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Martine #Aubry ou l’aporie du changement sans mouvement

Martine Aubry

Il y a fort longtemps, Aristote se posait déjà bien des questions auxquelles il lui était difficile de répondre, parce que celui qui les pensait se retrouvait en situation d’embarras voire pire : de contradiction.

Les Apories d’Aristote, ou comment régler une contradiction

Aporie l'oeuf ou la poule ?απορια, tel était le terme grec pour désigner l’état de contradiction, et nos philosophes ont précieusement conservé celui-ci sous la forme d’aporie.

L’une des plus célèbres apories d’Aristote concernait le mouvement et le changement. La difficulté résidait dans le fait que c’est le mouvement qu’on observe mais que c’est le changement qui compte, car il peut y avoir des mouvements sans changement.

Or, peut-on penser le mouvement sans le changement et, inversement, le changement sans mouvement ?

Les corps changent, se transforment, mais s’agit-il d’un mouvement ou bien alors le corps contient-il déjà en lui les changements qui l’affecteront ? Le bronze contient-il en lui-même les éléments qui, un jour, en feront une statut ?

L’une des conclusions d’Aristote était que la matière ne pouvait contenir la cause de son propre changement. Pour que le changement ait lieu, il faut qu’existe une cause efficiente, cause nécessairement située à l’extérieur de la matière. Le changement ne peut donc venir de l’intérieur.

L’aporie du changement sans le mouvement selon Martine Aubry

Nombreux sont ceux qui, à l’instar d’un M. Gorbatchev, pensent qu’ils peuvent changer les choses de l’intérieur. On en rêve depuis des années pour l’Europe, et Marine Le Pen elle-même se félicitait, après ses bons résultats aux européennes, d’accéder enfin au Parlement Européen d’où elle pourrait briser le rêve européen de l’intérieur.

Martine Aubry est de ceux-là. Elle pense pouvoir changer la gauche depuis l’intérieur de la gauche, elle pense pouvoir peser, être utile, non pas depuis l’extérieur, où sont restés les frondeurs, mais depuis le centre où se trouvent la majorité.

Nombreux sont ceux qui pensent que les frondeurs n’avaient aucune chance de changer quoi que ce soit sans devenir une cause efficiente située à l’extérieur du Parti Socialiste, que pour induire le changement il fallait d’abord sortir pour espérer produire un mouvement duquel serait né un changement.

Ceux-là n’ont certainement pas lu Aristote, ni même Martine Aubry, ou alors ils n’ont rien compris. Ou alors ils ont compris quelque chose de plus basique : à l’extérieur, on n’existe plus, et il n’est plus possible d’induire un mouvement quand on fait partie du néant.

Donc plutôt que de ne plus exister, ils ont décidé de ne plus rien changer : ils ont rallié la motion majoritaire de Jean-Christophe Cambadélis, à quelques exceptions près dont Martine Aubry elle-même dit qu’on peut les compter “sur les doigts d’une demi-main”.

“Reculer pour mieux sauter” nous dit Libération. Si on lit Aristote, reculer c’est ne plus bouger pour ne pas sauter.

Martine Aubry le dit elle-même :

«On n’a jamais bougé. On est toujours dans la centralité. On souhaite y rester».

Pour ceux qui espéraient quoi que ce soit de sa part, une impulsion, une force, un élan (des mouvements donc), ils en seront pour leurs frais.

«Je préfère être dedans pour me battre à l’intérieur»

C’est foutu Martine, parce qu’Aristote nous explique qu’aucun changement ne peut venir de l’intérieur, que pour que le changement ait lieu, il faut une cause efficiente externe.

Tu as monnayé ton ralliement contre une sortie honorable : une motion “co-écrite” (plutôt qu’un ralliement) avec Cambadélis, quelques gestes du gouvernement pour aller dans ton sens, “comme la création du compte personnel de formation, ou l’annonce, mercredi 8 avril, de mesures en faveur de l’investissement public et privé.” (Le Monde).

Alors que dit cette motion “co-écrite” pour laquelle le fond a primé ?

  • la mention d’un début de réforme fiscale, promise en 2012 puis abandonnée ;
  • le refus du « contrat unique » ou de l’extension des « contrats de chantier » envisagée par l’exécutif ;
  • des« contreparties » au Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) ;
  • la référence à une « nouvelle social-démocratie », son credo.

« La crise de 2008, la plus grave depuis 1929, a montré que la troisième voie n’en était pas une pour la gauche. L’avenir n’est pas le social-libéralisme. Car à la fin, il reste le libéralisme sans le social », dit le texte. Du Aubry dans le texte. (Mediapart)

Thèse, antithèse, synthèse ?

Au Parti Socialiste, tout est synthèse… Une synthèse réussie par Cambadélis par la décapitation de la fronde qui se présentait comme l’antithèse de ce que ce parti est devenu.

A quel prix ? Peut-être que le choix de l’absence de mouvement par Martine Aubry pourrait se traduire pour elle par un changement négocié, du genre positif : un ministère. Pourquoi pas celui du travail, à la place de François Rebsamen dont nous n’entendons plus trop parler, qui se fait discret depuis de longs mois. Comme un dernier baroud avant la retraite. Et puis ça aurait de la gueule de la retrouver là, elle qui avait mis en place les 35 heures (contre son gré), quel symbole !

Elle pourra alors continuer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Refus du contrat unique à ce qu’elle dit, mais quid du CDI “sécurisé” demandé par Gattaz et qu’une cause efficiente du nom de Manuel Valls a promis de finaliser d’ici l’été ?

Le véritable changement qui s’opère, Martine Aubry l’a bien senti, bien vu : à la fin, il restera le libéralisme sans le social.

Le changement ne peut plus venir que des français, restés sur le bord de la route, et de l’ensemble des peuples européens qui refusent ce mouvement à marche forcée vers moins d’état, moins de solidarité. Ce mouvement passe par une souveraineté rétablie, une souveraineté qui ne sera pas une fin en soi, mais un moyen pour se positionner à l’extérieur, faire un pas de côté, et devenir un cause efficiente du changement que nous souhaitons : moins d’égoïsme, moins d’individualisme, plus de solidarité, le sens de la vie retrouvé, une vie consacrée à soi et aux autres, une vie vécue pleinement.

 

Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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Martine #Aubry ou l'aporie du changement sans mouvement

Selon Aristote, il ne peut y avoir de changement de l'intérieur. Martine Aubry ne pourra donc être la cause efficiente d'un changement du #PS. #Aubry
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