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Le travail nous grandit-il ou nous réduit-il en esclavage ?

Temps partiel pour l'éternité

La solution des entreprises pour le partage du travail : des petits boulots qui maintiennent en état de dépendance

Le travail tend à disparaître. Au fond, c’est heureux non, que de voir poindre enfin ce que Paul Lafargue nommait outrageusement “Le droit à la paresse” ?

Se dire que, d’ici quelques siècles, les hommes ne seront plus obligés de travailler pour vivre est une assez bonne nouvelle que nombre de travailleurs ont rangé dans un coin de leur tête, dans le tiroir des idées débiles ou décourageantes, mais qui se rappelle à eux chaque jour – quand le réveil sonne – ou autour d’un verre avec des amis quand ils refont le monde à l’occasion. Notre esprit nous joue parfois des tours, mais on se dit que c’est comme ça, qu’on ne peut rien y faire. Et d’ailleurs, personne n’a jamais songé pour de vrai à y changer quoi que ce soit. 8 personnes sur 9 en France sont concernées par ce genre de rêve. La 9ème, au chômage, n’en a pas les moyens.

La République des Shadocks : pomper plus pour pomper plus

La République des Shadocks : pomper plus pour pomper plus

Après tout, il faut bien manger, subvenir à nos besoins, à ceux de nos enfants, de nos parents, avoir un toit sur la tête, et tout ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. L’idée de travailler pour vivre est tellement ancrée dans nos esprits que celle-ci s’impose comme une évidence qu’il n’est pas possible de remettre en cause. Bien sûr, cette évidence n’est pas entrée dans notre tête par hasard, parce que celle-ci se trouvait sur sa trajectoire. La culture, notre éducation, l’air du temps s’en sont chargés. En fait, nous vivons pour travailler et nos corps sont des objets que nous prostituons.

Depuis que nous sommes nés nous voyons nos parents aller et venir pour gagner de l’argent. Les radios, les télévisions, les journaux parlent du problème de l’emploi. L’école est obligatoire, et c’est une excellente chose, depuis que la République a remplacé l’ancien ordre établi qui s’appuyait sur le servage des masses. Mais cette scolarité s’est depuis muée en une condition sine qua non d’employabilité. Et c’est normal : dans un monde où le travail est une ressource rare, où les places sont chères, les plus diplômés sont ceux qui ont effectivement le plus de chance, mais ce sont des chanceux frustrés : ils voyaient loin, ils voyaient grand, ils doivent se contenter de ce qu’il y a et apprécier leur chance.

Notre bonne vieille culture judéo-chrétienne, pour les occidentaux tout du moins, n’est pas en reste non plus. Depuis que les Hommes ont choisis de croquer le fruit de l’arbre de la connaissance, l’homme est, parait-il, condamné à travailler et la femme à enfanter dans la douleur. Une cosmogonie bien légère pour nous marteler notre condition et nos sorts mais sur laquelle des républicains, comme Thiers, se sont appuyés pour mettre la population au travail dès le début du 19ème siècle en utilisant le clergé pour propager les idées de la bourgeoisie possédante. Et depuis Max Weber, qui a mis en évidence que l’esprit du capitalisme est fortement marqué par les valeurs du protestantisme, nous y voyons certes plus clair, mais toujours pas plus loin que le bout de notre nez.

Pour résumer, c’est simple : demandez à quelqu’un s’il aimerait ne plus travailler pour vivre, avoir des vacances à vie, se consacrer à des activités qu’il apprécie et qui le grandissent, il vous répondrait “oui, bien sûr, mais ensuite je fais comment pour vivre ?”. Ce sont les mêmes personnes qui jouent au loto et s’achètent, en cochant leurs cases, une part de rêve. Si l’on en est arrivé là, c’est parce que le travail, qui devrait nous grandir (l’âme), ne fait que nous réduire (en esclavage).

Gains de productivité

Les gains de productivité c’est l’augmentation de la production et, dans le même temps, les emplois qui disparaissent

Or le travail se fait rare, et nombre d’entre nous en sont désormais privés. Leur situation nous effraient parce que la perte d’un emploi est une source incommensurable d’ennuis dans une société complètement organisée autour du travail. Ennuis pour les chômeurs, mais également ennuis pour l’état providence qui les prend en charge. De même que nous pouvons, par solidarité, aider des proches en leur prêtant de l’argent, en leur donnant un accès gratuit à certaines ressources dont nous disposons, comme un domicile, il ne nous est pas possible d’aider en nous mettant également en danger. Il en va de même pour un état dont les ressources ne sont pas infinies et basées, justement, sur ce que les travailleurs et les entreprises, les forces vives, créent comme richesses. Même le meilleur système de péréquation a des limites et nous attendons des économistes qu’ils mettent en évidence ces limites plutôt que de nous asséner sans cesse qu’il faut libérer le travail de ses contraintes. Nous sommes tous suffisamment clairvoyants pour observer que la répartition des richesses créées collectivement est l’une des causes du problèmes et que les assouplissements proposés ne profitent à personne si ce n’est aux entreprises elles-mêmes qui, faute de créer l’emploi, savent le faire fructifier pour leurs propres bénéfices. A ce stade, il est utile de rappeler que les 85 (quatre-vingt cinq) plus grandes fortunes dans le monde équivalent en valeur à la richesse cumulée de la moitié de l’humanité la plus pauvre, soit 3,5 milliards de personnes. Toute autre considération n’est que glose, fadaises, et une insulte à notre intelligence.

Il n’y a pas de responsable(s) à cette situation, il n’est donc nul besoin de chercher des coupables à la disparition progressive de l’emploi. Notre monde ne fait qu’engranger les fruits d’un progrès auquel chacun a contribué.

Si coupables il y a, ils sont essentiellement de 2 sortes : d’abord les politiques, irresponsables, qui pensent que la croissance va revenir et qu’elle va résoudre nos problèmes puisque, faute de chercher des idées nouvelles puis de les mettre en oeuvre avec tout le volontarisme nécessaire, ils pratiquent la politique de l’autruche, prétendant qu’il s’agit de la seule politique possible.

Le travail est une variable d'ajustement de la croissance

Le travail est une variable d’ajustement de la croissance

Parce que les économistes ont pondu des équations qui montrent que x points de croissance permettent de créer y emplois, notre horizon se limiterait-il à cela ? Il s’agit d’un constat, un simple constat, mais un constat n’a jamais constitué une politique, une action gouvernementale.

Ensuite les entreprises, bien organisées, qui font accroire aux politiques que le chômage est la conséquence du la rigidité du code du travail. Mais ces entreprises admettent par ailleurs qu’il n’est nul besoin d’embaucher si les carnets de commande sont vides. Alors que faire ? Nous rendre encore plus corvéables à merci pour garantir aux actionnaires les marges les plus élevées ? Les entreprises râlent contre le partage du temps de travail tel qu’il a été organisé en France à la fin du siècle dernier, et les politiques de droite leur emboîtent le pas au prétexte que cette mesure coûte trop cher à l’état. En échange, les entreprises nous proposent des temps partiels en pointillés : 2 heures le lundi entre 5h et 7h, puis le mercredi entre 20h et 22h, comme le font déjà les grandes surfaces avec leurs personnels de caisses ou pour la mise en rayon des produits (c’est aussi le choix qui a été fait en Allemagne avec la réforme Hartz 4 et qu’on nous donne en modèle). Et que vont faire ces salariés avec un travail qui les mobilise de façon discontinue sur toute la semaine tout en leur procurant un salaire insuffisant pour vivre dignement ? Voilà à quoi ressemble le partage du travail vu par les entreprises et par la droite qui leur sert la soupe.

Notre monde a heureusement changé, donc nous devons l’adapter, et cela implique que nous pensions autrement un système qui doit garantir à chacun la possibilité de vivre dignement sans être dans l’obligation de quémander le minimum pour subsister.

J’ai toujours été convaincu qu’un jour viendrait où, faute d’emplois disponibles, nos états-providence seraient dans l’obligation de mettre en place un revenu inconditionnel garantissant à chacun de vivre dignement sans avoir à travailler en contrepartie. On a commencé avec le RMI, puis le RSA, mais il est évident qu’il ne s’agit là que de pis-aller. Et comment pourrait-il en être autrement puisque ces mesures d’urgence sont pensées dans le cadre d’un système financé par… le travail ?!

Financer un revenu inconditionnel implique de repenser le partage des richesses créées collectivement mais aussi la place du travail dans notre société. Si le travail reste la condition sine qua non d’un revenu, alors tôt ou tard, avec la disparition programmée du travail ou, tout du moins, son extrême raréfaction, une nouvelle aristocratie se mettra en place : celle de ceux qui ont encore un travail. Et comme elle n’acceptera plus de payer pour tout le monde, alors elle mettra en place l’organisation de l’état ad hoc qui la protégera de la masse des inactifs et un travail se transmettra de parents à enfants pour ne pas risquer le déclassement. Les classes moyennes pensaient, jusqu’il y a encore peu de temps, qu’elles constitueraient cette nouvelle aristocratie, mais elles sont à présent elles aussi touchées par le déclassement, et la richesse créée, qui, elle, n’a pas été altérée, est à présent partagée par un nombre de plus en plus restreint d’individus : ceux qui possèdent tout ou partie de l’outil de production et qui transmettent cette richesse à leurs propres enfants, et les happy few qui ont encore un travail (mais pour combien de temps ?). Cette aristocratie industrielle a remplacé l’aristocratie d’ancien régime qui la précédait, comme le dénonçait Tocqueville dans “De la Démocratie en Amérique“.

A l’avenir, le travail devra être un choix qui grandit celui qui le fait. Comme le fait de créer une entreprise aujourd’hui, le travail devra découler d’une envie d’améliorer sa condition et de s’élever. Ce travail sera une source supplémentaire de revenus, mais pas l’unique moyen de subsistance des individus. Ceux qui décideront de travailler auront quelque chose à offrir qui générera de la valeur, gage de richesse supplémentaire, et cette richesse devra faire l’objet d’un partage équitable entre tous les salariés parce que tous auront voix au chapitre. Les choix d’entreprises seront faits par tous parce que l’entreprise appartiendra aux salariés qui, en s’engageant dans cette aventure collective, recevront des parts de l’entreprises. Et pas seulement un intéressement aux résultats de l’entreprise conditionné par divers facteurs sur lesquels les salariés n’ont aucune prise.

Il ne s’agit pas de remettre sur les rails des idées collectivistes qui ont échoué par le passé du fait d’une lecture étroite des thèses marxistes. Il s’agit de penser un nouveau modèle de société qui garantira une richesse équitablement répartie qui profitera ainsi aux entreprises par le biais de la consommation. Tous les économistes savent bien que la propension à consommer des gens très riches est la plus faible, de même qu’ils savent que les pauvres, avec la plus forte propension à consommer, consomment des biens à faible valeur ajoutée. Il n’y a donc rien de bon à attendre d’une société au sein de laquelle la richesse n’est pas correctement répartie ni d’une société où l’emploi, gage de richesse, disparaît.

Pour atteindre ce nirvana, on peut tout casser et faire la révolution. Cela garantit un changement radical que des décennies ou des siècles de palabres au sein de nos institutions n’ont toujours pas permis. Ou que ces institutions n’ont pas vraiment souhaité si l’on en croit Platon qui, en substance, affirme que les constitutions des cités reflètent le mode de pensée de la classe dominante (constat fait depuis plus de 20 siècles…).

On peut aussi avancer par petits pas, comme le suggère le mouvement Nouvelle Donne, en allant plus loin dans le partage du travail, auquel cas cela prendra beaucoup de temps et ne remettra pas en cause la statut particulier de l’entreprise ni de ses propriétaires. Lire à ce propos le blog d’Alain Godard qui reprend une partie des propositions de Nouvelle Donne.

Quel que soit le choix que nous ferons, il s’attaquera à un symbole fort, parce que central : celui de l’entreprise, de sa propriété, et de la répartition des richesses qu’elle génère.

On observe, depuis quelques années, que des salariés condamnés à perdre leurs emplois pour cause d’abandon d’activité par leurs maisons-mères tentent l’aventure des entreprises en gestion collective ou SCOP (société coopérative et participative) : les ouvrières de Lejaby ou les marins de SeaFrance par exemple. Des échecs surviennent parfois. Mais cela signifie-t-il pour autant que les entreprises collectives sont vouées à l’échec ? Avec les SCOP, si l’entreprise gagne, alors tout le monde gagne. L’investissement personnel est dûment rémunéré par la distribution d’une partie de la richesse créée qui ne se limite pas à un simple salaire dont le niveau dépend d’une grille pré-établie, le reste étant accaparé par les actionnaires qui décideront de façon discrétionnaire comment le dépenser au mieux : investissements ou dividendes.

On touche ici à un symbole fort : l’entreprise. On voit qu’elle est un lieu qui concentre le bon et le mauvais, lieu de pouvoir, d’inégalités, d’intégration, d’épanouissement, de prise de risque pour un avenir meilleur, de servage, de création de la richesse. Toucher à l’entreprises, à la propriété, c’est s’attaquer au socle de notre société. Mais s’il faut en passer par là pour garantir le bien-être et le bonheur de tout un chacun, alors prenons notre destin en main et mettons-nous au travail, celui qui nous grandit.

Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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Le travail est une chose trop importante dans la vie de chaque individu pour le laisser aux mains de patrons voyous qui s'enrichissent en nous prostituant
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