La troïka, fer de lance de l’ordo-libéralisme ?

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La troïka, fer de lance de l’ordo-libéralisme ?

Grèce troïka

Greek Prime Minister Alexis Tsipras delivers his speech at the European Parliament in Strasbourg, eastern France, Wednesday, July 8, 2015. Tsipras says his country wants a deal that will mean a definitive end to Greece’s protracted financial crisis, and that last Sunday’s referendum result does not mean a break with Europe. (AP Photo/Jean-Francois Badias)/PAR/873042510603/ ZOOM EFFECT/1507081408

Si vous étiez sur la plage à écouter les vagues s’écraser sur la grève, les mouettes rieuses et les hurlements des enfants, vous aviez tout faux.

En fin d’après-midi, c’est France-Culture qu’il fallait écouter, et plus précisément l’émission “Du grain à moudre d’été” (version estivale de la quotidienne “Du grain à moudre”) qui posait la question :

Crise grecque: la Troïka est-elle encore légitime ?

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44 minutes d’échanges intéressants qu’il vaut mieux écouter in extenso pour avoir une bonne idée de la réflexion de certains intervenants, mais que je vais résumer ici afin de vous donner envie de podcaster celle-ci.

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3 invités sont réunis, tous économistes, tous jeunes. Ils travaillent pour des grandes institutions comme le Parlement Européen, l’OFCE, Sciences-Po ou d’autres laboratoires de recherche. L’un d’entre eux travaille – c’est à signaler pour éviter toute accusation parti pris – pour le think tank qu’est l’institut “Jacques Delors”.

Le consensus qui se dégage dès le début concerne directement le sujet de l’émission. A la question : “la troïka est-elle encore légitime ?” alors que des négociations sont actuellement en cours à Athènes, la réponse est “NON” ou encore “l’a-t-elle jamais été ?” .

L’un des invités argue que le troïka est le résultat d’une décision prise dans l’urgence, ce qu’il convenait de faire, mais que, depuis, les choses allant comme elles vont, la routine s’installant, celle-ci s’était éternisée dans le temps sans que jamais aucune instance démocratique de l’UE ne pense à remettre en question cet état de fait.

Ceci pour une raison toute simple : comme le Parlement européen est une entité de représentation démocratique qui ne dispose d’aucun droit de regard sur un budget communautaire qui n’existe pas (au même titre que le parlement, en France, vote le budget de l’état), il ne lui est pas possible de demander des comptes à une entité qui n’est pas soumise à son contrôle mais à celui de l’Eurogroupe, qui n’est qu’une instance informelle .

Comme quoi les choses tiennent parfois à rien. Mais elles tiennent bon.

Or cette troïka, quand elle impose des mesures difficiles, se heurte à des populations rétives qui refusent celles-ci au prétexte justifié que celle-là n’a rien à leur imposer de tel parce qu’elle n’est pas élue. D’autre part, cette troïka n’apprend pas de ses erreurs et ferme ses yeux et ses oreilles aux critiques ou suggestions qui lui sont faites. Cette troïka, en réalité, n’obéit qu’aux injonctions de l’Eurogroupe, contrevenant ainsi à l’une des règles qui veut que ni la BCE ni la Commission n’ont mandat pour intervenir directement dans la politique d’un état membre.

De facto, on peut conclure que l’Eurogroupe étant actuellement sous complète domination allemande, la France ayant négocié quelques années de report pour repasser en dessous de la barre des 3% de déficit annuel en échange de sa plus grande mansuétude, c’est la chancelière A. Merkel qui gouverne en Grèce.

Grèce troïka

Autre élément intéressant : l’importance de la crise en Europe au regard du poids respectif de la Grèce dans la zone euro : 3%. Si de telles difficultés et de tels dysfonctionnements sont mis en évidence alors qu’il s’agit de sauver un poids-plume de l’Europe, alors cela signifie que cette dernière est vulnérable à l’occasion de n’importe quelle crise.

Ou alors, au contraire, cette crise n’est pas si grave qu’on le dit. Doit-on alors soupçonner les différents dirigeants européens membres de l’Eurogroupe de jouer des rôles, d’adopter des postures en fonction des échéances électorales de leurs pays d’origine, prenant la Grèce et les grecs en otage de leurs calendriers nationaux ? Par exemple, en 2010, les négociations avec la Grèce sont retardées pour laisser à Angela Merkel le temps de s’assurer d’être réélue en Allemagne. Bien évidemment, la Grèce n’aura pas été absente de cette campagne électorale allemande, cristallisant les positions de la majorité ainsi que de son opposition. D’autres dirigeants, quant à eux, critiqueront simplement la Grèce pour mieux souligner les efforts qu’eux-mêmes ont déployés.

Cette instrumentalisation politique de la crise grecque par les différents états européens ne doit cependant pas masquer un élément plus important encore. Au-delà de la simple mise en valeur de leurs propres résultats nationaux, les dirigeants européens partageaient la même volonté de briser Syriza et A. Tsipras. Il était essentiel que cette vraie gauche parvenue au pouvoir échoue afin de décourager les électeurs de pays comme l’Espagne ou la France de confier les rênes à des formations politiques alternatives.

Grèce troïkLa question est ainsi posée de savoir pourquoi, alors que le FMI avait déclaré dès 2010 que la dette grecque n’était pas tenable et nécessitait d’être restructurée , cette restructuration n’a jamais eu lieu (100 milliards d’euros sont évoqués). La restructuration de la dette grecque avait en effet été promise au précédent Premier Ministre grec, A. Samaras, et était conditionnée au fait de commencer à dégager des excédents primaires. Or, quand A. Tsipras, après son élection, a fait valoir cette promesse, cela lui a été refusé. Le FMI, pourtant “précurseur” sur le principe de la restructuration, s’était entre temps rangé à l’avis de l’Eurogroupe. A cela on peut ajouter que, suite au référendum en Grèce qui a vu la victoire du “NON” aux mesures d’austérité de la troïka, les conditions imposées à Alexis Tsipras furent pires que celles qu’il avait jusqu’alors refusées.

La question de la légitimité de la troïka est donc un fil qui, si on le tire, amène l’observateur à constater que des instances au sein de l’Union Européenne sont hors du jeu démocratique, que ce soit par le bas ou par le haut.

Par le bas tout d’abord : en s’opposant, ou plutôt en s’imposant aux volontés populaires des états membres, l’Eurogroupe et la troïka, qui sont des entités informelles et non élues, vont a l’encontre du jeu démocratique national. Leur légitimité est nulle.

D’autre part, en refusant d’aller plus avant dans la construction européenne, en refusant le principe d’une union budgétaire, d’impôts européens sur les entreprises ou les transactions financières, d’un contrôle démocratique par le Parlement Européen, la forme actuelle de l’UE est non seulement inaboutie mais prête le flanc à une accusation que les faits ne contredisent jamais : celle d’une Union Européenne au service de l’ordo-libéralisme, c’est à dire de l’orthodoxie économique  des marchés financiers.

A l’issue de cet bonne émission, la question n’est plus de savoir si la troïka est encore légitime, mais simplement qui gouverne.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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Savoir si la troïka dispose encore d'une once de légitimité dans le cadre des négos avec la Grèce est secondaire. La vraie question est : qui gouverne ?
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