#Logement : les #ghettos de la république

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#Logement : les #ghettos de la république

GhettoGraffiti

Les terroristes qui s’en sont pris à Charlie Hebdo ont ouvert une boîte de Pandore. Parmi les très nombreux diables qui vont en sortir, on trouve la politique du logement à la française.

« Il faut donner des réponses républicaines, sinon les Français iront chercher des réponses stigmatisantes chez le FN et Marine Le Pen »

Tout a commencé par une déclaration de Manuel Valls qui a fait du bruit et suscite encore des réactions, la plus récente étant celle de Bruno Le Maire qui occupe l’espace médiatique pour légitimer sa future candidature face à Nicolas Sarkozy dans le cadre des primaires à l’UMP en vue des présidentielles de 2017.

→ Pour mémoire, B. Le Maire proposait récemment de déconstruire l’état social pour financer la sécurité, donc l’état policier.

Pour B. Le Maire, l’emploi de termes tels que “apartheid” mérite un carton jaune comme il le martèle au Grand Rendez-Vous i-Télé-Europe 1-Le Monde.

« Quand j’entends le premier ministre parler d’apartheid, je dis outrance, insulte »

Ces termes ne sont pourtant pas nouveaux dans la bouche de notre premier ministre qui les avait déjà utilisés il y a 10 ans lors des émeutes qui avaient valu à la France de connaître l’état d’urgence alors qu’il était lui-même maire d’Evry, ville nouvelle de l’Essonne, en région parisienne.

Si l’utilisation du concept d’apartheid reste discutable dans la mesure où n’est formalisée nulle part une politique volontariste de séparation ethnique, il n’en demeure pas moins que le bilan de 30 ans de politique de la ville fait consensus à droite comme à gauche.

A gauche : On se souvient de Manuel Valls encore qui, au cours d’une visite organisée dans sa ville d’Evry, demandait à voix basse à son conseiller de faire venir “quelques white, quelques blancos” afin d’éclaircir les rangs de la population pour les caméras en train de filmer.

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A droite : Bruno Le Maire, quant à lui, parle des millions d’euros dépensés en ravalements de façades, rénovation d’éclairages publics ou autres chantiers dans sa circonscription d’Evreux, tout cela en pure perte. Et ce constat vaut partout sur le territoire.

Ainsi, des dizaines (centaines ?) de millions d’euros dépensés pour les banlieues, il n’y aurait rien à sauver, tout cela n’aurait servi à rien ??

Si un tel consensus existe, nous ne devrons pas nous étonner que ces budgets soient un jour “libérés” pour financer d’autres projets…

« Belle image de la ville d’Evry… Tu me mets quelques white là, quelques blancos… »

Pour Manuel Valls, l’échec de la politique d’intégration (ce mot qui ne veut plus rien dire, et en effet comment parler encore d’intégration pour la 3ème génération…) en France est patent, et il est nécessaire de refonder la citoyenneté et le pacte républicain.

Dans les quartiers, ce n’est pas qu’un problème de rénovation urbaine. Beaucoup de choses ont déjà été faites avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine mais il faut aussi poser la question de la mixité urbaine. Si vous ne changez pas les populations vous risquez de créer des ghettos. » Et d’ajouter : « Il faut donner des réponses républicaines, sinon les Français iront chercher des réponses stigmatisantes chez le FN et Marine Le Pen »

Banksy-Ghetto-4-Life

Banksy upsets Bronx residents with ‘Ghetto 4 Life’ graffiti

« Aborder la ségrégation à partir des quartiers populaires, c’est prendre le problème à l’envers »

Or, pour Renaud Epstein, sociologue, interrogé par Le Monde, il y a un problème de méthode.

Si le discours du premier ministre, deux jours après sa sortie sur l’apartheid, pose problème c’est d’abord du fait de son timing et des mots choisis. Faire de telles déclarations, formulant les problèmes en termes ethno-raciaux, deux semaines après les attentats, cela revient à établir implicitement un lien entre la concentration spatiale des minorités et le terrorisme. Ceux-là même qui répètent qu’il ne faut pas faire d’amalgames, qu’il faut prendre garde à ne pas stigmatiser les musulmans, alimentent par leurs discours sur les quartiers populaires un autre amalgame. Passer d’un événement dramatique à la dénonciation des « territoires perdus de la République » est d’autant plus absurde que les frères Kouachi ont passé une bonne partie de leur adolescence en Corrèze ! On peut donc redouter que ce genre de déclarations choc de Valls, sous couvert d’un « parler vrai » consistant à développer une lecture racialisée du monde social et de l’espace urbain (tout en la dénonçant !), contribue au renforcement des préjugés qui servent de terreau aux discriminations. D’autant plus que dans le déferlement d’annonces de ces derniers jours, la lutte contre les discriminations est une nouvelle fois la grande absente.

Il y a aussi des incohérences. Dans le rapport demandé par Cécile Duflot quand elle était encore ministre du logement se trouvent de nombreux éléments qui ont été laissés de côté. D’ailleurs, c’est Manuel Valls lui-même qui, après le départ de C. Duflot du gouvernement, avait décidé d’abandonner les dispositions de la loi dite “Alur” alors que celle-ci avait été votée par le Parlement. Un bel exemple de démocratie.

Or cette incapacité des gouvernements successifs à mettre en oeuvre une vraie politique du logement, une politique volontariste de constructions nouvelles, ajoute à la ségrégation dénoncée une tension sur les prix. Moins il y a de logements disponibles, plus les prix sont élevés, plus les ménages aux revenus modestes sont condamnés à rester là où personne ne veut aller, c’est à dire dans des tours, des barres de béton qui sont l’unique paysage de certaines banlieues.

Selon une étude récente de l’UFC-Expert, si le revenu moyen des ménages a un peu augmenté sur les 30 dernières années (1984-2014), les loyers ont, quant à eux, explosé.

[…] des dépenses comme celles du logement ont explosé et sont même devenues prohibitives. De plus en plus de ménages ne peuvent plus devenir propriétaires de leur logement. Le remboursement immobilier devient le premier poste de dépense et le reste à vivre, lui, a diminué.

La tension sur les besoins en logements ne concernent plus seulement les foyers modestes mais également les classes moyennes dont une partie ne peut plus accéder à la propriété, ou alors en contrepartie d’une limitation drastique de leur consommation. On est bien loin de la maison à 100.000 euros promises il y a quelques années et dont on ne sait plus vraiment quel succès elle a bien pu rencontrer.

Cette concurrence pour les logements disponibles contribue évidemment à l’accroissement des prix des loyers, ce qui est rare étant cher.


1 minute pour comprendre une politique… par nouvelledonne

Le seul parti politique en France qui propose des mesures concrètes pour le logement est Nouvelle Donne.

Leur proposition est simple : utiliser les 36 milliards d’euros placés sur les marchés financiers -malgré tous les risques que cela comporte (perte de 25% lors de la crise de 2008-2009)- pour construire des logements. Cela créerait des emplois (estimation : 200.000) et diminuerait la tension sur le marché du logement, donc les prix, ce qui permettrait à des centaines de milliers de personnes de se loger moins cher, libérant ainsi du pouvoir d’achat. Y a bon pour la croissance, non ?

En réalité, comme souvent, les propos du gouvernement sonnent creux et faux. Certes la radicalisation existe, et de nombreux français (minoritaires dans la mesure où tout le monde se mobilise) se rapprochent du Front National, ce qui tend à prouver que cette radicalisation n’est pas que le fait des “français issus de l’immigration” mais un sentiment globalement partagé par une frange de la société, celle qui souffre le plus de la crise, de l’absence d’emplois et de perspectives. En son sein, chacun se cherche des coupables, les étrangers pour les uns, les mécréants pour d’autres, l’état pour certains. Cela Michel Onfray l’a bien senti quand il disait, à propos des islamistes ayant choisi la voie de la violence, que la république n’avait pas su se rendre intéressante et attirante en tant que communauté et moyen de “faire société”. Mais cela vaut également pour les franco-français qui se rapprochent des thèses du F-Haine, abandonnant eux aussi la voie républicaine.

Il existe une ségrégation en France, mais ce n’est pas celle que pointe Manuel Valls. Celle-ci met tous les français à la même enseigne, les blacks, les blancs, les beurs. Cette ségrégation, cette apartheid, c’est celle qui sépare les très riches du reste de la population. Ceux que les Sarkozy et les Valls, mais aussi les Chirac et Mitterrand avant eux, confortent dans leur position en leur donnant plus encore, faisant peser sur la majorité les effets de la crise pour mieux les épargner. Ceux que dénonce depuis tant de temps le couple de sociologues Pinçon-Charlot : les oligarques, les aristocrates de l’argent.

[button-green url=”http://gofile.me/2nWyE/x14yD0S8″ target=”” position=””]Télécharger le rapport sur l’attribution des logements sociaux[/button-green]

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.
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L'échec de la politique de la ville et l'absence de politique volontariste du logement contribuent à l'apartheid dénoncés par Manuel Valls.
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