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Voter ou crever du libéralisme

Voter pour moins d’état : quand le libéralisme tue la démocratie

S’il y a une chose que l’on peut accorder à la droite, c’est qu’elle sait où elle va. Et ce pour une raison fort simple : depuis des décennies, son ambition ne varie pas d’un iota. La déréglementation reste son unique horizon et tous les programmes électoraux portés par un candidat de droite s’articulent autour de ce postulat qu’il faut faire reculer l’État partout.

La déréglementation qu’est-ce que c’est ? C’est une approche qui consiste à éliminer toute réglementation, tout encadrement, toute surveillance, toute intervention de l’État susceptible d’empêcher un fonctionnement pur et dur du marché.

Le fonctionnement de ce dernier ne doit être altéré en aucune manière puisque, et c’est un autre postulat, l’équilibrage de l’offre et de la demande doit produire la meilleure situation qui soit. Meilleure pour les acteurs économiques dans leur ensemble, entreprises, ménages et état.

Mais à l’aune de quel critère la situation obtenue peut-elle être jugée meilleure ou pas ? Le critère le plus communément admis est celui de la maximisation de la richesse créée, c’est à dire du PIB.

Voter à droite consiste donc à soutenir une démarche politique visant à  faire reculer l’État, à se passer de ses services, à éradiquer tout interventionnisme qui nuirait à l’efficience du marché comme prérequis indispensable à la maximisation du PIB. Le marché doit fonctionner “librement”, et c’est cette unique définition qui caractérise ce que doit être de nos jours une économie “libérale”. On est loin de la définition d’origine de libéralisme, datant au moins du 18ème siècle, pour laquelle le libéralisme assurait à tout un chacun la possibilité de créer librement une entreprise à une époque où les guildes et les corporations, défendant des petits groupes déjà établis et solidement implantés, l’empêchaient. Les mots sont restés certes, mais leur sens n’en a pas moins été profondément altéré. En l’espace de 3 siècles, le libéralisme, qui se résumait à “la liberté de faire”, et devenu synonyme de “non-ingérence” pour les entreprises et de “choc de simplification” pour les gouvernements (cf. Valérie Pécresse et François Hollande).

Pour ce qui concerne les ménages, j’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé. Quel est l’intérêt pour un électeur lambda de voter à droite ? Je n’en vois aucun, mais comme je ne voudrais pas paraître intolérant ni intransigeant, j’invite tout électeur de droite qui parcourrait ces lignes à exprimer dans les commentaires ci-dessous les raisons de son engagement à droite sans crainte d’être jugé ou critiqué. Car en mon for intérieur, la seule possibilité que j’entrevois ne concerne que les “valeurs“, mais certainement pas la politique économique qui est pourtant le cœur d’un programme de droite.

Par exemple, je comprendrais, sans toutefois le partager, que des personnes votent à droite pour soutenir le modèle de la “famille traditionnelle”, en opposition au “mariage pour tous” soutenu par la gauche.

De même, je comprendrais, sans le partager non plus, que des personnes s’opposent aux “salles de shoot” proposées par la gauche afin d’encadrer médicalement l’usage des drogues dures, pensant de leur côté qu’un tel usage relève de la déviance et que ceci n’a en aucun cas à être pris en charge par l’État.

Auquel cas, la droite aurait réussi un tour de force génial consistant à brandir des valeurs morales pour attirer des électeurs qui se retrouveraient alors en position d’accepter un “package” de propositions comprenant également des mesures néfastes pour eux. Le détricotage du droit du travail, qui est une exigence du MEDEF pour licencier sans contrainte, est l’une de ces mesures néfastes parmi d’autres. En effet, un français qui s’exprimerait par son vote contre le “mariage pour tous” devrait accepter de pouvoir être licencié du jour au lendemain sans aucune autre raison que la courses aux dividendes des actionnaires. C’est cher payé non ?

Comme je ne voudrais pas donner l’impression de tirer à boulet rouge exclusivement sur la droite, parce que ce n’est pas l’objet de ce papier, je me dois de signaler que la politique économique et sociale du gouvernement actuel, comme de tous ceux qui l’ont précédé, est principalement orientée en faveur d’une économie libérale. Droite comme gauche crient haro sur l’assistanat, sauf en ce qui concerne les exigences des entreprises représentées par le MEDEF. Le détricotage du droit du travail, la fin des 35 heures, le recul du départ à la retraite, la diminution des allocations chômage, pour ne citer que celles-là, sont des mesures partagées à droite comme à gauche. Mais pas par les électeurs, uniquement par les partis qui sont sensés les représenter.

Dans ce paysage désolé et désolant qu’est devenu la politique nationale, il existe un parti de la réaction, un parti de la contre-révolution qui est le MEDEF et ses affidés. Et tous les gouvernements depuis Pompidou se sont alignés sur ses positions. Mais rassurons-nous, ce mal n’est pas exclusivement français.

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L’avenir de la démocratie : voter pour des idées

Du coup, il apparaît que voter, c’est s’exprimer avant tout sur des valeurs mais jamais sur la politique économique. La preuve, c’est que cet aspect pourtant essentiel de la vie d’un pays qu’est sa politique économique a été en grande partie délégué à – ou devrais-je dire supprimé par – l’Europe. On ne pouvait pas mieux nous en déposséder qu’en en confiant la responsabilité à une entité politique pour laquelle personne ne peut voter.

On comprend mieux alors les positions respectives d’individus tels que Manuel Valls ou Emmanuel Macron (vidéo de l’interview). Les sympathisants de gauche pourraient penser que la gauche les a trahis en acceptant la dictature des marchés ou celle des grandes entreprises qui font la pluie et le beau temps. Mais en fait non. MM Valls  et Macron sont seulement plus européens que les autres.

Afin de ne pas terminer ce billet sur ce qui pourrait passer pour un pied de nez à des personnes qui ont fait le choix de l’engagement et du dévouement pour leur pays, nous pourrions par exemple imaginer le prochain âge de la démocratie française (pour reprendre les termes du Monde Diplomatique) en proposant une nouvelle façon de voter.

En effet, afin de lutter contre ce désastre qu’est l’abstention massive de la part d’une population qui n’y croit plus, il a été envisagé de rendre le vote obligatoire ou, approche radicalement différente, de classer les partis candidats par ordre décroissant d’intérêt pour leurs idées (avec ou sans évaluation / pondération).

Cette nouvelle façon de voter pourrait sembler toute bête de prime abord, mais je vous demande d’y réfléchir à 2 fois avant de la rejeter. Plutôt que de voter pour des partis ou, pire, pour des individus, je propose de voter pour des idées et leur déclinaison programmatique.

Par exemple, vous votez à droite mais vous trouvez intéressante l’idée de plus en plus populaire d’un Revenu de Base. Or cette idée, étiquetée “gauchiste”, pourrait raisonnablement ne pas être proposée par l’UMP. Alors que faire ? Que seriez-vous prêt à abandonner : une idée (le RdB) ou un parti (l’UMP) ?

Si nous étions en mesure de voter pour des idées, nous nous sentirions déjà bien plus impliqués dans la définition des choix politiques de notre pays. Cela permettrait de ressusciter l’esprit républicain qui nous caractérise et remettrait le personnel politique dans le droit chemin de l’intérêt général tout en limitant l’effet “monarchie républicaine” qui veut que nos présidents choisissent en notre nom mais “en leur âme et conscience”.

Finalement, ce que je vous propose, c’est de passer à l’age adulte de notre vie politique, de couper le cordon et de faire notre Œdipe collectif : avoir nos propres idées, faire les choses pour nous, faire de vrais choix tout simplement.

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Wake up.

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Je tente de décrypter l'actualité en croisant différentes sources d'informations dont je fournis systématiquement les liens. Je livre également mes réflexions sur la compréhension que j'ai des événements dans l'espoir de susciter un échange avec les lecteurs. On me reproche à l'occasion de faire des articles trop longs, mais je m'efforce surtout d'être clair. Je suis ouvert à la critique si celle-ci est constructive et permet de progresser.

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Bonjour Robin, tu mets comme souvent le doigt là où ça fait mal quand tu relèves que le PS ne représente plus vraiment la gauche. L’actuel président de la République et son gouvernement ont clairement choisi (et ce de façon irrévocable selon les mots même de F. Hollande) une stratégie d’obédience libérale. Mais ce retournement de veste est-il palpable pour une majorité d’électeurs sincères du PS ? Même si le PS a pris des claques à l’occasion de chacun des scrutins qui se sont tenus depuis l’élection de Hollande, force est de constater que le PS dispose encore à ce… Read more »

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“Le détricotage du droit du travail, la fin des 35 heures, le recul du départ à la retraite, la diminution des allocations chômage, pour ne citer que celles-là, sont des mesures partagées à droite comme à gauche.” Cela, tu m’en excuseras, est un raccourcis amalgamant. Le PS ne représente plus vraiment les idéaux de la gauche (et tu le sais). “Du coup, il apparaît que voter, c’est s’exprimer avant tout sur des valeurs mais jamais sur la politique économique.” Ce qui démontre donc que le clivage droite / gauche est loin d’être dépassé ! Progressisme ou conservatisme ? antagonisme qui… Read more »

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