Sauver l’état providence en votant

Nouvelle Donne
Meeting Nouvelle Donne à Paris pour les européennes
20/05/2014
balkany
@ibalkany
22/05/2014

Sauver l’état providence en votant

Etat providence

Etat providence

Quel rapport y a-t-il entre le 0% pointé de croissance rapporté par LeMonde.fr aujourd’hui, la mine de charbon turque qui, en explosant mardi 13 mai, a englouti 301 mineurs comme un ogre digne d’un roman de Zola dévore son repas ou encore le SMIC transitoire proposé, contre vents et marées, par Pierre Gattaz qui, en 2013, s’octroyait la coquette augmentation de 29% de son salaire ? Suivez-moi.

Rappels historiques

Au 18ème siècle, en France, peu de temps après l’indépendance américaine, la Révolution éclatait. Contrairement à ce que voudraient nous faire accroire les manuels d’Histoire qui ont accompagné notre scolarité, ce n’est pas le peuple qui prit le pouvoir à cette époque, mais une caste de marchands et d’industriels qui, en bons entrepreneurs politiques qu’ils étaient, chevauchèrent les revendications populaires de liberté, d’égalité et de fraternité. La monarchie renversée laissa la place libre aux successeurs d’Etienne Marcel et la République naquit sur un… malentendu, du moins en ce qui concerne les véritables détenteurs du pouvoir.

Après de nombreux soubresauts, restaurations, contre-révolutions, empires, la situation finit par se stabiliser, mais les dirigeants qui se succédèrent pendant presque un siècle (1789 – 1871) – et la 3ème République après eux –  adossèrent leurs règnes respectifs (comme tous les rois depuis les capétiens) sur cette bourgeoisie qui détenait l’essentiel : l’argent.

Un exemple : la création de la Banque de France qui, avant d’être nationalisée en 1945, était un monopole privé dans lequel se mêlaient les fortunes de riches investisseurs privés (duchesse d’Uzès, baron Rothshild) mais également de familles régnantes comme les Bonaparte. Cette banque rendit de grands services en favorisant, notamment, le développement du chemin de fer dont elle contribua à financer le déploiement à une époque où le transport du charbon était un enjeu stratégique (première ligne de chemin de fer entre Lyon et Saint-Etienne).

Jean Jaurès

Jean Jaurès

L’exploitation du charbon – et des mineurs – aux 18ème et 19ème siècles est emblématique de la logique industrielle qui se met en place à cette époque avec le système usinier, mais également de la relation entre un maître et ses ouvriers-esclaves. Les nombreuses grèves qui éclatent tout au long du 19ème siècle seront des moments de grandes injustices sociales et, dans le même mouvement, de construction de l’état social qui deviendra l’état providence dans lequel nous vivons encore de nos jours.

Parmi toutes ces grèves on retiendra notamment les “grèves de Carmaux” de 1892-1895 puisque ce sont ces mouvements sociaux qui sont à l’origine de l’engagement de Jaurès dans le socialisme :

Les Grèves de Carmaux de 1892-1895 (Tarn, Midi-Pyrénées) ont attiré l’attention nationale non seulement en raison de leur importance et de leur durée, mais aussi parce que la première, qui toucha les mines de charbon, est considérée comme l’épisode fondateur de la conversion de Jean Jaurès au socialisme, qui fut élu en 1893 député du Tarn, tandis que la seconde, qui toucha la verrerie, laquelle dépendait de l’industrie charbonnière, aboutit à la création de la verrerie autogérée d’Albi.

A cette époque, les droits des propriétaires sont presque sans limites. Quand la grève de Carmaux éclate en 1892, le Président du Conseil Émile Loubet envoie la troupe pour remettre les ouvriers au travail. Certains seront condamnés à des peines de prison pour avoir manifesté dans le parc du propriétaire. Les tentatives de conciliation pour les faire libérer se concluront à l’avantage du propriétaire de la mine et la majorité des députés se prononceront contre l’amnistie, ce qui en dit long déjà sur les liens étroits qui unissent pouvoirs politique et économique.

Quant aux syndicalistes, ceux-ci sont en général chassés des entreprises et ces dernières n’hésitent pas à embaucher des travailleurs étrangers moins chers et plus serviles pour casser les grèves (les entreprises californiennes embauchent des chinois par exemple). Le lock-out pour affamer les ouvriers n’est pas encore interdit.

 

Naissance de l’état providence

Contre toute attente, ce ne sont pas les socialistes et Marx qui seront à l’origine de l’état providence, mais les libéraux eux-mêmes.

L’historien Pierre Martin nous rapporte que « Napoléon III, influencé par le saint-simonisme, avait dès 1844 commis De l’extinction du paupérisme où il prophétisait : Aujourd’hui, le règne des castes est fini. On ne peut gouverner qu’avec les masses. »

En 1864, en France, Emile Ollivier, l’inventeur du terme “état providence”, libéral convaincu, déclarait :

« Une manufacture sert à fabriquer deux choses : du coton et des pauvres »

La mise en place de l’état providence au 19ème siècle répond donc en réalité à 2 urgences :

  • couper l’herbe sous les pieds des socialistes (emmenés par Marx) qui portent les revendications des travailleurs exploités et dépeignent les rapports sociaux comme une lutte entre classes
  • poser les bases d’un capitalisme socialement acceptable – donc pérenne – car “les modèles sociaux gagnants sont ceux qui seront capables de générer une croissance durable et socialement juste” (Bruno Palier, sociologue)
    • concernant la croissance durable, les propositions de l’économiste Eloi Laurent doivent être prises en comptes au même titre que les préconisations du GIEC

C’est dans la Prusse bismarckienne que sont mises en oeuvre les premières mesures visant à rendre le capitalisme industriel “acceptable” : assurance maladie en 1883 et assurance accidents du travail en 1884. L’Angleterre emboîtera le pas de la Prusse en 1897 et la France suivra en 1898. En France, la loi sur les “retraites ouvrières et paysannes” est votée en 1910, entre autre par la SFIO de Jaurès, alors que la CGT s’y oppose, dénonçant, “non sans raison, la retraite pour les morts“. A cette époque en effet, l’age de la retraite est fixé à 65 ans alors que l’espérance de vie d’un français est de 50 ans.

→ L’age limite de 65 ans a été calculé par un actuaire prussien de sorte à ne jamais verser les pensions. Pierre Martin rapporte que ceci a déclenché l’hilarité de Bismarck. Cette limite a été reprise par la France en 1910… d’où la réaction de la CGT.

La mise en place d’une assurance chômage en 1911 est à l’honneur des anglais et fait suite aux observations de William Beveridge dans la banlieue de Londres. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il apparaît durable dès le début du 20ème siècle.

Nous n’entrerons pas dans le détail de toutes les mesures qui ont contribué à la construction dans le temps des formes actuelles d’états providence. Il faut retenir que la mise en place de l’état providence répond à plusieurs logiques :

  • rendre “socialement” acceptable la logique capitaliste en faisant prendre en charge par l’état les coûts liés à la protection des travailleurs
  • prendre les devants afin d’éviter la propagation du socialisme qui rencontre de plus en plus de succès dans la seconde moitié du 19ème siècle. Dans le même ordre d’idée, l’adoption en France par de Gaulle du programme élaboré par le CNR au sortir de la seconde guerre mondiale permet d’éviter la montée en puissance des communistes
  • distribuer du pouvoir d’achat afin d’alimenter la demande, moteur de l’économie
  • fidéliser les salariés (fordisme)

Ce qui est communément appelé le compromis fordiste fonctionnera jusque dans les années 1970.

Ce compromis consiste en une répartition du revenu à la fois favorable au travail (par la progression de l’emploi et des salaires) et acceptable pour le capital (du fait de la progression des profits). Il contribue à améliorer considérablement l’état sanitaire et social des populations, apportant ainsi à l’économie des travailleurs mieux à même d’accompagner l’essor industriel.

(in Pourquoi parle-t-on de crise l’état providence ? à lire sur le site vie-publique.fr)

Le choc pétrolier et la crise qui s’ensuivra vont durablement déséquilibrer le système.

→ Cette crise liée au coût de l’énergie, vitale pour nos économies industrielles, explique en grande partie le choix du nucléaire par le France (il n’y a pas que la bombe) et la crispation des gouvernements successifs à chaque fois que le débat sur la sortie du nucléaire, qui plus est créateur d’emplois et moteur de la recherche scientifique, revient sur le devant de la scène.

 

La crise de l’état providence

La crise qui débute dans les années 1970 et qui s’installe durablement va mettre à mal l’équilibre du système. Les victimes de la crise, sans emploi, ne cotisent plus au travers des charges sociales (salariales et patronales) et, parallèlement, ont un coût de prise en charge par l’état. Donc d’un côté l’état empoche moins de cotisations et, de l’autre, il doit faire face à plus de dépenses afin de maintenir le niveau de vie de ceux qui sont durablement exclus de l’emploi.

Dans le même temps, des changements sociaux s’amplifient. Les femmes accèdent de plus en plus nombreuses sur le marché du travail, accroissant la concurrence pour des emplois qui se raréfient. Cette présence des femmes sur le marché du travail s’explique non seulement par leur souhait légitime d’émancipation, mais également par la nécessité d’obtenir un salaire supplémentaire afin de maintenir un certain niveau de revenu dans le foyer.

Il y a donc un problème de financement de l’état providence qui va générer plus de pression fiscale et un renchérissement du coût du travail, même si, en parallèle, la raréfaction de l’emploi permet au patronat de faire pression sur les salaires.

D’autre part, la mondialisation des échanges qui s’organise (GATT, OMC) a comme conséquence un transfert des activités de production vers des pays à bas coûts. Si cela permet d’acquérir des produits moins chers parce que fabriqués dans des territoires caractérisés par un faible développement social, cela contribue également à faire disparaître encore plus d’emplois que ne compense pas la réorientation des pays occidentaux vers le secteur des services. Il faut certes se féliciter que de nombreux pays comme la Chine, l’Inde ou encore le Brésil profitent de cette nouvelle donne mondiale, mais les accords de libre échange négociés au niveau mondial mettent en concurrence des pays dont les niveaux de développement en matière sociale sont tout à fait différents. On parle de dumping social pour décrire cette situation.

→ Il est regrettable qu’à cette situation l’Europe ne sache répondre d’une seule voix. Non seulement elle accepte de se laisser tondre en refusant d’utiliser les mêmes armes que ses concurrents au nom des accords passés (notre morale judéo-chrétienne, peut-être, qui nous fait tendre l’autre joue), mais les états se concurrencent entre eux par des pratiques de dumping fiscal mais également social (travailleurs détachés).

Ces difficultés que rencontrent tous les états providence mettent en porte-à-faux les pouvoirs politiques qui ne parviennent pas à trouver de solutions contre le chômage. De coûteuses politiques de relance sont vainement essayées mais sans résultats convaincants. Pire, ces mesures sont perçues par certains milieux comme des freins à la reprise. A une crise de financement de notre modèle social viennent s’ajouter une crise d’efficacité et une crise de légitimité comme le diagnostique Pierre Rosanvallon en 1981.

 

Où en sommes-nous ?

Croissance - évolution

Croissance – évolution

Le Produit intérieur brut – ou PIB – est l’indicateur de la richesse créée. Il représente la somme de tous les salaires perçus, des bénéfices réalisés, des dividendes versés. La croissance représente l’évolution de cette richesse. Il est communément admis qu’une croissance égale à 2% ne crée pas d’emplois et en détruit sous ce seuil, ce qui est le cas depuis le début des années 1970-1980.

Or la croissance est principalement tractée par la demande des ménages, pas par les riches qui achètent des yachts ou des jets privés. Si la croissance s’écroule jusqu’à stagner depuis tant de décennies, c’est parce que le chômage se massifie et que cette amplification du phénomène permet aux entreprises d’exercer une forte pression sur les salaires en jouant sur la peur du chômage et du déclassement social. Même les syndicats acceptent des gels de salaires pour sauver l’emploi, faisant ainsi le jeu des entreprises. Le partage des richesses se fait aujourd’hui dans le sens des salariés vers les entreprises !

Si le chômage a toujours existé, l’ampleur du phénomène et son accroissement depuis plusieurs décennies peut s’expliquer de bien de façons. Certaines explications sont purement fantaisistes comme celles développées par le Front National en France depuis 30 ans. On se souvient du célèbre syllogisme de Jean Marie Le Pen qui déclarait : “3 millions d’étrangers = 3 millions de chômeurs”.

D’autres, développées par la droite “classique” sont plus pernicieuses. Car en véhiculant l’idée libérale orthodoxe que le coût du travail est trop élevé et que l’emploi est trop protégé (discours du MEDEF), la droite laisse penser que la dégradation de la situation est liée au développement de l’état social et que la solution ne peut venir que d’un dé-tricotage de la protection sociale (donc l’exact contraire des théories libérales qui ont présidé à la création de l’état providence comme nous l’avons vu plus haut). En réalité, le coût du travail et son caractère protégé n’interviennent que sur la décision d’embaucher. En d’autres termes, si l’employeur n’a pas de visibilité à moyen / long terme sur son carnet de commandes, il hésitera à embaucher car la protection de l’emploi empêche la flexibilité et rendra cette charge constante. D’où le goût prononcé de la droite pour le modèle danois de flexi-sécurité qui permet d’embaucher et de débaucher en fonction du carnet de commande en contrepartie de protections sociales accrues, avec un accent particulier sur la formation des chômeurs afin d’augmenter l’employabilité de ceux-ci. Mais ce modèle a un coût élevé qui suppose que les entreprises acceptent de payer des impôts pour le financer. D’autre part, le plus dérangeant avec cette façon d’envisager les choses réside dans la déshumanisation du salarié. Le travail devient un impératif économique pour l’individu, celui-ci n’étant considéré que comme une main d’oeuvre corvéable à merci et dont l’entreprise peut se débarrasser quand elle n’en a plus besoin. Mais cette approche, si elle va dans le sens des entreprises, ne résout rien, car elle fait peser le poids de l’incertitude sur les individus qui hésiteront à consommer et préféreront épargner afin d’anticiper les périodes de chômage. Il n’y aura donc pas de bénéfices à attendre de telles mesures sur la croissance parce que les individus auront des parcours en dents de scie qui n’incitent pas à la consommation.

82% des embauches en CDD

82% des embauches en CDD

Différentes stratégies sont mises en oeuvre pour contourner la réglementation du travail établie par le législateur pour protéger les salariés :

  • le très fort développement de l’intérim et du marché de la prestation de service (forfait ou régie) depuis les années 1980 permet, en contrepartie d’un surcoût, d’acquérir cette flexibilité.
  • on constate également que plus de 80% des individus retrouvant un emploi après une période de chômage sont embauchés sous le régime du contrat à durée déterminée (CDD), les contrats à durée indéterminée (CDI) devenant l’exception.
  • enfin, le recours croissant à la sous-traitance permet aux entreprises de vendre des services qu’elles font exécuter par d’autres sociétés, souvent en situation de dépendance économique, se libérant ainsi de certaines obligations qu’elles transfèrent aux sous-traitants et qui sont principalement liées à la formations des exécutants ainsi qu’aux exigences en matière de sécurité.
    • la catastrophe survenue la semaine dernière dans la mine de Soma, en Turquie, est la conséquence directe de cette pratique : en exigeant de ses sous-traitants des prix trop bas pour diminuer les coûts de revient et augmenter ses bénéfices, le PDG de la mine oblige tacitement le sous-traitant à faire des économies sur tout ce qui ne relève pas directement de la production elle-même. Dans le cas présent, les dispositifs permettant de détecter des concentrations trop élevées de monoxyde de carbone n’étaient pas efficients, voire absents. Ceci avait permis de faire passer le coût de revient de la tonne de charbon de 130$ à 24$. Les manifestations qui s’en sont suivies ont été violemment réprimées par le pouvoir en place, nous ramenant ainsi brutalement à la situations des mineurs européens des 18ème et 19ème siècles.

Si le chômage s’accroît, cela est dû aux 2 facteurs principaux que sont les gains immenses de productivité réalisés sur la même période d’une part et la mondialisation des échanges d’autre part.

Gains de productivité

Gains de productivité

La mondialisation des échanges est une chance pour les pays vers lesquels les états les plus développés ont délocalisé une partie de leurs industries, car elle leur permet d’accéder enfin au développement économique (en Europe 50% des délocalisations sont intra-zone). Ces délocalisations permettent d’obtenir des coûts de revient très inférieurs à ce qu’ils seraient dans nos pays parce qu’elles s’appuient sur le gap du coût du travail lié au delta de développement social (dumping social). Toutefois, elles ne sont pleinement profitables que si, dans le même temps, les emplois manufacturiers et industriels qui disparaissent dans nos pays sont remplacés par de nouveaux secteurs d’activité, si possible non délocalisables. Le pari d’un remplacement de l’industrie par les services semble n’avoir pas pris en compte le fait que beaucoup de services avaient, pour principaux clients, les industries elles-mêmes… Par conséquent, nombre d’emplois ont disparu tout simplement et qui ne seront jamais remplacés, augmentant mécaniquement le nombre des chômeurs, donc les charges pour la collectivité qui se doit d’assurer leur survie, celles-ci contribuant à renchérir le coût du travail alors que celui-là (le chômage) bride la croissance. C’est une spirale infernale.

→ Les délocalisations intra-zone des entreprises européennes s’appuient sur le dumping social soigneusement organisé par la commission européenne.

Les gains de productivité, quant à eux, posent la question essentielle du partage du travail et, in fine, de la richesse créée au sein d’un même espace.

En effet, si une entreprise peut produire plus avec moins de salariés, elle est en situation de sur-capacité productive. Que faire alors de cette capacité excédentaire ? Elle pourrait diminuer le temps de travail des salariés et diminuer les salaires mais dans une proportion moindre, ce qui lui permettrait des diminuer ses coûts tout en redistribuant une partie de la richesse supplémentaire créée. Mais elle peut également faire le choix de réduire ses effectifs, faisant ainsi baisser ses coûts encore plus nettement puisque disparaissent en même temps que les salariés les charges patronales. Si les bénéfices dégagés sont réinvestis dans l’économie réelle par des investissements dans la recherche ou par une baisse des prix, l’économie sera stimulée et donc profitable à tous. En revanche, si les bénéfices sont versés aux actionnaires ou investis sur les marchés financiers qui proposent des rendements plus élevés, cela générera du chômage et grippera le système, faute de demande suffisante (0% de croissance en France au cours du 1er trimestre de 2014).

→ C’est la situation actuelle dans laquelle on voit le chômage progresser alors que, dans le même temps, les actionnaires et dirigeants de grandes entreprises s’octroient des dividendes et augmentations de salaires dont les montants représentent des milliers d’années de travail d’un salariés payé au SMIC (Gattaz : +29%). Mais les politiques ne sont pas plus exemplaires : Sarkozy augmente son traitement de Président de la République immédiatement après son accession à la charge de premier magistrat et on apprend que Pierre Moscovici, récemment débarqué du gouvernement Valls, brigue un fauteuil de commissaire de l’UE où il emargera à 24.000 € mensuels, soit presque 2 ans du salaire d’un SMICard.

 

Conclusion

On assiste depuis plusieurs décennies à une crise de l’Etat providence alimentée par le développement irrépressible de la mondialisation et des gains de productivité qui ont provoqué la disparition de dizaines de millions d’emplois au sein des pays dits “riches” (Amérique du Nord, Europe, Japon, Australie essentiellement). Confrontés à une croissance atone voire inexistante, ces pays ont vu leurs dettes s’envoler et leurs systèmes de protection sociale plombés faute de financements, créant de la précarité, de l’exclusion et de l’insécurité.

Au cours des années 1980, l’orthodoxie libérale, véhiculée notamment par Ronald Reagan et Margaret Thatcher qui déclaraient que l’état n’était pas la solution mais le problème, ont accéléré le mouvement de dérégulation généralisée des marchés, y compris le marché du travail. L’accent est dorénavant mis sur la flexibilité du travail et la diminution des charges et de la pression fiscale en général, ce qui participe de l’endettement des états ainsi que de la paupérisation de territoires jusqu’alors prospères jouant le rôle de locomotives tirant l’économie mondiale. Cette suprématie économique, anciennement occidentale, se déplace vers l’Asie du sud-est, notamment en Chine et en Inde dans une moindre mesure.

L’hypertrophie du capitalisme financier a, de son côté, accru le phénomène de captation de la richesse produite par une infime minorité de personnes, quelques centaines ou milliers à l’échelle planétaire, contribuant à gripper les économies nationales dont les leviers d’actions ont disparu avec la mondialisation, cette dernière empêchant toute réglementation permettant de contrôler les activités mondialisées, une législation ne pouvant s’imposer que sur un territoire donné.

Enfin, la recherche désespérée de la croissance met au second plan le caractère durable de celle-ci et le pronostic vitale de la planète elle-même est engagé. On assiste depuis un très petit nombre d’années à la multiplication de catastrophes d’origine climatique du fait de l’accroissement continu de l’effet de serre et de la température moyenne à la surface du globe mais également des océans. La fonte des glaces polaires provoque une inexorable montée du niveau des océans qui contribuera d’ici quelques années à des flux migratoires de millions de personnes qui auront perdu purement et simplement leurs territoires natals engloutis par les eaux ou devenus invivables.

Le GIEC compte 500 jours à partir de maintenant avant que ne soit atteint un point de non-retour qui mettra en péril l’espèce humaine tout entière. A ce moment-là, les quelques milliers de personnes les plus riches de la planète ne vaudront pas mieux que la masse de ceux qui n’ont déjà plus rien.

Il est urgent de penser un nouveau modèle de société respectueux des hommes et de l’environnement, un modèle dans lequel la croissance et le PIB, dont l’influence sont mortifères pour le vivre-ensemble, seront relégués au second plan.

Le partage est sans doute la clé.

 

Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

Nous apprécions vos commentaires.

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L'état providence, condition nécessaire du vivre-ensemble dans les pays industrialisés, crève à cause de l'idéologie et de l'égoïsme. Et la planète avec.
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