Marine Le Pen mène la Fronde anti-austérité et anti-allemande

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Ballades. Guitare. Jason Mraz.
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Carton Rouge décerné à Alexandre de Juniac (#AirFrance)
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Marine Le Pen mène la Fronde anti-austérité et anti-allemande

Hollande Vice-Chancelier

A l’occasion de la visite d’Angela Merkel et François Hollande au Parlement européen, Marine Le Pen se pose en pourfendeuse du modèle européen voulu par l’Allemagne et tente de prendre la tête de la Fronde anti-austérité (mais pas anti-libéralisme), récupérant et s’accaparant les mécontentements anti-austéritaires et anti-européens.

Marine Le Pen prend la tête de la Fronde européenne

Cette semaine, Marine Le Pen avait promis d’être agressive avec Angela Merkel et François Hollande à l’occasion, mercredi 7 octobre, de leur allocution devant les parlementaires européens.

Un exercice de démocratie plutôt inédit qui ne s’était pas produit depuis le double discours d’Elmut Kohl et François Mitterrand à l’occasion de la réunification allemande.

30 minutes pour Angela Merkel, 30 minutes pour François Hollande et 30 minutes pour les parlementaires.

Marine Le Pen, comme promis, a fait preuve d’une certaine dose d’agressivité, qualifiant dès le départ François Hollande de vice-chancelier d’Allemagne .

[quote font_size=”16″ bgcolor=”#eeeeee” bcolor=”#a7ffba” arrow=”yes”]Merci Madame Merkel de venir aujourd’hui avec votre vice-chancelier, administrateur de la province France. Monsieur le vice-chancelier, j’aurais aimé pouvoir vous appeler Monsieur le Président de la République par respect pour votre fonction, mais pas plus que votre prédécesseur vous n’exercez cette présidence.[/quote]

 

Après quoi, elle rappelle opportunément à François Hollande, qui avait déclaré quelques minutes auparavant que “le souverainisme c’est le déclinisme“, qu’un Président de la République française n’aurait jamais dû exprimer ce genre de propos alors que la Constitution dont il est le garant commence, en son Titre 1, par : “De la souveraineté“.

Le décor était posé.

A partir de là, on a eu droit aux antiennes habituelles du Front National :

  • NON aux décisions prises à Berlin, Bruxelles ou Washington.
  • NON au suivisme de la France par rapport à l’Allemagne pour l’accueil “irresponsable” des migrants qui met en péril la sécurité et l’identité de la France.
  • NON à la politique économique imposée par Wolfgang Schauble et qui est synonyme pour la France d’austérité, de précarité et d’effondrement de notre système de protection sociale.

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Partant de ce dernier argument, Marine Le Pen insiste sur le fait que la France, au contraire, aurait dû résister à cette pression allemande qui jette l’ensemble des pays du sud de l’Europe dans une spirale “austéritaire ayant pour seule fin de “protéger l’Euro et le modèle économique allemand de bas salaires“.

Pour Marine Le Pen, le chantage et l’intimidation qui ont cours en Europe s’expliquent par le fait que l’Europe est en train de s’effondrer. Or cet effondrement est le résultat des choix opérés au plus haut niveau : vassalisation vis-à-vis des États-Unis, dumping social, austérité, concurrence déloyale, surveillance massive des citoyens, et, bien sûr, la déjà citée submersion migratoire.

Sur les 4 minutes 30 de son discours, cette analyse aura occupé les 3 premières minutes. A partir de là, elle déclare porter un autre modèle et incarner une “anti-Merkel” : indépendance, Europe des nations, protectionnisme intelligent, libertés individuelles, défense des identités.

[quote font_size=”16″ bgcolor=”#eeeeee” bcolor=”#a7ffba” arrow=”yes”]Je ne vous reconnais pas en effet, Madame, le droit de disposer de nous dans une tentative absurde de domination allemande de l’Europe. La défense des intérêts allemands ne justifie pas la vassalisation des autres peuples d’Europe.[/quote]

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Il y a plusieurs choses dans ce discours.

Dans la posture, tout d’abord. Marine Le Pen ne se positionne pas comme une simple députée, mais comme adversaire directe de François Hollande et, à l’échelon européen, d’Angela Merkel.

Elle veut incarner la relève française en France, mais également en Europe. Elle prend la tête d’une opposition en France au nom de la souveraineté et de la défense des identités nationales (discours habituels du FN) mais également du modèle social français, qu’elle oppose au modèle économique allemand de bas salaires . Enfin, ça ne coûte rien, elle se positionne comme défenseur des libertés individuelles remises en cause par la Loi Renseignement au nom de la sécurité, alors qu’il suffisait de ne pas accepter les migrants. Migrants et insécurité amalgamés, c’est le FN dans toute sa splendeur qu’on croyait passée.

C’est sur cette opposition entre le social en France et l’économisme en Allemagne qu’elle axe sa stratégie de conquête pour la France et l’Europe.

On remarquera que, de cette façon, elle fait également main basse sur les idées de gauche exprimées en France, pour la protection du modèle social français contre l’austérité, mais également en Europe puisque ces discours sont également ceux de Syriza et de Podemos.

De ce savant mélange, on arrive à une synthèse nationale-socialiste telle que Mélenchon la dénonçait par l’emploi du terme “fasciste” et pour lequel il a finalement eu gain de cause !

Le problème de cette offre politique telle qu’elle est formulée par le FN, c’est qu’elle constitue un package qui marie la carpe et le lapin, les idées nationalistes qui se drapent derrière l’euphémisme de “souverainisme”, et les idées de gauche de protection du modèle social et de service publique à la française. Pour ceux qui souffrent de l’austérité en France et partout en Europe, ce package représente une tentation dangereuse pour la cohésion de l’Europe.

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Du nationalisme anti-européen au régionalisme européen

J’aimerais, puisque l’on parle de cohésion européenne, revenir sur quelque chose qui me choque beaucoup dans l’actualité récente, à savoir la tentative avortée (reportée au 9 novembre) du gouvernement de la province de Catalogne de faire voter en faveur de l’indépendance.

Pour une raison que je ne m’explique pas, ce scrutin semble jouir d’un assentiment général alors que les tentatives répétées de la Lega Nord italienne (par exemple) en la matière sont plutôt sujettes à condamnations. Est-ce que cela serait dû uniquement au fait que la Lega Nord italienne est un parti d’extrême droite contrairement au parti au pouvoir actuellement en Catalogne ?

En tout cas, ces affirmations identitaires “régionalistes me dérangent.

D’abord parce que c’est du nationalisme qui ne dit pas son nom. En quoi ces revendications seraient de nature différente de celles portées par Marine Le Pen ?

D’autre part parce qu’elles sont en général le fait de régions riches, de régions qui ont tout intérêt à faire sécession parce que cela leur évite d’être les principaux contributeurs des mécanismes de péréquation qui ont lieu au niveau national.

europe nationalismes régionalismesOn retrouve donc, dans ce régionalisme qui n’est qu’un nationalisme de bas-étage, les caractéristiques du nationalisme de base, à savoir le repli sur soi identitaire et la défense de richesses qu’on veut être les seuls à posséder ou ne pas partager.

Or ce régionalisme a l’assentiment de l’Europe . L’Europe, qui n’est ni une Europe des nations ni une Europe fédérale ou confédérale, promeut les régions au détriment des états centraux qu’elle estime moins pertinents et efficaces que les instances régionales.

Il y a donc en Europe un nationalisme qui n’a pas le droit de s’exprimer : celui qui veut que les nations redeviennent le plus petit dénominateur commun, et un nationalisme qui est encouragé : celui des identités régionales.

Au Parlement européen, les nationalismes sont donc doublement représentés.

Au travers du groupe parlementaire constitué par le Front National ainsi que d’autres formations nationalistes européennes (Pays-Bas, Italie, Hongrie, etc.) d’une part, mais également au sein de l’Alliance Libre Européenne (ALE) soutenue par les Verts d’autre part.

En résumé, dans la plus pure logique libérale, l’état étant considéré comme inefficace par les institutions européennes, l’Europe promeut un principe de subsidiarité en faveur des régions alors que les revendications qu’elles portent ne valent souvent pas mieux que celles des nationalistes du niveau du dessus.

Comme l’exprime très bien Paul Dirkx dans Le Monde Diplomatique :

[quote font_size=”16″ bgcolor=”#eeeeee” bcolor=”#a7ffba” arrow=”yes”]L’ALE parvient à lisser son hétérogénéité grâce à une communication aux accents toujours plus technocratiques, démocratiques et progressistes. Elle tente ainsi d’introduire dans le jargon européen des formules avantageuses (elle se bat pour des « nations sans État ») et fidèles à l’esprit européen (chaque indépendance constituerait un « élargissement intérieur »). Cette rhétorique vise à légitimer un nationalisme où l’ethnie s’efface devant une communauté historique, voire où celle-ci fait place à une société ouverte à tous les habitants installés sur son territoire, une « communauté de destin ». Un tel nationalisme « civique », qui demeure largement fondé sur les notions de territoire, de traditions et de langue, ne parvient à se réclamer pleinement des mots « république », « peuple », « démocratie », etc., que par un détournement au moins partiel des valeurs de l’État-nation à la française. Si ce n’était pas déjà une caractéristique générale de la communication européenne, le discours de l’ALE frapperait par son angélisme : « Nous nous concentrons sur l’autodétermination, parce que nous pensons que tous les peuples ont le droit de décider de leur propre avenir. Ils ont le droit de choisir démocratiquement et sans contrainte le type de gouvernement et le type de société dans lesquels ils entendent vivre. »[/quote]

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Avec cette opposition entre 2 formes de nationalismes, c’est un modèle bien étrange que l’Europe promeut.

Le souverainisme serait donc synonyme de déclinisme quand celui-ci se réfère à une identité nationale et à un pouvoir central fort.

En revanche, il serait légitime quand il repose sur une identité régionale, parce que la région serait l’objet le plus adapté pour la mise en œuvre au niveau local des décisions européennes.

Pourtant cette étrange Europe des régions contre les nations serait conforme, selon Paul Dirkx, à la volonté initiale du projet européen : faire disparaître les états, dernières barrières possibles contre le libéralisme et le commerce mondial.

[quote font_size=”16″ bgcolor=”#eeeeee” bcolor=”#a7ffba” arrow=”yes”]La mise sous tutelle progressive des Etats comporte aussi une forte dimension économique. La construction européenne a été conçue, dès le traité de Rome de 1957, dans une perspective de « suppression progressive des restrictions » au « commerce mondial » et de dislocation corrélative des structures nationales sous-tendant les systèmes économiques. Les crises qui se succèdent depuis la fin des « trente glorieuse », souvent citées comme favorisant la montée des autonomismes et étroitement liées aux politiques néolibérales, ont certes fragilisé encore un peu plus les couches populaires que délaissaient les partis politiques censés les défendre. Une partie d’entre elles s’est tournée vers des partis « populistes », catégorie fourre-tout incluant nombre de formations nationalistes. Les séparatistes ont su exploiter à des degrés divers cette dynamique continentale en vue d’élargir durablement leur électorat.[/quote]

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Avec l’aimable autorisation de Lovegiver.

Adrien Poissy

 

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Merci Adrien pour cet article.
C’est un bon article je trouve 🙂
Tu abordes un sujet sensible : le #FN, qui suscite des réactions parfois violentes.
J’ai encore reçu quelques messages disant en substance que je roulais pour ce parti honni. C’est à toi que je le dois 😉

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