L’Amour plus fort que la Haine (Charlie Hebdo)

#JeSuisCharlie
07/01/2015
Charlie Hebdo, épilogue
09/01/2015

L’Amour plus fort que la Haine (Charlie Hebdo)

L’extrémisme a fabriqué 12 nouveaux martyrs. Ces victimes sacrificielles n’ont pas provoqué la violence souhaitée mais ont uni les français.

We are all americanDe savoir que des gens, dans le monde entier (parmi eux sans doute certains n’ayant jamais mis les pieds en France), ont manifesté du soutien, de la solidarité, de la peine pour le malheur qui touchait notre pays hier a beaucoup contribué à l’émotion que j’ai pu ressentir. J’ai compris, parce que je l’ai éprouvé, le réconfort que nous avions procuré au peuple américain ce fameux 11 septembre lorsque nous affirmions : “We are all american“. Car de Paris à New York, de la Porte de Brandebourg à Lyon, c’est bien une vague d’empathie, de tendresse et d’amour qui a parcouru une bonne partie de notre planète en un même instant. We are all american. Nous sommes Charlie.

Ceux qui aiment la France, cette France touchée en plein cœur parce qu’on a abattu la liberté qu’elle incarne aux yeux du monde, s’étaient réunis hier sans autre étiquette que celle d’anonymes qui, dans un même élan du cœur, saluaient les mémoires des défunts, rejetaient la violence et soutenaient les musulmans de France, victimes collatérales de cette guerre que les islamistes que nous pilonnons en Irak, en Syrie ou au Mali sont venus porter chez nous, afin de rendre œil pour œil et dent pour dent. Les dessins de Charlie Hebdo ayant trait au prophète Mahomet ne sont que prétexte.

Dans les rues de France hier, ce sont les valeurs de la république qui ont triomphé, au premier rang desquelles la laïcité. Les français de toutes origines et de toutes religions ont communié ensemble, et mal en a pris au triste sire qui a brûlé un Coran : il s’est fait expulser par la foule en colère manu militari.

Il était primordial que cette tragédie ne fasse l’objet d’aucune récupération politique, notamment par des formations extrémistes. A ce titre, le souhait par François Hollande d’une union nationale relève de la plus élémentaire décence tout en coupant l’herbe sous le pied du F-Haine, privant celui-ci de la possibilité de faire ce qu’il sait faire de mieux : des amalgames. Que Marine Le Pen, piégée, qualifie de manœuvre politicienne minable le fait d’avoir décrété une union nationale est le signe que Marine Le Pen est en colère.

« Je ne demande pas à être intégrée à l’union nationale. L’union nationale, ce n’est pas un chantage où on peut venir à condition de la fermer. Je n’entends pas me soumettre à ce chantage. Il y a un dévoiement total du concept d’union nationale. Ils en assumeront les conséquences auprès des électeurs.

[…] Si on ne m’invite pas, je ne vais pas m’imposer.

Le Monde.

Marine-HebdoOn peut débattre sur le fait que la représentante du Front National n’ait pas été invitée à cette marche républicaine prévue dimanche 11 janvier. Nicolas Sarkozy, avide de polémique, s’est empressé de le faire remarquer, faisant au passage un peu de lèche à l’électorat FN qui pourrait, un jour peut-être, s’avérer décisif. Mais Marine Le Pen a-t-elle besoin d’un bristol pour communier avec les français ? Ceux qui aimaient la France étaient dans la rue le soir du 7 janvier et le seront encore dimanche 11 janvier. Et Marine Le Pen n’y sera pas. Elle préférera bouder plutôt que de prêter son jouet.

Et c’est ça qui prétend diriger la France ?

En réalité, les français n’aiment pas Marine Le Pen, comme ils n’aimaient déjà pas son père. Rien n’est plus rassurant que de savoir que Marine Le Pen n’accédera jamais à l’Elysée et qu’elle augmentera encore son capital antipathie en ne participant pas à cette marche.

Il manque cependant un élément essentiel pour s’assurer que jamais le Front National n’arpentera les couloirs du pouvoir : l’honnêteté. Car si le Front National s’affirme comme force politique dans notre pays, ce n’est pas sans raison. Il y a une souffrance, palpable, liée à la paupérisation et à l’exclusion d’une partie croissante de notre population. C’est cette exclusion, que les forces de gauche n’ont pas su endiguer, qui fait le lit des extrémismes. Tant que l’on fera croire aux français que les emplois reviendront avec la croissance, l’étranger sera toujours un bouc émissaire facile pour ceux qui en sont privés et qui se persuadent que des immigrés les leur ont volés.

Il faut au contraire expliquer aux français que les soi-disant étrangers qui soi-disant volent nos emplois souffrent en réalité de la même exclusion par absence de travail. Pire même : le chômage affecte les étrangers 3 fois plus que les personnes disposant de la nationalité française (Le Monde). Tant qu’on ne dira pas la vérité, à savoir que le chômage est structurel et inhérent au fonctionnement même de l’économie libérale, les gens penseront qu’un moyen facile existe pour retrouver un emploi : voter Front National pour rejeter à la mer tous les envahisseurs.

Nos politiques DOIVENT expliquer aux français les raisons qui font que le travail disparaît en France sans épouser les thèses du MEDEF à propos de la compétitivité. Ils doivent faire preuve de pédagogie et d’honnêteté. Or, dire la vérité après tant d’années d’errance et d’erreurs serait, pour tout parti suffisamment ancien dans le paysage politique français, un suicide politique. Il faudrait dire : “nous avons eu tort, nous nous sommes trompés“,ou , plutôt, “nous vous avons trompés“.

Il faudrait également proposer un modèle alternatif, en rupture avec l’existant, sur lequel bien peu de formations politiques ont planché, et certainement pas celles qui occupent alternativement le pouvoir depuis tant d’années. Cette démarche de rupture n’est pas non plus compatible avec les démarches actuelles de libéralisation à outrance : travailleurs détachés au sein de l’UE (une forme moderne de l’exploitation d’antan), marché transatlantique, libéralisation du commerce des services (publics, faut-il encore le préciser), etc.

En fait, les partis au pouvoir sont disqualifiés si la France veut avoir un avenir. Et la France a besoin d’espoir pour ne pas tomber dans les griffes du FN.

En revanche, la France n’a pas besoin d’un Patriot Act pour garantir sa sécurité. Ce 7 janvier, il y a eu suffisamment de français dans les rues pour proclamer que la liberté et la laïcité étaient des valeurs cardinales et partagées. Un flicage accru en réponse au terrorisme serait un véritable contresens et le signe que nous n’avons pas bien compris les dérives que ce flicage avait engendrées aux Etats-Unis. We’re all american, mais pas à ce point-là. Et c’est être bien français que l’affirmer.

Wake up.

Lovegiver

Commenter directement depuis Facebook

Lovegiver
Lovegiver
Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

Nous apprécions vos commentaires.

avatar
  Subscribe  
Notify of

Coup de pouce

Merci d'avance de partager ce post sur votre réseau social favori.

L'Amour plus fort que la Haine (Charlie Hebdo)

La réaction exemplaire des français face à l'agression et à la récupération politique est claire : nous ne nous laisserons pas manipuler. #JeSuisCharlie
Skip to toolbar