My name is Bond. Cat Bonds.

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My name is Bond. Cat Bonds.

Cat Bond

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Cat Bond

My name is Bond. Cat Bond.

Le capitalisme financier peut parfois prendre des formes inattendues dont on peut légitimement se demander quelle nouvelles catastrophes elles nous préparent.

Lessivés par les bulles qui éclatent les unes après les autres, ruinés d’avoir trop cru aux promesses de rendements inouïs, déprimés par la crise des subprimes, les investisseurs vont pouvoir se “refaire” en pariant sur un produit tout à fait surprenant.

On pouvait déjà parier sur les résultats d’une rencontre sportive ou d’un scrutin, sur le sexe d’un enfant royal à naître. Mais saviez-vous que depuis 2009, on peut miser sur la survenance d’une catastrophe naturelle ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, il est possible sur certaines places de marché d’acquérir des obligations (en anglais : bonds) émises sur la prise en compte d’un risque probable mais non avéré d’ouragan ou encore de tsunami.

Le nom de ce produit ? Bond. Cat Bonds.

Quand la finance se branche sur la nature

Quand la finance se branche sur la nature

On pourrait juste se dire que capitalisme rime avec cynisme, avec une œillade entendue d’observateurs blasés et un sourictus (sourire-rictus) indiquant que nous n’attendons rien de bon de ce monde pourri par le fric. Telle a été ma réaction quand j’ai découvert cet article du Monde Diplomatique en rentrant du boulot hier.

Mais quand j’ai découvert que la Banque Mondiale trempait dans cette affaire, j’ai voulu comprendre.

Rappel sur le principe de l’assurance

L’assurance, c’est la socialisation du risque et donc des pertes y afférentes. C’est à ce titre que l’on est sociétaires, parce que nous mettons tous dans un pot commun pour prendre en charge les malheurs de quelques-uns.

Et quand le risque est avéré, la compagnie d’assurance paie.

Il arrive malheureusement que les risques avérés soient supérieurs à ce que la compagnie d’assurance avait anticipé. Dans ce cas, la compagnie d’assurance ne peut pas se défausser. Si les réserves qu’elle a accumulées (par exemple, des immeubles vides Boulevard Haussman à Paris) ne suffisent pas à prendre en charge les sinistres de ses sociétaires, elle fait jouer sa propre assurance. Oui, les compagnies d’assurance sont elles-mêmes assurées auprès de sociétés de ré-assurance. Qui n’a pas entendu parler de la Lloyd’s qui a fait la fortune de la City londonienne. Les deux plus grands ré-assureurs dans le monde sont Munich Re et Swiss Re. Mais quand les dégâts occasionnés par une tempête aux Etat-Unis sont estimés à plus de 70 Md$, même un ré-assureur est dépassé.

L’invention qui tue : les cat bonds.

Cat Bond

My name is Bond. Cat Bond.

Dans un contexte de sur-endettement des états et de multiplication des catastrophes naturelles liées à notre mauvaises gestion de Gaïa, une idée incroyable a germé dans les esprits tordus d’ingénieurs financiers : la création d’obligations indexées sur les risques naturels.

Les cat bonds, ou obligations catastrophes, ont leurs bourses et leurs analystes (dont des agences de météorologie) ; elles sont (mal) notées par des agences de notation comme Standard & Poors qui les trouvent bien trop risquées ; en contrepartie du risque qu’elles représentent, elles offrent des rendements incroyables entre 10 et 25% par an !

Mise en œuvre des cat bonds

Il existe à ce jour environ 200 cat bonds pariant sur la survenance de catastrophes comme la montée des eaux du Pacifique (qui engloutiront prochainement des îles-nations entières comme les Tonga, les Samoa, etc.), des inondations au Bangladesh, ou encore un tremblement de terre au Mexique.

Ce dernier a été élaboré avec le soutien de la Banque Mondiale. C’est Swiss Re qui a émis les obligations destinées à prendre en charge le coût de ce risque que le Mexique souhaite anticiper et donc assurer. Bien sûr, les conditions de paiement par Swiss Re sont drastiques. Si tremblement de terre il y a, il faudra que celui-ci soit d’une magnitude au moins égale à 7,9 sur l’échelle de Richter et que son épicentre se situe dans un certain rayon autour de la portion de territoire assurée mais pas plus. Si toutes les conditions sont réunies, Swiss Re paiera le montant contractualisé via les cat bonds. C’est simple. La socialisation du risque se fait maintenant à l’échelle mondiale au travers d’investisseurs qui diversifient leurs portefeuilles et, au passage, titrisent cette dette programmée. La titrisation, pour mémoire, c’est la dilution d’actifs toxiques dans des titres mélangeant du bon et du mauvais. C’est aussi une manipulation comptable de haut de bilan qui permet de faire passer une dette (colonne de droite) du côté des actifs (colonne de gauche). Malin, non ?

Cat Bond

Miser sur le malheur

Le hic, c’est que l’épicentre du dernier tremblement de terre qui s’est produit dans la région avec gros impacts sur les infrastructures du pays était en dehors du périmètre contractuel… Du coup, le Mexique paie les intérêts dus aux porteurs des obligations mais ne touche pas le pactole.

Selon Razmig Keucheyan, l’auteur de l’article, seuls 3 cat bonds ont donné lieu à paiement de la prime.

Les cat bonds à toutes les sauces

En réalité, les cat bonds ne sont pas le premier produit financier basé sur les risques naturels. Les droits à polluer issus des accords de Kyoto ont donné lieu à un trafic international desdits droits au travers des reventes entre états des quotas “carbone”. Comme chaque pays à un quota mais pas forcément l’outil industriel qui va avec, il peut réaliser un profit en revendant son quota à un pays pouvant l’utiliser.

Les produits dérivés sur le marché des céréales permettent également de parier sur l’arrivée à terme… ou pas d’une récolte, jouant ainsi avec les cours de produits de première nécessité qui n’ont même pas encore commencé à germer. On se souvient de la réaction de Sarkozy s’étonnant de découvrir qu’il s’échangeait chaque jour à la bourse de Chicago l’équivalant de plusieurs années de productions céréalières lors de sa visite aux Etats-Unis.

D’autres produits sont en cours de réflexion (ou peut-être est-il déjà trop tard…) comme le species swap. Le principe décrit par Razmig Keucheyan est édifiant.

Dans le cas du species swap, un état peut confier à une entreprise la prise en charge de la survie d’une espèce animale. Par exemple, si l’entreprise en question a une activité pouvant impacter négativement une espèce endémique, l’état au sein duquel cohabitent l’espèce menacée et l’entreprise peut proposer à l’entreprise un accord basé sur le principe des cat bonds : l’entreprise perçoit un revenu tant que l’espèce survit. Si l’espèce disparaît, elle doit payer à l’état le montant total des obligations. L’état sous-traite en quelque sorte la protection de l’espèce.

Que faut-il penser des cat bonds et autres produits dérivés ?

Le principe de la socialisation des risques est le principe même de l’assurance. On se trouve donc en présence d’une nouvelle forme que prend cette socialisation des pertes (à laquelle nous habitue de plus en plus le système capitaliste) du fait même des montants en jeu. Aucune compagnie d’assurance ou de ré-assurance n’est plus en mesure de prendre en charge les coûts des catastrophes naturelles ou techniques (comme une révolution ou une guerre). D’abord parce que celles-ci se multiplient, ce qui devraient dans un premier temps surenchérir les primes d’assurance, mais également parce que ces catastrophes touchent à présent de plus en plus souvent des pays très développés. Un ouragan en Afrique soulève du sable, le même aux Etats-Unis défonce des centaines de kilomètres d’autoroute, des industries, des infrastructures électriques ou réseau à fortes valeurs. Le prix d’une vie humaine dépend aussi du pays, il y a des abaques pour ça…

Mais le principe de la mise en commun des moyens était à la base celui des états… Il valait mieux une armée pour un pays, au service d’une population, qu’un garde privé pour chaque foyer.

Que les individus assurent leurs biens, que les états assurent les biens publics, cela a du sens. Cela permet de “lisser la vie” en amortissant les accidents qui peuvent survenir. Quand des entités privées se substituent aux pouvoirs publics, c’est un bouleversement qu’il s’agit de valider démocratiquement. Confier la cantine ou le transport scolaire à une entreprise afin de rationaliser les moyens n’a pas la même portée que de déléguer par exemple une mission de sécurisation du territoire sans autre mécanisme de contrôle que celui du marché.

L’état est l’entité à laquelle les individus confient plus que la somme de leurs volontés individuelles. Il prend en charge des chantiers décidés en commun, construit le cadre de vie de tout-un-chacun, met à disposition des lieux dédiés à l’enseignement, à la santé, donne accès à ces ressources à tous en fonction des critères de revenus, oriente la recherche et les investissements. Il est aussi garant des conditions du “vivre ensemble” : sécurité, police, armée, protection de l’environnement, maintien des institutions, services publics, etc.  La liste de ce qu’un état fait qui reste inaccessible à tout individu isolé est longue.

Personne n’est en mesure de prendre à sa charge personnelle la protection de l’environnement ou encore des frontières. Personne n’a la légitimité pour définir unilatéralement la forme que peut prendre le couple ni la quote-part de son revenu qu’il reverse sous forme d’impôt. Personne n’a la légitimité pour voter une loi qu’il imposera ensuite à ses semblables. Toutes ces fonctions et beaucoup d’autres encore ne peuvent être prises en charge que par une entité “supra” qui ne doit sa légitimité et son indépendance qu’au fait que les individus se sont volontairement aliéné une partie de leur liberté individuelle (finalement, pour qu’un état soit moralement légitime, il faut que les individus qui le composent soient libres et le restent et puissent demander des comptes).

Avec le mode de fonctionnement qu’introduisent les droits à polluer, les cat bonds, les species swap et d’autres gourmandises du même acabit, l’état laisse à des entités privées le soin de décider de ce qui a de la valeur, de ce qui vaut le coup d’être sauvé ou pas.

  • Et si finalement l’entreprise avait un intérêt immédiat à laisser disparaître une espèce animale ou végétale pour accroître sa rentabilité ?
  • Et si une armée privée avait un intérêt immédiat à s’emparer de certaines ressources minières ?
  • Et si aucun investisseur ne souhaitait sauver Venise des flots parce qu’il y a plus rentable ?

La vie, la beauté, l’art, un territoire, une ressource vitale : tout a-t-il vocation à être valorisé par le marché ou à disparaître ? Est-ce que justement l’état n’est pas le dernier rempart pour défendre, promouvoir, prolonger ce que le marché ne saura jamais valoriser, y compris les conditions de production qui sont la condition sine qua non du marché ?

Quand une décision sera prise par un acteur privé au bout d’un processus de décision guidé par des mécanismes de marché, à qui les citoyens demanderont-ils des comptes ?

Les états sur-endettés -ou pauvres tout simplement- auront-ils intérêt sur le moyen ou le long terme à substituer la nécessaire prise en charge par des fonds publics (levés par l’impôts ou empruntés) de catastrophes naturelles par des abonnements sous forme de charges financières à des taux usuraires ?

A bon entendeur.

Lovegiver.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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Les Cat Bonds sont l'un des avatars du capitalisme financier. Au-delà de leur rôle d'assurance ils posent la question du contrôle démocratique sur le marché
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