance n’est plus possible sur ce secteur qui ne vit à présent qu’avec le renouvellement de la gamme. Seuls les plus créatifs, les plus ingénieux, survivent : Apple avec l’iPhone, Samsung avec la gamme des Galaxy S.

Pourquoi ce qui est vrai avec ces équipementiers ne le serait-il pas à l’échelle d’un pays ? Est-il raisonnable de penser que la croissance est encore possible alors que nous avons déjà TOUT ?

Car en effet, dans notre malheur, nous avons TOUT. Or ce TOUT n’est pas suffisant car, comme la productivité s’accroît du fait de l’automatisation et de la robotique, à laquelle il faut ajouter les délocalisations liées au dumping social à l’échelle planétaire, la masse des emplois détruits augmente chaque jour et notre modèle social n’est plus financé.

Ce problème de financement pose donc la question CENTRALE de la répartition de la richesse créée, y compris à destination de ceux qui ne contribuent plus à l’activité productive.

Voilà le débat du moment et des décennies, voire des siècles à venir. Mais à qui présenter la facture ?

Pour parvenir au pouvoir, le F-Haine n’a donc pas besoin de programme. Il lui suffit d’attendre. Pendant qu’ils se débattent, les partis de gouvernement resserrent les liens qui les entravent parce qu’ils n’ont pas réussi à se libérer de l’aristocratie économique qui finance leurs campagnes dans un premier temps puis, une fois élus, leur dictent leurs lois en ce qui concerne la régulation du marché du travail (ses règlements, son coût, ses mécanismes de protection qui amputent les bénéfices).

Ceci est vrai dans de nombreux pays industrialisés où l’on observe une montée des populismes et des nationalismes en même temps que s’aggravent l’exclusion et la précarité, la peur du déclassement et la disparition de l’ascenseur social.

Comme le montre la carte ci-dessous, nombre d’électeurs européens ne croient plus en la capacité de leurs élites à changer la donne. Ils s’enferment par conséquent dans un vote protestataire qui n’a aucune solution autre que le retour en arrière, à l’entre-soi national, au repli sur soi. Si la culture et l’identité européenne n’existent pas encore tout a fait, l’état de dépression et l’euro sont peut-être les seules choses que les européens semblent avoir en partage. Alors ils votent extrême, toujours trop extrême.

Après tout, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?

Populismes en Europe

Populismes en Europe

A lire car fort instructif :

Une “révolte contre les élites”, une volonté de “changer ou mourir” : tel est le message de la population européenne qui s’est exprimée dans les urnes le 25 mai, estime la presse des pays de l’Union.

http://www.courrierinternational.com/node/1103177

Wake up.

Lovegiver

Commenter directement depuis Facebook

Lovegiver
Lovegiver
Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.
Subscribe
Notify of
guest
1 Commentaire
newest
oldest most voted
Inline Feedbacks
View all comments
Guy Weiler

Ajoutons à la saturation des marchés la nécessité – de plus en plus pressante – de sortir de la stratégie du produit-poubelle (soigneusement pensé pour atterrir rapidement à la …, seule moyen d’assurer un volume de ventes “suffisant”) pour d’évidentes raisons écologiques, de celle de la junk-food sans goût et addictive pour de non moins évidentes raisons de santé publique (écologiques aussi), … et : “Croissance et Fsocialo sont dans un bateau, vous connaitrez bientôt la suite, mais je ne suis pas sûr d’adorer. PS pour les éventuels gogos et humoristes qui m’objecteraient que l’obsolescence programmée est une légende urbaine… Read more »

Coup de pouce

Merci d'avance de partager ce post sur votre réseau social favori.

Le populisme, conséquence de la ruine d'un système politique

Le populisme est-il le nouvel opium des peuples ? Il s'agit plutôt d'une mauvaise gnôle frelatée qui va finir par rendre aveugles ses consommateurs
1
0
Would love your thoughts, please comment.x
()
x
Skip to toolbar