Sans objectifs politiques, les #NuitsDebout n’aboutiront pas

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Sans objectifs politiques, les #NuitsDebout n’aboutiront pas

Après 17 #NuitsDebout, on peine à distinguer nettement le ou les objectifs politiques que se sont fixés les centaines de milliers de français qui se sont engagés contre la politique libérale et néo-conservatrice du gouvernement dirigé par Manuel Valls.


Entrer dans la politique, c’est participer à des conflits dont l’enjeu est la puissance, puissance d’influer sur l’État et, par là même, sur la collectivité. Du même coup, on s’oblige à se soumettre aux lois de l’action, fusse-t-elle contraire à nos préférences intimes et aux dix commandements. On conclut un pacte avec les puissances infernales, on se condamne soi-même à la logique de l’efficacité.

Raymond Aron

L es #NuitsDebout, comme de nombreux évènements espérés tout autant qu’inattendus, résultent de la conjonction de plusieurs facteurs. On peut en citer rapidement 3 :

  • La loi “El Khomri” évidemment, dite #LoiTravail, qui, pour faire simple, déconstruit le droit du travail français au profit des entreprises, donnant à ces dernières, à ceux qui les possèdent, ou encore à ceux qui les représentent, des moyens quasiment illimités pour maximiser le rendement du capital. Cette maximisation du rendement du capital est bien éloignée des créations d’emplois que nos politiques veulent nous vendre.
  • La mobilisation, initialement partie des réseaux sociaux, autour du leitmotiv #OnVautMieuxQueCa, où chacun a pu partager son vécu professionnel, comme une réponse à ce que préparent la #LoiTravail et le détricotage du droit du travail.
  • Le succès du film “Merci patron” qui, une fois de plus dans l’Histoire, montre qu’il est toujours possible de vaincre les forts et les puissants, que rien n’est jamais perdu pour ceux qui n’ont déjà plus rien ou plus grand chose à perdre. C’est David contre le Goliath LVMH.

David, vainqueur de Goliath (Caravaggio)

David, vainqueur de Goliath
(Caravaggio)


Ces 3 “déclencheurs” cristallisent en fait une longue succession de frustrations, de déceptions, de sentiments de trahison et d’abandon qui ont jalonné le mandat présidentiel de François Hollande, mais, rendons-lui au moins cette justice, pas seulement le sien.

Nicolas Sarkozy, avant lui, avait baptisé sa propre législature au champagne du Fouquet’s comme on baptise un yacht appartenant à Bolloré. Dans la foulée, il avait augmenté de façon indécente son “salaire” de président et effacé d’un trait de plume la taxe professionnelle, taxe que l’on peut résumer comme les charges salariales sur les machines qui remplacent les hommes. Le sens de l’histoire en somme…

Depuis sa retraite, Jacques Chirac feignait Alzheimer pour ne pas répondre des accusations qui pesaient sur sa propre personne (emplois fictifs de la mairie de Paris, compte bancaire japonais). On lui doit notamment les CPE et CNE, mesures qui faisaient déjà des français de la main d’œuvre taillable et corvéable à merci.

François Mitterrand avait eu le bon goût de mourir après avoir trahi une première fois la gauche.

Georges Pompidou avait acté, avec la banque Rothschild, les emprunts d’État auprès des banques privées et non plus auprès de la Banque de France. Faut-il rappeler que c’est cette mesure qui a dramatiquement renversé les rôles, faisant de l’État l’obligé des banques et de celles-ci les détentrices du vrai pouvoir, réalité découverte par François Mitterrand lors de son accession à l’Élysée en 1981, comme le confiait Danielle Mitterrand à la presse quelques années plus tard.

Charles De Gaulle, quant à lui, s’était taillé une constitution lui assurant les pleins pouvoirs, certes en réponse à l’instabilité chronique de la IVème République, mais au dépens de la représentation parlementaire…

Nous laissons aux volontaires le soin de compléter cette liste (commentaires ou forum).

 

On pourrait citer pendant des heures des décennies d’incurie présidentielle au service des puissants et de la finance, incurie à laquelle il faut ajouter les effets néfastes d’une politique européenne qui s’impose aux peuples dans un grand déni démocratique depuis bientôt 60 ans.

Aussi, en ce 48 mars 2016, après 17 #NuitsDebout qui auront réuni des centaines de milliers de français un peu partout, on peut se poser la question légitime de savoir “à quoi sert ce mouvement”.

Entendons-nous bien : il n’est pas question de douter de la justification de cette mobilisation, mais de déterminer quelles sont (ou seront) les critères de sa réussite, donc de son utilité.
Car le rejet de la #LoiTravail, s’il est nécessaire, n’est pas suffisant. Se contenter d’un tel objectif serait minable au regard des espoirs importants suscités par tant d’entrain, et nous n’avons qu’effleuré la liste interminable des doléances dont chacune justifierait semblable mobilisation.

Or le temps joue contre les #NuitsDebout, et le gouvernement le sait qui joue la montre et la division.

Manuel Valls a bien essayé de promettre 500 millions d’euros à la jeunesse que celle-ci a intelligemment refusés (500 millions d’euros pour toute une génération contre 40 milliards pour une classe de possédants et quelques oligarques, n’y a-t-il pas de quoi pleurer ?).

Le temps joue contre nous parce qu’à un moment donné, par lassitude, avec les vacances scolaires qui approchent à grands pas, avec l’Euro de football qui va “justifier”, au nom de l’état d’urgence, le vidage violent des lieux de réunions, celles et ceux qui ont investis les places vont les quitter faute de victoires concrètes.

Il reste donc 2 mois, au mieux, pour engranger des succès sans lesquels cette mobilisation court à sa perte, à l’instar du mouvement #OccupyWallStreet.

Nous avons 2 alternatives entre lesquelles nous devons impérativement choisir, les mêmes qui s’offrent aux adolescents en pleine rébellion face à l’autorité parentale après plusieurs jours de crise.

#NuitsDebout_RepubliqueLa première consisterait à rentrer dans le rang, à revenir à la raison, reconnaître qu’on est allé trop loin. Ce serait donner raison à toutes celles et ceux qui, du PS au FN en passant par l’UMP, condamnent ce mouvement, se servant pour cela de chaque débordement (la casse ou le “dégage” à Finkielkraut sont des débordements). Ils le condamnent parce qu’ils en seraient les premiers perdants, notre détermination mettant un point d’arrêt fatal à leurs “carrières” politiques.

Mais revenir à la raison, c’est accepter par avance le “panpan-cucul” parental, la réponse sévère et intraitable qui réaffirme la suprématie bafouée et mise à mal. C’est aussi, plus profondément, une blessure intérieure pour l’adulte en construction, une cicatrice qui lui rappellera qu’un jour il a essayé les #NuitsDebout mais qu’il s’est finalement couché.

La seconde, au contraire, serait de transformer l’essai et de montrer à ces parents dépassés que nous avons du répondant et la tête sur les épaules. Le “pragmatisme” qu’ils invoquent est simplement la preuve qu’ils ont fini par accepter l’inacceptable, et ce monde qu’il nous proposent n’est que le reflet de leur propre échec à le changer en profondeur (du moins pour ceux qui se prétendent de gauche, puisqu’à droite on ne trouve que des “conservateurs”). Ce choix implique en revanche de s’autonomiser, de dire adieu au confort du foyer parental et des pieds sous la table. Peut-être même nous faudra-t-il le quitter et construire le nôtre, couper le cordon, faire notre œdipe politique.

 

RASSEMBLEMENT #NuitsDebout PLACE DE LA REPUBLIQUEConstruire ce nouveau foyer n’est pas impossible, et il y a fort à parier que cette VIème République en gestation est prête à naître. Car seul un processus constituant pourrait véritablement marquer une rupture avec le monde d’avant, celui qu’incarnent les Pierre Gattaz, les LVMH, les Martin Bouygues ou encore les partis de gouvernement, communauté restreinte de professionnels de la politique à laquelle le FN souhaiterait adhérer.

Ce “nouveau monde”, qui n’est pas un rivage inaccessible, pourrait ressembler à celui que nous appelons de nos vœux depuis longtemps dans ce blog, un monde dans lequel l’entreprise ne serait plus le problème mais la solution.

Loin du modèle soviétique qui avait, dans les faits, confié la propriété des biens de production à l’État au prétexte de les socialiser, nous proposons que l’entreprise ne soit plus un lieu de subordination des salariés à celui ou ceux qui la possèdent, mais un projet partagé dans lequel tout le monde aura voix au chapitre, parce que les compétences des uns et des autres méritent au moins autant d’être reconnues  que le seul fait d’être apporteur de capital. Or le modèle dans lequel nous vivons ne récompense que ce dernier et donne la primauté à celui qui possède déjà quelque chose en organisant le droit de telle sorte que ce que créent ou inventent les salariés dans le cadre d’une entreprise devienne la propriété indiscutable de ses actionnaires.

J’ai travaillé pendant plus d’une décennie dans l’industrie des télécoms, une industrie qui nécessite d’importants investissements en capital : centres de calculs, infrastructures réseau, etc. Les investissements nécessaires au développement de l’outil de production et à son maintien en condition opérationnelle représentaient chaque année plus de 500 millions d’euros. Qui, à part un milliardaire-né, serait en mesure de réaliser de telles dépenses ? Mais, d’un autre côté, que vaudraient les investissements de ce milliardaire sans nos compétences informatiques ou réseaux ? Ces compétences nous les avons acquises par notre travail personnel, grâce à notre intelligence, dans le cadre d’institutions scolaires et universitaires qu’ils ne financent plus parce qu’ils font de l’optimisation fiscale.

 

Le problème de fond, c’est celui du partage de la valeur créée.

 

A l’heure ou François Hollande, Manuel Valls, Myriam El Khomri et toute cette clique voudraient nous essorer plus encore au bénéfice exclusif de ceux qui ont déjà tout, la France a compté, en 2015, 518 millionnaires supplémentaires. N’est-ce pas le signe qu’il y a un problème de partage des richesses ?

Nous ne faisons pas la manche, nous souhaitons simplement obtenir ce qui nous revient de droit, et peut-être devrons-nous aller le chercher avec les dents. Car comme Raymond Aron le disait dans sa préface du Savant et le Politique (Max Weber), le combat politique nous condamne parfois à l’efficacité.

Les #NuitsDebout, les coups de menton de Manuel Valls, les charges de CRS ne sont que des contractions, des signes parfois douloureux qui indiquent que le travail a déjà commencé.

Alors dans un dernier effort collectif, nous allons devoir pousser, tous ensemble et dans la même direction, pour que cette belle promesse qui a commencé un soir de mars 2016 n’accouche pas d’un enfant mort-né.


Poussez.

Respirez.

Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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