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Référendum d’entreprise : réinventer le règne de la terreur

Referendum dans le entreprises pour remplacer les syndicats

Referendum dans le entreprises pour remplacer les syndicats

Référendum d’entreprise : le grand détournement

Après la remise hier, par Robert Badinter, de son rapport relatif à l’évolution souhaitable du code du travail, la réaction d l’UMP ne s’est pas faite attendre.

Guillaume Peltier, UMP

Guillaume Peltier, UMP

Par la voix de Guillaume Peltier, on apprend que les partenaires sociaux sont “morts” .

Avec cette déclaration, nous assistons à un comportement typique de surenchère à droite.

Depuis des décennies, voire plus, la ligne directrice de la droite consiste à soutenir la libre-entreprise. Toute régulation, tout interventionnisme doit être banni pour laisser la place nette au “marché”, seul outil capable de réguler efficacement l’économie et les rapports entre ses agents.

En France, le marché, heureusement, n’a pas la bride sur le cou. Le legs de 200 ans de conflits sociaux a introduit d’autres “acteurs” ou artefacts résultant d’une certaine forme de “lutte des classes” :

  • Le code du travail, qui syncrétise 200 ans de progrès social, fournit un cadre légal à la relation entre l’entreprise et ses salariés.
  • Les partenaires sociaux, syndicats de travailleurs et patronaux, qui doivent négocier les à-côtés de l’emploi comme l’âge de départ à la retraite, le montant des cotisations, etc. dans le respect du code du travail.

La construction par couches successives qu’est notre code du travail peut, certes, être dépoussiérée, mais si elle pose aujourd’hui un problème ce n’est pas à cause de la poussière, mais parce qu’elle agit comme un verrou empêchant les patrons de réaliser des gains de compétitivité uniquement sur le dos des travailleurs. Les entreprises dont il s’agit ici sont celles exposées à la concurrence internationale, des moyennes et grandes entreprises, pas des petites entreprises œuvrant uniquement sur les marchés français ou communautaire.

Alors que le rapport Badinter propose de généraliser le principe de la négociation à tous les étages de l’entreprise, ce qui consiste dans les faits à donner les pleins-pouvoirs aux entreprises dans une période où elles sont en position de force du fait du haut niveau de chômage, la droite déclare à présent, via Guillaume Peltier, que les partenaires sociaux sont morts, et que plus personne ne veut entendre parler de syndicats de patrons ou de travailleurs, de MEDEF ni de CGT.

Ces formes anciennes de “négociation sociale” doivent, à l’instar des dinosaures, disparaître, pour laisser la place à des formes de négociation plus légères, plus agiles, plus proches du terrain.

Or supprimer les syndicats n’est pas nécessairement une preuve de modernité. Ceux-ci ont leur utilité et le MEDEF, qui obtient tout ce qu’il demande parce qu’il incarne les “entreprises de France”, ne saurait dire le contraire.

[quote font_size=”15″ bgcolor=”#efecec” bcolor=”#ffb96b” arrow=”yes”]Qu’est-ce qu’un syndicat si ce n’est une capacité de coordination et d’expression d’une seule voix ?[/quote]

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Faire disparaître un syndicat patronal qui a obtenu tout ce qu’il souhaitait n’aurait rien de surprenant, mais faire disparaître des syndicats de travailleurs ne reviendrait-il pas à empêcher ces derniers de parler d’une même voix face à un chef d’entreprise devenu tout-puissant ?

Militer, à présent, pour le référendum comme seule façon d’exprimer des choix au cœur de l’entreprise, c’est rompre, entre les travailleurs, un lien constitué par l’intérêt commun, par ce qu’un Marx aurait qualifier de “conscience de classe“. C’est condamner tous les salariés de l’entreprise à s’aligner, une fois encore, sur le moins-disant, à se faire concurrence entre eux, entre ceux prêts à tout accepter pour conserver leur gagne-pain et ceux, plus vindicatifs, qui ne veulent pas être assimilés à du bétail qu’on fait avancer à coups de bâton.

Par exemple, imaginons qu’un chef d’entreprise propose à ses salariés de travailler 12h par jour au lieu de 8h sans augmentation de salaire en contrepartie. Pour le patron, c’est “tout bénèf” : il peut de cette façon augmenter sa compétitivité de 33% en ne travaillant que sur le coût du travail. On imagine aisément qu’aujourd’hui une telle proposition se heurterait non seulement au code du travail si le salaire horaire passait sous la barre du minimum légal, mais également à l’opposition des syndicats, c’est à dire des travailleurs dont la coordination au travers de la structure syndicale permettrait de faire bloc contre une telle proposition.

Si les syndicats étaient bannis de l’entreprise, si la réponse à une telle proposition était individualisée par le biais du référendum, c’est à dire du vote individuel et secret, il suffirait qu’un seul accepte pour que les autres soient confrontés à un second choix : s’aligner ou partir, c’est à dire prendre le risque de tout perdre pour ne pas subir.

Est-ce une vraie avancée sociale ? Évidemment NON.

Est-ce vraiment une proposition d’avenir ?

Une telle suggestion pourrait en effet devenir une proposition d’avenir si, après que la pseudo-gauche actuelle lui a préparé le terrain (rapports Combrexelle et Badinter notamment), la droite revenait au pouvoir avec l’intention de finaliser ce que François Hollande et Manuel Valls n’avaient pas le temps de faire aboutir, à savoir saccager définitivement plus de 2 siècles de construction sociale pour donner les pleins pouvoirs aux entreprises et à ceux qui les possèdent.

Remplacer les syndicats par le referendum au sein de l’entreprise, c’est laisser le salarié seul face à son incompétence en matière de droit du travail. C’est briser le lien qui l’unit aux autres salariés, la capacité de résister ensemble à une toute puissance sans équivalent qu’est celle du patron-propriétaire de l’outil de production.

Il ne peut y avoir de referendum qu’entre égaux. Si le patron reste maître des motions et de l’ordre du jour, unique décideur de ce dont on peut discuter ou pas, il n’y a pas d’égalité au sein de l’entreprise, et sans cela le consentement obtenu ne sera qu’une extorsion basée sur un principe simple : la loi du plus fort.

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Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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