Noël, la fête des marchands

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Noël, la fête des marchands

Noël, ce remake des marchands du Temple

D’ici quelques jours, nombre de français, de toutes confessions, fêteront Noël. Chacun à leur façon. Certains mangeront la traditionnelle dinde aux marrons, d’autres des dattes Deglet Nour, chacun habillera cette fête en fonction de ses propres traditions.

Le caractère chrétien de la fête de Noël, s’il reste très présent, n’est plus une condition sine qua non de sa célébration. Juifs, musulmans mais aussi athées profitent également de cet événement pour se réunir autour d’un bon repas et s’offrir des cadeaux.

Cette sécularisation de Noël, c’est à dire son adoption et sa pratique au-delà des différences culturelles et religieuses, sont à la fois le signe que l’intégration est une réalité et que celle-ci est rendue possible par la capacité à consommer de chacun.

Père Noël Coca Cola

Père Noël Coca Cola

Depuis que le monde marchand s’est accaparé Noël, faisant de celui-ci une fête avant tout commerciale (le costume rouge du Père Noël, nous le devons à Coca Cola), sa célébration s’est étendue à toutes les communautés constitutives de la nation.

Ce détournement, à des fins commerciales, de la fête de Noël a contribué à rapprocher les communautés et, dans le même temps, à la désacraliser pour en faire quelque chose à l’image du libéralisme mondialisé et sans aucune limite qui domine notre époque : ni frontière, ni morale. On pourrait parler d’une entreprise de “décontextualisation” à l’échelle mondiale. Ce constat, on peut également le faire pour la Toussaint qui, en “devenant” Halloween, permet à des enfants de différents continents de partager des “traditions” devenues communes.

Noël et la Toussaint (ou d’autres “fêtes” créées de toute pièce comme la fête des pères ou la fêtes des mères), sont devenues avant tout des affaires de gros sous. C’est les marchands du Temple, ce passage célébrissime du Nouveau Testament, où le culte est vidé de son sens sacré pour devenir avant tout une affaire d’argent. C’est LA raison pour laquelle Jésus, dont on s’apprête à fêter la naissance, sera mis à mort par l’autorité religieuse, principale bénéficiaire des offrandes des fidèles.

Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir les médias qui, faisant référence à des études, des sondages ou des communications gouvernementales, commentent les niveaux attendus de dépenses ou les “coups de pouce” à la croissance nationale que tel ou tel millésime aura permis ou pas.

Nous savons par exemple que, pour l’édition 2015 de Noël, chaque français dépensera en moyenne 254 euros selon un sondage TNS Sofres. De même, selon une étude de l’INSEE, Noël représente 2,5% des dépenses annuelles des ménages .

Dans le même ordre d’idée, le rachat par Burger King de la chaîne de restauration rapide Quick sera l’occasion pour les nouveaux propriétaires de proposer au marché français une gamme de burgers hallal. L’Islam de France est aussi devenue une cible marketing. Mais tant mieux, finalement, puisqu’il existe un besoin, une demande encore insuffisamment satisfaite qui exclue certaines populations de l’offre globale de restauration.

Nous noterons en passant que les débats sécuritaires et identitaires provoqués par les attentats en France ont eu pour conséquence un phénomène exactement inverse consistant, au nom de la laïcité, à supprimer dans certains établissements scolaires l’offre de repas de substitution. Alors que la laïcité devrait être exactement le contraire, la crispation identitaire en France tend à faire d’elle une nouvelle forme de sacralité, presque une religion. Et le pire reste à venir à présent que le Front National a massivement investi les conseils régionaux.

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“Je me bats, donc j’existe.”

Nous vivons une époque dans laquelle la désacralisation de pans entiers de nos sociétés (la religion, la politique, etc.) se traduit par une perte de sens et de valeurs qui ne sont pas entièrement remplacés par les ersatz que la société de consommation veut bien nous vendre.

Les individus ont besoin de croire, besoin d’espérer, et ce besoin ne peut être comblé par l’acte compulsif d’achat et de consommation. Inassouvi, il peut devenir l’espace vide dans lequel s’insinue la radicalité, quelque forme que celle-ci prenne. Extrémisme politique, terrorisme, “zadisme”, mysticisme sont autant de façons possibles d’affirmer des valeurs qui sont elles-mêmes autant de façons pour les individus d’affirmer qu’ils existent.

Le libéralisme mondialisé, qui prône la concurrence généralisée comme seul facteur de progrès (parce qu’elle fait baisser les prix), a donc contribué à produire une société mondiale désacralisée, sans repères et sans valeurs, marquée par un individualisme qui veut affirmer des valeurs radicales dorénavant seules porteuses de sens. Chacun veut y faire triompher ses valeurs contre celles d’autrui.

Difficile dans ces conditions de “faire société” puisque chaque forme de radicalité désigne son bouc-émissaire.

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La guerre des i-clônes

Mère Térésa

Mère Térésa, bientôt élevée au rang de sainte du Panthéon catholique

Est-ce pour toutes ces raisons que le Vatican vient de reconnaître, en s’appuyant sur des avis d’experts, un second miracle à mettre au crédit de Mère Térésa ?

Les icônes permettent de donner corps à des croyances. Créer une nouvelle icône, c’est raviver la flamme, le sentiment intime d’appartenance à quelque chose qui nous dépasse, nous transcende.

Mère Térésa était déjà une “bienheureuse” parmi les chrétiens. Pour en faire une sainte, il fallait être en mesure de la créditer de 2 miracles. Pour cela, le Vatican n’a pas hésité à tordre un peu l’histoire et le sens du temps en lui attribuant les mérites de 2 guérisons miraculeuses intervenues après son propre décès. La première est celle d’une femme supposément atteinte d’une tumeur abdominale et de mal-nutrition, guérie au contact d’un médaillon que Mère Térésa aurait porté. La seconde est celle d’un homme, condamné à mourir d’un cancer du cerveau mais dont les tumeurs ont miraculeusement disparu grâce à une prière adressée à Mère Térésa.

Pour valider ces guérisons, les experts devaient répondre à la question suivante : “Les progrès de la médecine peuvent-ils expliquer la guérison de ces personnes ?

Pour que l’Église catholique reste légitime aux yeux de ses fidèles, la machine à produire des saints et des miracles ne peut s’arrêter. Elle doit, à intervalles plus ou moins réguliers, produire des icônes (des mensonges) qui entretiendront la foi des fidèles. Il y a eu le pape Jean-Paul II pour commencer ce nouveau siècle (un peu comme les journalistes conseillent dans leurs chroniques les ouvrages de leurs confrères), puis en octobre 2015 les parents de Sainte Thérèse de Lisieux. Un jour peut-être, le simple fait d’avoir serré la main d’un saint ou d’une sainte sera-t-il suffisant pour être canonisé.

On procède exactement de la même façon en politique. Récemment, François Hollande a voulu nous faire avaler une couleuvre qui avait tout du miracle : le chômage avait reculé en France !

Mais la manipulation grossière qui avait consisté à grossir le nombre des demandeurs d’emplois en formation pour les “sortir” de la catégorie A (chercheurs d’emploi à plein temps) a vite été repérée.

Lui aussi a besoin de fidèles et de croyants pour justifier sa présence en 2017. Pour y parvenir, il dispose d’outils quelque peu différents de ceux du Vatican : la croissance, le taux de chômage, etc. Mais l’esprit reste le même : s’il n’est plus capable de produire des icônes, de faire la preuve de miracles, le pouvoir ne dispose plus de la légitimité qui fait que ses sympathisants l’écoutent et le suivent.

Si la conséquence de cette désaffection consistait uniquement en la disparition de ce pouvoir, on pourrait parler d’un certain darwinisme social. Mais cela va bien plus loin en réalité, puisque cette perte de légitimité du pouvoir s’accompagne également d’un délitement du corps social dans son ensemble qu’aucun projet commun, aucune croyance partagée ne réunit plus.

Si la religion consiste avant tout à créer du lien entre ses membres (religare, relier), à définir les contours d’une communauté de croyances et de valeurs, alors cette forme moderne de religion qu’est la politique est soumise aux mêmes lois. Des résultats concrets, venant récompenser les espoirs placés par la communauté des croyants, doivent être produits. Échouer à produire ces résultats n’a pas comme seule conséquence pour le pouvoir d’être relégué aux oubliettes de l’Histoire, mais de détruire purement et simplement le lien social qui est l’essence de la communauté, parce que l’incapacité à faire la preuve de son utilité lui ôte toute légitimité.

C’est ce “moment” social historique que nous vivons, celui d’un pouvoir à la légitimité de plus en plus faible mais qui, comme au temps de l’inquisition, veut nous imposer ses dogmes et ses icônes, souvent par la violence.

Or ce pouvoir, parce qu’il a cru à l’omnipotence du libéralisme et de ses dogmes, s’est amputé lui-même de sa capacité à agir, donc à produire du résultat de façon autonome. Pris entre le marteau d’un libéralisme mondialisé (donc inatteignable pour un pouvoir ancré dans un territoire) et l’enclume d’une population en déshérence idéologique, il en est réduit désormais à attendre du marché qu’il fasse des miracles.

Pour ne pas être entraînées dans sa chute, les populations doivent, comme elles l’ont toujours fait, penser de façon autonome une nouvelle façon de faire société rompant avec les dogmes habituels.

C’est le pari que vient de réussir Podemos en Espagne. Laisserons-nous à son antithèse française, je veux parler du Front National, le soin de penser la société française de demain ?

Très bon Noël à toutes et tous.

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Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.
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