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Pour une Nouvelle Donne

Franklin Delano Roosevelt

Franklin Delano Roosevelt

Taux d’abstention record. Montée des extrêmes. Renvoi dos à dos des partis de gouvernement traditionnels dont la crédibilité est en défaut auprès des électeurs. Électeurs déçus, dont certains font encore l’effort de se rendre aux urnes afin d’accomplir ce qu’ils considèrent comme un devoir civique bien qu’ils ont conscience que l’intérêt que leur portent le personnel politique n’est que de circonstances et s’estompera une fois le scrutin passé.

Sentiment d’une citoyenneté au rabais quand les promesses faites ne sont jamais – ou rarement – suivies d’effets, quand il est nécessaire de descendre dans la rue pour faire valoir des revendications que le Parlement ne relaie plus. Sentiment de trahison, également, quand le parti au pouvoir met en oeuvre des politiques que l’opposition ne pourrait renier, voire qu’elle n’aurait elle-même pas pu mettre en oeuvre sans s’exposer à la vindicte populaire. Sentiment de révolte, enfin, quand l’architecte de cette politique se défend de faire la seule bonne politique possible alors que le chômage s’accroît sans cesse et que les exclusions se multiplient.

Cette description vous parle, vous rappelle quelque chose que vous êtes en train de vivre ?

Vous donne-t-elle, comme c’est mon cas, la nausée qui accompagne souvent le sentiment d’une perte irréversible, d’un impossible retour en arrière, comme une sorte de condamnation à un enfer tout droit sortie d’un roman de Kafka ?

Une citoyenneté au rabais

Une citoyenneté au rabais, Le Monde Diplomatique, mars 1992

Las ! Ces faits que je vous livre sont extraits d’un article que Claude Julien, ancien directeur du monde Diplomatique, a écrit en mars 1992 et dont le titre, “Vraie détresse, faux prophètes, Une citoyenneté au rabais” reste, comme son contenu, tellement actuel.

A cette époque, lit-on dans cet article que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, les banques affichaient des excédents bruts allant de 24 à 43% ; les rendements boursiers dépassaient les 7,5% par an alors que les revenus des salariés n’augmentaient sur la même période que de 0,9%.

A cette époque déjà, 57% des français se défiaient des médias du fait de leur manque d’indépendance vis à vis des pouvoirs politiques et des grands groupes industriels. De même, le chômage était envisagé par nos dirigeants comme une fatalité alors que la robotisation, au nom d’une certaine modernité, sabrait les forces vives sans espoir de rémission.

En 1960, nous rappelle Claude Julien, un patron américain gagnait 12 fois plus qu’un ouvrier moyen. Au moment où il écrivait son article, ce rapport était passé de 12 à 93.

En ce temps-là, Edith Cresson, notre Tina nationale, affirmait « que le ministre de l’économie et des finances mettait en oeuvre la seule politique concevable » car, indique C. Julien, « tel est le dogme, par leur épargne, par leurs investissements, par leur consommation même, [les privilégiés] stimulent l’économie et contribuent ainsi au bonheur de ceux qui n’ont pas eu la même vertu ou la même chance ».

Et en effet, comme le libéralisme sortait grand vainqueur de la lutte idéologique que s’étaient livrée l’Amérique et le bloc soviétique pour la suprématie mondiale, comme le Bien avait triomphé du Mal en foulant au pied « l’appropriation collective des moyens de production », il n’était pas question de penser à une « définition collective » des grands objectifs assignés aux « moyens de production ».

Comme nous aujourd’hui, C. Julien pose la question de savoir ce que ” vaut une citoyenneté ainsi dépouillée de toute capacité d’influencer le cours de l’économie “. Et d’ajouter :

« [Le citoyen] est libre de se déplacer à sa guise. Libre aussi, sans la moindre entrave, de constituer des associations pour défendre ses idées, et même pour voler au secours des victimes d’une politique économique sur laquelle il n’a jamais été consulté. Mais son avis et celui de ses élus ne pèsent d’aucun poids lorsqu’il s’agit de définir le marché unique européen, d’aménager les droits de succession au profit de ceux qui ont un héritage substantiel à transmettre, d’accorder des stimulants fiscaux à telle ou telle catégorie, de moduler, en quelque manière que ce soit, l’allocation des ressources de la nation ».

« Et c’est ainsi que, selon la formule qui fait florès, des « citoyens à part entière » deviennent des « citoyens entièrement à part ». Beau triomphe de cette nouvelle cléricature des « experts », qui respecte la citoyenneté mais uniquement jusqu’au seuil du champ économique, l’ampute ainsi d’une prérogative essentielle, transforme les déçus en abstentionnistes et sonne lentement le glas de la démocratie. Pourtant, c’est cette citoyenneté au rabais que, par crainte de fournir un argument à l’extrême droite, on refuse aux travailleurs immigrés…».

Il faut croire que l’extrême droite dont il est question a réussi à faire sans cet argument puisque la voilà à présent aux portes de nos villes et en bonne position à la veille d’élections européennes.

Déjà, dans les années 1880, Jean Jaurès, alors tout jeune député, mettait la justice sociale au premier plan et déclarait que, si celle-ci n’était pas prise en charge, alors la République courait à sa perte. Il attendait des entreprises d’alors qu’elles prennent en charge une partie de la protection sociale des salariés (les mineurs) et notamment les retraites. Il s’étonnait que les citoyens, socle de la toute jeune République car détenteurs du pouvoir de nommer leurs représentants et donc de choisir leur avenir, perdent tout statut une fois le seuil de l’entreprise franchie.

Jean Jaurès

Jean Jaurès

« A mesure que les salariés auront leur part effective de la souveraineté politique, la contradiction effrayante de notre ordre politique et de notre ordre social apparaîtra. Comme citoyens, les salariés sont une part du souverain, comme salariés ils n’ont aucune part dans la conduite des entreprises, dans la gestion des intérêts. D’un côté ils ont le pouvoir, de l’autre ils sont à l’état de subordination et de tutelle. Tant que la puissance politique des salariés n’a été que théorique et nominale, tant qu’ils ont été exclusivement représentés par ceux-là même qui les emploient, tant que les dirigeants de l’ordre économique ont été aussi les dirigeants de l’ordre politique, la contradiction n’a pas apparu. Mais maintenant, elle éclate.» (Jean Jaurès).

50 ans plus tard, aux Etats-Unis, 6 mois après le krach boursier de 1930, le Secrétaire du Trésor de Herbert Hoover, « le millionnaire Andrew W. Mellon (banque, mines de charbon et de fer, trusts de l’aluminium et du pétrole…) ne s’inquiétait pas d’une dégradation pourtant très visible. Il avait une solution : si les choses tournent mal, disait-il, « le peuple travaillera plus dur, mènera une vie plus morale » ».

En 1933, Hitler prenait le pouvoir en Allemagne et, 6 ans plus tard, le monde basculait dans la barbarie.

C’est sur ces mots que Claude Julien concluait ce génial article :

Franklin Delano Roosevelt

Franklin Delano Roosevelt

« S’adressant aux « citoyennes et citoyens » qui « veulent demeurer libres » , un homme les invitait, voilà soixante ans, à lutter contre le« nouveau despotisme » , contre la « dictature industrielle » , contre les « rois de l’économie ». Il les poussait à revendiquer « équitablement leur part dans la distribution des richesses nationales ». Quels responsables politiques osent aujourd’hui tenir un tel langage ? Ils attribueraient volontiers à un anarchiste ces propos par lesquels, lançant le New Deal, Franklin D. Roosevelt (21) s’efforçait de rendre espoir à un peuple désemparé. »

Nouvelle Donne

Nouvelle Donne

Cet espoir est désormais incarné par le mouvement “Nouvelle Donne”  (cf. notre précédent article relatif au programme de cette nouvelle formation politique) co-fondé par l’économiste Pierre Larrouturou, Stéphane Hessel et, entre autre, Michel Rocard.

Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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