Réduction de la dette, croissance : on n’a pas essayé le Vaudou !

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Réduction de la dette, croissance : on n’a pas essayé le Vaudou !

Dans un précédent article, nous étions revenus sur le contexte et les raisons ayant présidé à la naissance de l’état providence. Nous avions à cette occasion découvert que, si la construction progressive de l’état social dans le temps était, le plus souvent, le résultat de luttes sociales, sa création en revanche répondait à des impératifs politiques (freiner le développement du communisme) mais avant tout “libéraux”. Ce que d’aucuns nommèrent le compromis fordiste était l’amorçage du système économique actuel dans lequel les entreprises rémunèrent correctement leurs salariés de sorte que ceux-ci consomment. Pour les individus situés en dehors de ce système, temporairement ou non, l’état prend la relève.

L’état providence est un outils d’inspiration libérale créé par des capitalistes et reposant sur le premier compromis historique de partage des richesses créées.

poupee-vaudou SarkozyDepuis des décennies, l’état providence n’est plus financé sauf par la dette. Nous continuons donc de vivre à crédit, crédit dont nos enfants et petits-enfants après eux paieront la facture.

Cette situation est la conséquence de dérives successives et conjuguées auxquelles nous avons apporté de mauvaises réponses, de mauvaises solutions.

La première mauvaise solution, à laquelle certains illuminés croient encore, dont beaucoup d’économistes, consiste à invoquer la croissance. Est-il utile de préciser qu’à cette fin tout a été essayé sauf, peut-être, le vaudou. Pourquoi la croissance ? Parce que la croissance offre cet incroyable avantage qu’elle permet de conserver un niveau de vie égal et de rembourser la dette en même temps de façon indolore.

Quand nous percevons notre salaire et que celui-ci nous permet de vivre sans folie et de rembourser nos crédits, c’est bien. Une petite augmentation de notre revenu, salaire, pension, allocation – rente ! – permet de continuer à rembourser nos crédits au même rythme et de s’accorder quelques petits extra, ce qui est plus agréable à vivre. Il est également possible de continuer à vivre correctement sans plus tout en remboursant notre dette plus rapidement. A chacun de voir.

Au niveau macro-économique, ce qui est vrai au niveau des agents dans l’exemple ci-dessus, reste vrai. L’augmentation du revenu, la croissance, c’est le beurre dans les épinards.

europe-croissance

Pourquoi la croissance est-elle une mauvaise réponse : parce qu’elle est écologiquement intenable. Pomper sur la nature ne fait que reculer l’échéance à laquelle la vraie problématique devra être abordée : le partage des richesses créées. Car l’essentiel problème est là. Au cours des 10 dernières années, l’équivalent de 150% du PIB mondial est passé des salaires aux actionnaires. Cela signifie que, chaque année depuis 10 ans, les 1% les plus riches de la population mondiale se sont accaparés 15% supplémentaires de revenus aux dépens des salariés (chômage, modération salariale).

La prochaine grande échéance sociale consistera à faire exactement la même chose, mais dans l’autre sens et beaucoup plus fort.

La seconde mauvaise solution qui est appliquée consiste à pratiquer une excessive austérité. Cette austérité est supportée par les peuples (les riches, eux, prennent 15% par an comme vu ci-dessus). Comme la croissance n’est pas au rendez-vous, comme la dette s’accroît (de plus en plus de chômeurs, des revenus de plus en plus faibles, ont pour conséquences des rentrées fiscales moindres), les gouvernants taillent à présent dans les dépenses sociales. Non pas qu’il gèlent les dépenses, ils les diminuent. Frais de santé déremboursés, retraites diminuées, nous sommes dans ce que Pascal Hérard nomme une politique de “désinvestissement public.

Or, en distribuant moins de liquidités, l’état grippe encore plus le modèle économique né du compromis fordiste. Comme les individus ont moins d’argent, ils consomment moins, ce qui a pour conséquence non seulement de diminuer les rentrées fiscales mais également de mettre les entreprises en situation de sur-capacité productive. Les salariés inutiles sont licenciés et viennent grossir les rangs des chômeurs qui coûtent beaucoup à la collectivité alors qu’ils rapportent peu.

Ce que nous décrivons ci-dessus est un cercle vicieux, la seconde mauvaise solution (l’austérité) venant renforcer les effets néfastes de la première mauvaises solution (la recherche de croissance qui se traduit par son absence).

Mais ce n’est pas tout. En effet, à cette conjugaison de mauvaises solutions vient se greffer l’effet “emplois aidés”.

L’état investit massivement dans les emplois aidés.  François Rebsamen annonçait le 04/06/2014 la création de 45.000 emplois d’avenir pour 500 millions d’euros (pour mémoire, 550 millions d’euros d’aides avaient été supprimés en 2013 à destination des entreprises embauchant des jeunes en apprentissage).

La question que l’on peut se poser, comme le fait Henri Sterdyniak, Directeur du Département économie de la mondialisation à l’Observatoire français de la conjoncture économique (OFCE), c’est la portée réelle de telles mesures.

En ce qui concerne l’austérité, H. Sterdyniak est plutôt sceptique :

Il y a un risque important, lorsque l’on fait des réductions de dépenses publiques, que cela porte sur l’investissement public comme avec les collectivités locales en ce moment. Des efforts nécessaires dans l’éducation, dans l’enseignement supérieur ne seront pas faits et cela mène à une situation déprimée où les entreprises ne vont pas être très incitées à investir. Dans ce cas là, l’investissement public, comme privé est très réduit, avec toutes les conséquences que cela peut avoir…

Pour les politiques d’emplois aidés, H. Sterdyniak va même plus loin en posant la question des impacts macro-économiques que cela ne manquera pas d’engendrer :

À propos du CICE
Le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi devait s’inscrire dans un pacte productif visant à redonner de l’élan à l’industrie française. Malheureusement, sa mise en place est restée dans le cadre de la stratégie préconisée […] par les services du ministère de l’Economie : favoriser l’emploi par la baisse du coût du travail  des salariés à bas salaires. Selon l’étude présentée […], les 150 000 emplois créés le seraient en quasi-totalité par des effets de substitution bénéficiant aux salariés à bas salaires. Ces emplois à basse qualification seraient créés par effet de substitution, donc au détriment d’emplois qualifiés ou de l’investissement : on est loin de l’objectif affiché d’accompagner la montée en gamme de l’industrie française en stimulant l’innovation. Là aussi, ces emplois ne correspondent pas à la qualification des jeunes et à leurs souhaits. Etant financé ex ante, le CICE ne permettrait pas de hausse du PIB, la hausse de l’emploi non-qualifié serait payée par une baisse des investissements publics et des dépenses publiques profitant aux ménages.
Est-ce ainsi que l’on favorise l’excellence productive de la France ? N’aurait-il pas été possible d’utiliser plus efficacement ces 20 milliards en ciblant effectivement les entreprises industrielles innovantes, s’inscrivant dans le cadre de la transition écologique ?

Bref, H. Sterdyniak reproche aux emplois aidés de se substituer aux emplois qualifiés par effet d’aubaine sachant que les emplois aidés non seulement coûtent mais génèrent moins de rentrées fiscales, ce qui accentuera les problèmes évoqués plus haut. D’autre part, ces emplois condamnent le pays à se spécialiser dans des productions à faible valeur ajoutée, ce qui est le contraire de la stratégie annoncée de montée en gamme.

On est de plain-pied dans la concurrence avec les partenaires européens. C’est à celui qui produira le moins cher. Le dumping social organisé par l’Europe commence à produire ses effets. Et ça pique, plus encore que des aiguilles dans une poupée vaudou.

 

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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